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	<title>CEDREA - Dynamiques sociales et recherche-action</title>
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	<description>Site du r&#233;seau CEDREA, publications scientifiques de sciences humaines, working papers et retours d'exp&#233;riences autour de la d&#233;marche de recherche-action d'inspiration lewinienne.</description>
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		<title>CEDREA - Dynamiques sociales et recherche-action</title>
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		<title>Internet et la d&#233;professionnalisation</title>
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		<dc:date>2009-01-16T21:16:17Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Benjamin GRASSINEAU</dc:creator>

<category domain="http://www.cedrea.net/-Questions-et-debats-">Questions et d&#233;bats</category>

		<dc:subject>R&#233;seaux coop&#233;ratifs</dc:subject>
		<dc:subject>Libert&#233; d'expression</dc:subject>
		<dc:subject>Convivialit&#233; (Illich)</dc:subject>
		<dc:subject>Wikipedia</dc:subject>
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		<dc:subject>Logiciels libres</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'article porte sur les relations entre le d&#233;veloppement d'Internet et le processus de d&#233;professionnalisation.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.cedrea.net/IMG/arton64.gif&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='116' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:116px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Internet est aujourd'hui consid&#233;r&#233; comme un outil de communication convivial, au sens d'Ivan Illich. Libre et ouvert, il est cens&#233; renforcer la transparence au sein des soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques, assurer la production et la diffusion en r&#233;seau d'informations citoyennes et scientifiques et permettre aux citoyens de se prot&#233;ger du contr&#244;le qu'exercent les institutions politiques et marchandes &#224; leur endroit [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour Illich, &#171; l'outil est convivial dans la mesure o&#249; chacun peut (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Il rejoint donc de pr&#232;s l'utopie des Lumi&#232;res qui voulait d&#233;mocratiser la science pour en faire un contre-pouvoir citoyen. Mais cette vision concorde-t-elle avec les faits ? Sommes-nous en passe de r&#233;aliser l'utopie ? Peut-on par exemple r&#233;ellement affirmer que le d&#233;veloppement massif d'Internet conduit &#224; un accroissement de l'autonomie des citoyens vis-&#224;-vis des professions &#233;tablies, au d&#233;veloppement de &lt;i&gt;r&#233;seaux du savoir&lt;/i&gt; et &#224; l'&#233;mergence d'une &lt;i&gt;recherche conviviale&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Selon Ivan Illich, la &#171; recherche conviviale &#187; est une activit&#233; de (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;] ?&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Internet comme outil convivial.&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Essentiellement, quatre propri&#233;t&#233;s d'Internet font de lui un outil convivial qui favorise le rel&#226;chement du contr&#244;le, voire du monopole, qu'exercent les professions &#233;tablies sur les &#171; outils &#187;, au sens g&#233;n&#233;ral du terme.&lt;/p&gt; &lt;ul class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt; Tout d'abord, Internet peut offrir un &lt;i&gt;surplus d'autonomie&lt;/i&gt; &#224; ceux qui y ont acc&#232;s. Il facilite en effet l'acc&#232;s aux informations n&#233;cessaires (recettes, manuels, entraide, etc.) &#224; l'utilisation des outils (outils m&#233;caniques, outils &#233;lectroniques, etc.). En ce sens, il permet de s'affranchir, au moins partiellement, de la mainmise des professions sur l'usage de certains outils, ou sur le contr&#244;le des informations relatives &#224; cet usage.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; N&#233;anmoins, cela n'est vrai que si l'information demeure en libre-acc&#232;s, &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; si l'information pertinente peut &#234;tre &#171; trouv&#233;e &#187; et interpr&#233;t&#233;e facilement. Or, pour cela, il faut que les informations sur un sujet donn&#233; soient diverses et vari&#233;es, afin de pouvoir &#234;tre adapt&#233;es &#224; la personne qui d&#233;sire les acqu&#233;rir. Ceci nous am&#232;ne au deuxi&#232;me aspect. L'accessibilit&#233; &#224; des informations vari&#233;es et contradictoires, n'est garantie pleinement que s'il y a une &lt;i&gt;ouverture de la publication&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Rappelons que la publication ouverte ne concerne pas l'acc&#232;s aux (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]. Mais, de ce point de vue, Internet offre au citoyen un potentiel jamais &#233;gal&#233; auparavant. Il laisse par exemple un espace d'expression complet &#224; des courants politiques, id&#233;ologiques, religieux, jusqu'alors quasiment ignor&#233;s. Les forums, les blogs, les sites personnels sont donc autant d'outils communicatifs pouvant &#234;tre dits conviviaux, dans la mesure o&#249; ils offrent &#224; n'importe quel individu la possibilit&#233; de s'exprimer et de confronter ses id&#233;es sur les sujets les plus divers. Ils peuvent &#234;tre facilement appropri&#233;s par les acteurs sociaux. La cons&#233;quence en est qu'Internet est devenu une mine d'informations pr&#233;cieuses pour un nombre consid&#233;rable de sujets &#8211; des plus anodins aux plus s&#233;rieux, et aux plus utiles. Et surtout, il permet d'aborder certains sujets, comme les sujets scientifiques, de mani&#232;re interactive et ouverte, selon des finalit&#233;s et des modalit&#233;s que les internautes choisissent eux-m&#234;me.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Troisi&#232;me propri&#233;t&#233;, Internet favorise la &lt;i&gt;d&#233;sinterm&#233;diation dans l'&#233;change de biens immat&#233;riels&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Mais aussi de plus en plus des biens mat&#233;riels, puisqu'il favorise la (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]. En effet, l'&#233;change de fichiers musicaux, d'informations, de recettes, de photos, se fait de plus en plus ind&#233;pendamment des interm&#233;diaires professionnels. Ou du moins, si ces interm&#233;diaires existent, ils n'influent pas sur l'horizontalit&#233; de l'&#233;change. Dans le &#171; WEB 2.0 &#187; par exemple, m&#234;me si les internautes s'appuient sur des outils ou des structures qui sont souvent professionnelles, celles-ci n'ont qu'une influence limit&#233;e sur la nature de l'&#233;change, la valeur des biens &#233;chang&#233;es, le choix des personnes qui entrent dans l'&#233;change, la valeur des personnes qui &#233;changent, etc. Le plus souvent, ce sont les internautes eux-m&#234;mes qui d&#233;terminent collectivement ces param&#232;tres.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Quatri&#232;me propri&#233;t&#233;, Internet, dans sa structure, est, ou du moins &#233;tait jusqu'&#224; une date r&#233;cente, un &lt;i&gt;outil pouvant facilement &#234;tre appropri&#233;, construit et g&#233;r&#233; par les utilisateurs eux-m&#234;mes&lt;/i&gt;. Les standards ouverts, les logiciels libres, l'architecture ouverte du r&#233;seau, avec notamment la possibilit&#233; de se connecter facilement au r&#233;seau, et l'ouverture relative des instances de r&#233;gulation d'Internet, facilitent la prise en main de cet outil par les internautes, et offrent une large libert&#233; en ce qui concerne la circulation des contenus sur le r&#233;seau. &lt;/li&gt;&lt;/ul&gt; &lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, le d&#233;veloppement d'Internet a donc conduit &#224; l'&#233;mergence de &lt;i&gt;r&#233;seaux du savoir&lt;/i&gt; qui,&lt;/p&gt; &lt;ul class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt; sont caract&#233;ris&#233;s par un effacement des hi&#233;rarchies,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; demeurent ouverts aux nouveaux entrants, sans discrimination,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; att&#233;nuent le contr&#244;le des professions sur les outils et assurent, gr&#226;ce &#224; la transmission libre et horizontale de l'information, une lib&#233;ration du partage des comp&#233;tences,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; permettent aux individus de s'exprimer librement sur divers sujets gr&#226;ce &#224; la publication ouverte, &lt;/li&gt;&lt;li&gt; permettent aux individus de s'agr&#233;ger et de se mettre en relation en fonction de leurs affinit&#233;s, pour construire ainsi une finalit&#233; &#224; leur action, et se soutenir mutuellement pour entreprendre des actions collectives et civiles&lt;/li&gt;&lt;li&gt; laissent aux individus la possibilit&#233; de choisir et de ma&#238;triser, de mani&#232;re assez d&#233;mocratique, l'architecture technique sur laquelle ils vont mat&#233;rialiser le r&#233;seau.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt; &lt;p&gt;Sous ces aspects-l&#224;, Internet est donc un moteur de la d&#233;professionnalisation. D&#233;professionnalisation des activit&#233;s immat&#233;rielles : il permet de court-circuiter les interm&#233;diaires professionnels dans l'&#233;change de biens immat&#233;riels. D&#233;professionnalisation des &#171; activit&#233;s mat&#233;rielles &#187; : il att&#233;nue le contr&#244;le que les professions exerce sur l'information n&#233;cessaire &#224; l'usage et &#224; l'&#233;change des biens et des outils par les citoyens. Ce qui implique que le &#171; mod&#232;le Internet &#187; constitue l'antith&#232;se du &#171; mod&#232;le scolaire / professionnel &#187; qui forme la base communicative, r&#233;gulative et productive de la soci&#233;t&#233; industrielle. [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Ce qui rejoint les r&#233;flexions d'Ivan Illich qui a soulign&#233;, tout au (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'exemple de la recherche conviviale.&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Pour prendre un exemple, certaines exp&#233;rimentations sociales apparues r&#233;cemment sur Internet, ouvrent des perspectives in&#233;dites en mati&#232;re de recherche conviviale. En effet, les exp&#233;riences communautaires sur Internet, ont g&#233;n&#233;r&#233; des proc&#233;dures de filtrage, d'&#233;valuation, d'acquisition et de production de la connaissance, qui sont fond&#233;es en partie sur les principes d'une recherche conviviale. C'est le cas d'exp&#233;riences collaboratives comme le projet d'encyclop&#233;die libre et ouverte Wikip&#233;dia ou le projet d'une universit&#233; libre, collaborative et ouverte &lt;a href='http://fr.wikiversity.org/wiki/Accueil' class='spip_out'&gt;Wikiversit&#233;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notons que ces exp&#233;riences ont &#233;t&#233; rendues possibles, d'une part par la diffusion de certaines innovations technologiques, et d'autre part, par l'appropriation et le contr&#244;le de ces innovations par les citoyens - et non par les institutions marchandes ou &#233;tatiques. En effet,&lt;/p&gt; &lt;ul class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt; Le cout de l'acquisition, de la publication et de la diffusion de la connaissance a &#233;t&#233; consid&#233;rablement r&#233;duit au cours des derni&#232;res d&#233;cennies. Il est devenu aujourd'hui peu couteux de stocker et diffuser de l'information &#224; grande &#233;chelle.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Certains outils de traitement de l'information sont aujourd'hui accessibles au plus grand nombre &#8211; logiciels statistiques par exemple. Ce faisant, il est m&#234;me possible d'envisager un partage accru d'outils r&#233;els, avec par exemple des syst&#232;mes de pilotage d'outils scientifique &#224; distance.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Des outils permettant l'&#233;valuation, la production et la diffusion des connaissances de mani&#232;re conviviale et collaborative, ont &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;s &#224; l'int&#233;rieur de la communaut&#233; du logiciel libre. Tels les wikis. Ces outils ont le potentiel n&#233;cessaire pour demeurer conviviaux au sens strict, puisqu'ils peuvent &#234;tre utilis&#233;s par les acteurs pour leur usage personnel et de mani&#232;re autonome, et aussi pour un partage collaboratif et &#233;galitaire des informations.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt; &lt;p&gt;C'est donc tout un ensemble d'outils, de pratiques, qui se sont d&#233;velopp&#233;s au cours des derni&#232;res ann&#233;es, et qui peuvent apparaitre pr&#233;cieux pour le d&#233;veloppement de la recherche conviviale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, on notera ici que, dans la sph&#232;re virtuelle, le mouvement n'a eu jusqu'&#224; pr&#233;sent qu'un impact limit&#233;. Les plate-formes wiki permettant un travail scientifique collectif, collaboratif et horizontal, n'en sont par exemple qu'&#224; un stade tr&#232;s embryonnaire. Pire, ce qui s'est principalement d&#233;velopp&#233;, ce sont les syst&#232;mes de publication en libre-acc&#232;s et non les syst&#232;mes de publication scientifique ouverte. Il existe certes des plateformes d'archives ouvertes. Mais elles sont r&#233;serv&#233;es aux scientifiques professionnels qui souhaitent diffuser gratuitement leurs travaux. De plus, ces syst&#232;mes de publication en libre-acc&#232;s ou d'archivage, n'ont pas grand chose &#224; voir avec de v&#233;ritables outils conviviaux de publication ouverte. En fait, ils tendent m&#234;me &#224; servir d'outils de classement hi&#233;rarchique. Ils se positionnent alors en bas du classement des revues universitaires, et les professionnels les utilisent pour &#171; prot&#233;ger &#187; leurs travaux, avant de les proposer &#224; des revues plus prestigieuses, qu'elles soient en libre acc&#232;s ou non. Autant dire qu'il n'y a donc rien de convivial dans de tels outils.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De m&#234;me, s'agissant de la &#171; sph&#232;re r&#233;elle &#187; et des institutions existantes, il n'y a pas de changements notables allant dans le sens d'une ouverture. Certes, il y a une intrusion r&#233;cente dans le d&#233;bat politique d'organisations id&#233;ologiques pr&#244;nant le contr&#244;le d&#233;mocratique sur la science et les institutions existantes (le mouvement pour la science citoyenne). Mais il ne s'agit pas &#224; proprement parler de mouvements visant au d&#233;veloppement d'une recherche conviviale. Car ces organisations militent seulement pour la prise en compte de principes &#233;thiques. Et il n'est nullement question de d&#233;velopper, par exemple, des outils facilitant la recherche et la diffusion de la science effectu&#233;e par des amateurs. Ou de d&#233;velopper une v&#233;ritable recherche conviviale qui assurerait un libre acc&#232;s aux instruments de l'enseignement et de la recherche (production, diffusion et acquisition) et un partage &#233;galitaire et non contraignant des connaissances et des croyances.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;appropriation de l'outil Internet par les acteurs &#233;conomiques et politiques traditionnels et les nouveaux interm&#233;diaires.&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Ce constat mitig&#233; montre que le le mouvement de d&#233;professionnalisation, initi&#233; par l'essor spectaculaire d'Internet et des NTIC, est aujourd'hui contrebalanc&#233; par plusieurs tendances contraires. Trois semblent aujourd'hui d&#233;terminantes.&lt;/p&gt; &lt;ul class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Premi&#232;re tendance, la d&#233;professionnalisation se heurte &#224; un encadrement r&#233;glementaire contraignant et &#224; l'influence croissante du march&#233; et des institutions sur les nouveaux espaces d'&#233;change et de publication&lt;/i&gt;. Trois vecteurs de contr&#244;le et d'influence sont utilis&#233;s. &lt;ul class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Juridique&lt;/i&gt;. Un cas fr&#233;quent concerne les situations o&#249;, m&#234;me quand l'information n&#233;cessaire &#224; l'accomplissement d'une activit&#233; est librement accessible, il n'est pas possible, d'un point de vue l&#233;gal, d'accomplir cette activit&#233; sans recourir &#224; des professionnels (distillation d'alcool, services m&#233;dicaux, fabrication d'armes, fabrication et usage de produits m&#233;dicaux, construction, r&#232;glements de litiges, etc.).&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;M&#233;diatique&lt;/i&gt;. Les professionnels pratiquent aujourd'hui une publicit&#233; plus ou moins &#171; agressive &#187; pour dissuader les individus de produire leurs biens et services eux-m&#234;mes, et de b&#233;n&#233;ficier de biens et services issus de l'&#233;conomie non-marchande et donc de se passer des services professionnels [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Agressive dans le sens o&#249; cette publicit&#233; cherche &#224; influencer directement (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]. D&#232;s lors, malgr&#233; l'int&#233;r&#234;t qu'il y a &#224; recourir &#224; des services ou biens non-marchands, &#224; qualit&#233; &#233;gale on constate que le recours aux biens et services marchands est nettement plus important. Par exemple, l'utilisation du syst&#232;me d'exploitation Linux, qui est pourtant gratuit, de tr&#232;s bonne qualit&#233; et qui est un outil convivial, est extr&#234;mement basse, par rapport &#224; celle des syst&#232;mes d'exploitation propri&#233;taires. &lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Scolaire et culturelle&lt;/i&gt;. Il y a de bonnes raisons de penser qu'il existe aujourd'hui un vide &#233;ducatif et des barri&#232;res culturelles limitant la d&#233;professionnalisation. En effet, l'apprentissage de savoirs-faire &#171; manuels &#187;, essentiels pour pratiquer certaines activit&#233;s, ou bien d'un esprit et d'une attitude critique vis &#224; vis des institutions, et des professions et des firmes dispensant des biens et services marchands, sont incontestablement d&#233;faillants dans le syst&#232;me &#233;ducatif actuel. Par ailleurs, des freins culturels peuvent aussi intervenir, puisque le recours aux professionnels et &#224; l'&#233;change marchand s'appuie sur un ensemble de pr&#233;dispositions culturelles, tels par exemple, le d&#233;ni de l'&#233;conomie non-marchande (l'adage populaire dit par exemple &#171; &#224; tout travail m&#233;rite salaire &#187;) ; les croyances relatives &#224; la division du travail et au prestige du m&#233;tier, rendant plus ou moins incongrue la pratique de certaines professions en amateur et rendant presque obligatoire le recours &#224; des professionnels ; le classement hi&#233;rarchique qui peut exister entre les diff&#233;rentes activit&#233;s (certains travaux apparaissent d&#233;gradants), etc.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;ul class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Deuxi&#232;me tendance, dans le domaine de la diffusion et de la production des biens immat&#233;riels, les professions tentent de plus en plus de se r&#233;approprier les outils existants&lt;/i&gt;. C'est frappant notamment dans l'informatique libre, qui est sans cesse menac&#233;e par l'informatique propri&#233;taire [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='L'informatique propri&#233;taire est l'informatique fond&#233;e sur des (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]. Les professions employant des mesures l&#233;gislatives pour prot&#233;ger leur monopole sur certains outils &#8211; les brevets logiciels par exemple. Mais c'est vrai &#233;galement dans la publication scientifique, dans la Recherche sur Internet, dans la diffusion de divers contenus culturels (photos, musique&#8230;), et dans d'autres domaines. Certes, on observe des r&#233;actions de &#171; d&#233;fense &#187;, par exemple le projet GNU, les &lt;a href='http://www.fdn.fr/' class='spip_out'&gt;FAI associatifs et coop&#233;ratifs&lt;/a&gt;, les r&#233;seaux &lt;a href='http://www.wireless-fr.org/' class='spip_out'&gt;sans fil communautaires libres et gratuits&lt;/a&gt;, les licences libres et les licences Creative Commons, les sites de publication ouverte, les moteurs de recherche collaboratifs, etc. Mais dans certains domaines, ce &#171; Web alternatif &#187; est de plus en plus cantonn&#233; &#224; la &#171; marginalit&#233; &#187;, l&#224; o&#249;, autrefois, il occupait une position pr&#233;pond&#233;rante.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Troisi&#232;me tendance, ces outils conviviaux peuvent &#234;tre rattrap&#233;s par une institutionnalisation &#171; interne &#187;&lt;/i&gt;. De plus en plus, en effet, des forums, des sites de publication ouverte, des projets open source &#171; ferment leurs portes &#187;, se hi&#233;rarchisent et se calquent sur des mod&#232;les institutionnels traditionnels. Les principes d'ouverture, d'&#233;galit&#233; et de libre-acc&#232;s, signifiants chez les premiers acteurs d'Internet, semblent donc c&#233;der du terrain au profit de formes d'appropriation des outils plus &#171; classiques &#187;, et ind&#233;niablement moins conviviales.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt; &lt;p&gt;Ces trois tendances conduisent &#224; l'&#233;mergence et &#224; l'affirmation de trois principaux acteurs dans les activit&#233;s immat&#233;rielles.&lt;/p&gt; &lt;ul class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt; Les anciennes professions et institutions, fonctionnant selon une logique de contr&#244;le, de monopole et d'expansion, qui tentent de conqu&#233;rir ces nouveaux espaces d'&#233;change (les pouvoirs publics, les anciens monopoles de la communication, les majors, les revues scientifiques classiques, etc.).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Des citoyens et les membres de mouvements plus ou moins &#224; la marge, qui profitent de ces outils conviviaux et tentent de les maintenir conviviaux (le mouvement pour le logiciel libre, par exemple).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Enfin, &#171; entre les deux &#187;, une classe de nouveaux interm&#233;diaires qui bouscule les pouvoirs des institutions et des professions &#233;tablies, et constitue ind&#233;niablement une nouvelle force active de l'&#233;conomie des biens immat&#233;riels (les acteurs marchands du Web 2.0, par exemple, ou encore, les Think-Thank).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Conclusion&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;On peut se demander, pour conclure, si ces nouveaux interm&#233;diaires seront r&#233;ellement une &#171; chance &#187; pour l'expression et l'autonomie des citoyens. Ne risquent-ils pas de creuser encore davantage le foss&#233; entre les citoyens et les institutions &#233;tablies ? On peut h&#233;las le craindre. Car d'une part, ces nouveaux interm&#233;diaires peuvent se ranger, en fonction de leurs int&#233;r&#234;ts, aussi bien du c&#244;t&#233; d'une soci&#233;t&#233; conviviale que du c&#244;t&#233; des professions &#233;tablies. Et d'autre part, on voit mal pourquoi ils se transformeraient spontan&#233;ment en organisations &#233;thiques valorisant l'ouverture, la parole &#233;galitaire, la transparence et la parole d&#233;mocratique ; surtout dans la mesure o&#249; ils sont astreints &#224; de lourdes contraintes de survie dans un march&#233; de la publication de plus en plus concurrentiel, o&#249; l'expertise scientifique, les dipl&#244;mes, la r&#233;putation (voire le Web Ranking), deviennent les seuls gages de cr&#233;dibilit&#233; vis &#224; vis des institutions politiques ou &#233;conomiques &#233;tablies - notamment les institutions qui les financent ? Il para&#238;t donc fort probable que le d&#233;veloppement de ces nouveaux interm&#233;diaires ait pour principal effet d'accro&#238;tre la marchandisation de certaines &#171; activit&#233;s politiques &#187; (telles que la prise de d&#233;cision, la r&#233;flexion sociale, l'&#233;valuation, la recherche d'id&#233;es, la th&#233;orisation), jusqu'ici davantage fond&#233;es sur un mod&#232;le bureaucratique. Ce qui ne fera donc que renforcer, ou &#224; d&#233;faut, d&#233;placer, les in&#233;galit&#233;s au sein de la soci&#233;t&#233; industrielle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Texte de Benjamin Grassineau&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Copyright &lt;a href='http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/fr/' class='spip_out'&gt;Creative Commons Licence BY (Paternit&#233;).&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Pour Illich, &#171; &lt;i&gt;l'outil est convivial dans la mesure o&#249; chacun peut l'utiliser, sans difficult&#233;, aussi souvent ou aussi rarement qu'il le d&#233;sire, &#224; des fins qu'il d&#233;termine lui-m&#234;me. L'usage que chacun en fait n'empi&#232;te pas sur la libert&#233; d'autrui d'en faire autant. Personne n'a besoin d'un dipl&#244;me pour avoir le droit de s'en servir ; on peut le prendre ou non. Entre l'homme et le monde, il est conducteur de sens, traducteur d'intentionnalit&#233;&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Selon Ivan Illich, la &#171; recherche conviviale &#187; est une activit&#233; de recherche libre, et donc inscrite dans des r&#233;seaux du savoir qui r&#233;pondent &#224; quatre exigences. 1. &#171; &lt;i&gt;lib&#233;rer l'acc&#232;s aux choses en abolissant le contr&#244;le que des personnes priv&#233;es et les institutions exercent sur leur valeur &#233;ducative&lt;/i&gt; &#187;, 2. lib&#233;rer le partage des comp&#233;tences. 3. redonner &#224; &#171; &lt;i&gt;la personne individuelle le pouvoir d'appeler &#224; des r&#233;unions ou &#224; les tenir&lt;/i&gt; &#187;. 4. &#171; &lt;i&gt;lib&#233;rer l'individu de l'obligation de modeler ses esp&#233;rances conform&#233;ment aux services que peuvent lui offrir les professions &#233;tablies&lt;/i&gt; &#187;. Cette recherche conviviale devrait donner naissance &#224; une &lt;i&gt;&#171; science par l'homme, et non plus pour l'homme &#187;&lt;/i&gt;. C'est &#224; dire une science ouverte &#224; tous, accomplie par ceux qui le souhaitent, et dont les finalit&#233;s ne sont pas syst&#233;matiquement &#233;loign&#233;es des situations concr&#232;tes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Rappelons que la publication ouverte ne concerne pas l'acc&#232;s aux informations, mais l'acc&#232;s aux outils permettant la publication individuelle ou collective.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Mais aussi de plus en plus des biens mat&#233;riels, puisqu'il favorise la rencontre de personnes partageant les m&#234;mes centres d'int&#233;r&#234;t, l'&#233;change horizontal de biens mat&#233;riels sans contre-partie, etc. Voir sur ce sujet le site &lt;a href='http://http:/fr.freecycle.org/accueil/' class='spip_out'&gt;Freecycle&lt;/a&gt;, qui permet &#224; des personnes d'&#233;changer ou de donner des biens gratuitement sans contre-partie, et sans obligation de recevoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Ce qui rejoint les r&#233;flexions d'Ivan Illich qui a soulign&#233;, tout au long de son &#339;uvre, le r&#244;le central de la professionnalisation des activit&#233;s immat&#233;rielles et des institutions qui contr&#244;lent l'information dans la gen&#232;se, le maintien et l'expansion de la soci&#233;t&#233; industrielle. C'est le cas notamment de l'&#201;cole, qui, selon lui, &#171; &lt;i&gt;dissimule un programme par lequel il s'agit d'initier le citoyen au mythe de l'efficacit&#233; bienveillante des bureaucraties &#233;clair&#233;es par le savoir scientifique. Et, partant, l'&#233;l&#232;ve en vient &#224; croire qu'une production accrue est seule capable de conduire &#224; une vie meilleure. Ainsi s'installe l'habitude de la consommation des biens et des services qui va &#224; l'encontre de l'expression individuelle, qui ali&#232;ne, qui conduit &#224; reconna&#238;tre les classements et les hi&#233;rarchies impos&#233;es par les institutions.&lt;/i&gt; &#187;. C'est aussi le cas de la Recherche et D&#233;veloppement qui &#171; &lt;i&gt;mutile l'imagination&lt;/i&gt; &#187;, et contraint le citoyen &#224; abdiquer &#171; &lt;i&gt;tout pouvoir en faveur de l'expert, seul comp&#233;tent&lt;/i&gt; &#187;. Ou encore du Droit, qui fait des organes l&#233;gislatifs, des tribunaux et de la police, &#171; &lt;i&gt;un outillage au service de l'Etat industriel&lt;/i&gt; &#187;, et qui g&#232;le le jeu d&#233;mocratique en emp&#234;chant les citoyens de s'approprier leurs &#171; &lt;i&gt;outils&lt;/i&gt; &#187;, d'assurer leur autonomie et de s'investir pleinement dans les d&#233;cisions politiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Agressive dans le sens o&#249; cette publicit&#233; cherche &#224; influencer directement le consommateur, sans qu'il ait demand&#233; &#224; recevoir l'information (c'est donc une consommation obligatoire), et/ou cherche &#224; d&#233;nigrer les produits concurrents non-marchands&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] L'informatique propri&#233;taire est l'informatique fond&#233;e sur des licences propri&#233;taires, par opposition &#224; celle qui est fond&#233; sur des licences libres. Pour une d&#233;finition de la licence libre, voir &lt;a href='http://gnu.org/' class='spip_out'&gt;http://gnu.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Soutenance de th&#232;se de Benjamin Grassineau</title>
		<link>http://www.cedrea.net/Soutenance-de-these-de-Benjamin</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.cedrea.net/Soutenance-de-these-de-Benjamin</guid>
		<dc:date>2009-01-16T09:19:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc RIEDEL</dc:creator>

<category domain="http://www.cedrea.net/-Actualites-CEDREA-">Actualit&#233;s CEDREA</category>

		<dc:subject>Soutenance de th&#232;se</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;seaux</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;seaux coop&#233;ratifs</dc:subject>
		<dc:subject>Convivialit&#233; (Illich)</dc:subject>
		<dc:subject>Wikipedia</dc:subject>
		<dc:subject>Internet</dc:subject>
		<dc:subject>Logiciels libres</dc:subject>

		<description>Benjamin Grassineau soutiendra sa th&#232;se de doctorat le Mardi 27 janvier 2009 &#224; 14:30 en salle A709 &#224; l'Universit&#233; Paris-Dauphine, Place du Mar&#233;chal De Lattre de Tassigny, M&#233;tro ligne 2 : Porte Dauphine. Jury Michel Liu, Professeur &#224; l'Universit&#233; Paris-Dauphine, Directeur de th&#232;se Jan Spurk, Professeur &#224; l'Universit&#233; Paris V, rapporteur Jacques Prades, Ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; l'Universit&#233; Toulouse II, rapporteur Philippe Chanial. Ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; (...)

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&lt;a href="http://www.cedrea.net/+-Reseaux-+" rel="tag"&gt;R&#233;seaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.cedrea.net/+-Reseaux-cooperatifs-+" rel="tag"&gt;R&#233;seaux coop&#233;ratifs&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://www.cedrea.net/+-Wikipedia-+" rel="tag"&gt;Wikipedia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.cedrea.net/+-Internet-+" rel="tag"&gt;Internet&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.cedrea.net/local/cache-vignettes/L116xH150/arton63-62107.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='116' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:116px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Benjamin Grassineau soutiendra sa th&#232;se de doctorat le Mardi 27 janvier 2009 &#224; 14:30 en salle A709 &#224; l'Universit&#233; Paris-Dauphine, Place du Mar&#233;chal De Lattre de Tassigny, M&#233;tro ligne 2 : Porte Dauphine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Jury&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Michel Liu,&lt;/strong&gt; Professeur &#224; l'Universit&#233; Paris-Dauphine, Directeur de th&#232;se
&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Jan Spurk&lt;/strong&gt;, Professeur &#224; l'Universit&#233; Paris V, rapporteur
&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Jacques Prades&lt;/strong&gt;, Ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; l'Universit&#233; Toulouse II, rapporteur
&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Philippe Chanial&lt;/strong&gt;. Ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; l'Universit&#233; Paris-Dauphine, suffragant.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Les pratiques organisationnelles et sociales non-marchandes et non-hi&#233;rarchiques li&#233;es aux nouvelles technologies de l'information et de la communication suscitent aujourd'hui de nombreuses r&#233;actions et controverses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains acteurs et chercheurs en contestent l'existence, d'autres affirment qu'il s'agit d'un ph&#233;nom&#232;ne minoritaire ou non durable, d'autres enfin, les cantonnent &#224; la sph&#232;re virtuelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'inscrivant dans ces d&#233;bats, ce travail analyse les diff&#233;rentes approches th&#233;oriques qui les sous-tendent, et les confronte &#224; une observation empirique du r&#233;seau coop&#233;ratif des logiciels libres et du projet d'encyclop&#233;die libre et ouverte Wikip&#233;dia, en les repla&#231;ant dans le contexte id&#233;ologique propre &#224; l'activit&#233; informatique. En d&#233;veloppant un cadre conceptuel ad&#233;quat pour l'&#233;tude de ces entit&#233;s sociales qui s'appuie sur l'interactionnisme symbolique et la sociologie critique d'Ivan Illich, cette r&#233;flexion d&#233;voile la sp&#233;cificit&#233; organisationnelle, &#233;conomique et sociale de ces nouvelles pratiques, et expose ce qui a favoris&#233; leur d&#233;veloppement et leur croissance au cours de ces trois derni&#232;res d&#233;cennies.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'accent est tout particuli&#232;rement mis sur les facteurs culturels et sur les m&#233;canismes qui favorisent l'essor et l'expansion de ces nouvelles pratiques dans d'autres activit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au final, cette r&#233;flexion rejoint un des questionnements fondamentaux de la soci&#233;t&#233; contemporaine, &#224; savoir, celui du d&#233;veloppement de l'&#233;conomie non-marchande et non-hi&#233;rarchique et de la d&#233;professionnalisation des activit&#233;s immat&#233;rielle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les r&#233;seaux coop&#233;ratifs : enjeux et probl&#233;matiques.</title>
		<link>http://www.cedrea.net/Les-reseaux-cooperatifs-enjeux-et</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Benjamin GRASSINEAU</dc:creator>

<category domain="http://www.cedrea.net/-Working-papers-">Working papers</category>

		<dc:subject>R&#233;seaux</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;seaux coop&#233;ratifs</dc:subject>
		<dc:subject>Wikipedia</dc:subject>
		<dc:subject>Internet</dc:subject>
		<dc:subject>Logiciels libres</dc:subject>

		<description>Dans cet article, nous d&#233;finissons les r&#233;seaux coop&#233;ratifs en les positionnant par rapport &#224; d'autres cadres organisationnels. Puis, nous r&#233;fl&#233;chissons aux enjeux et probl&#233;matiques suscit&#233;es par leur d&#233;veloppement. Les r&#233;seaux coop&#233;ratifs : enjeux et probl&#233;matique L'expansion des r&#233;seaux coop&#233;ratifs a &#233;t&#233; l'un des changements majeurs de la fin du XXe si&#232;cle. Par la rapidit&#233; et l'ampleur de leur progression, par leur efficacit&#233; en terme de coh&#233;sion sociale et de (...)

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&lt;a href="http://www.cedrea.net/+-Logiciels-libres-+" rel="tag"&gt;Logiciels libres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src=&quot;http://www.cedrea.net/local/cache-vignettes/L116xH150/arton42-0f3a2.png&quot; alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; width='116' height='150' class='spip_logos' style='height:150px;width:116px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans cet article, nous d&#233;finissons les r&#233;seaux coop&#233;ratifs en les positionnant par rapport &#224; d'autres cadres organisationnels. Puis, nous r&#233;fl&#233;chissons aux enjeux et probl&#233;matiques suscit&#233;es par leur d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;seaux coop&#233;ratifs : enjeux et probl&#233;matique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'expansion des r&#233;seaux coop&#233;ratifs a &#233;t&#233; l'un des changements majeurs de la fin du XXe si&#232;cle. Par la rapidit&#233; et l'ampleur de leur progression, par leur efficacit&#233; en terme de coh&#233;sion sociale et de production &#233;conomique, ces r&#233;seaux ont montr&#233; qu'ils pouvaient concurrencer deux autres cadres organisationnels (CO) solidement &#233;tablis : le march&#233; et la bureaucratie. Pour reprendre la distinction faite par Hayek (1993, p. 21-25), ils constituent donc une alternative cr&#233;dible, non seulement en terme de r&#233;gulation et d'&#233;mergence de &lt;i&gt;l'ordre local&lt;/i&gt; (celui qui r&#233;git les communaut&#233; de petite taille), mais &#233;galement de &lt;i&gt;l'ordre &#233;tendu&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutefois, leur fonctionnement reste encore aujourd'hui mal connu. Pour &#233;tudier les r&#233;seaux coop&#233;ratifs, il nous para&#238;t donc n&#233;cessaire de d&#233;terminer ce qu'ils sont, de les d&#233;limiter et de comprendre comment ils fonctionnent et &#233;voluent. C'est ce que nous proposons de faire dans cet article, avant de r&#233;fl&#233;chir sur les diff&#233;rents enjeux que ces r&#233;seaux coop&#233;ratifs peuvent soulever.&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;&lt;strong&gt;1) Les r&#233;seaux coop&#233;ratifs : d&#233;finition et heuristique.&lt;/h3&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;A. D&#233;finition id&#233;ale-typique des r&#233;seaux coop&#233;ratifs. &lt;/h4&gt;
&lt;/strong&gt;
On peut d&#233;finir un r&#233;seau coop&#233;ratif (RC) ainsi [&lt;a href='#nb1-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Achelhi et al. (2005, p. 9) le d&#233;finissent ainsi : &#171; un ensemble de cha&#238;nes (...)' id='nh1-1'&gt;1&lt;/a&gt;]. C'est un ensemble d'acteurs en interaction, qui poss&#232;de les quatre caract&#233;ristiques suivantes : &lt;p&gt;Les acteurs coop&#232;rent pour accomplir leur activit&#233; et produire des &lt;i&gt;biens&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb1-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Le bien est ici pris dans un sens tr&#232;s large : biens mat&#233;riels, (...)' id='nh1-2'&gt;2&lt;/a&gt;] priv&#233;s, communs et/ou publics au sein de cette activit&#233; [&lt;a href='#nb1-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Comme le remarquent Achelhi et al. (2005, p. 5-7), la notion de coop&#233;ration (...)' id='nh1-3'&gt;3&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;ol class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt;Ils mettent en place librement, d&#233;mocratiquement et de fa&#231;on autonome - l'activit&#233; de r&#233;gulation est entre les mains d'un pouvoir local -, les cadres n&#233;cessaires &#224; cette coop&#233;ration et &#224; cette production.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Ils font tout cela, sans que cela ne soit planifi&#233; ou encadr&#233; par une autorit&#233; centralis&#233;e. Il n'y a pas d'organisme, d'agence ou d'institutions, qui &#233;dictent et font appliquer des r&#232;gles pour pratiquer l'activit&#233;. Ils ne fonctionnent pas sur le principe de la hi&#233;rarchie de commandement [&lt;a href='#nb1-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour les besoins de l'analyse, nous distinguons cinq types de (...)' id='nh1-4'&gt;4&lt;/a&gt;].&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Ils ne limitent pas l'acc&#232;s :&lt;ul class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt;Aux ressources produites, que ce soit au niveau de la consommation des biens interm&#233;diaires ou des biens finals.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&#192; l'&#233;change, ils ne limitent pas artificiellement la diffusion des biens qui circulent dans le r&#233;seau, ou entre le r&#233;seau et son environnement.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&#192; la production, tout le monde a acc&#232;s aux moyens de production, et peut produire comme il l'entend.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&#192; &#171; la structuration des cadres de l'&#233;change. &#187; Ces limitations, lorsqu'elles existent, n'ont pas pour finalit&#233; d'assurer une plus-value mon&#233;taire aux membres du r&#233;seau. Elles servent essentiellement &#224; faciliter la coop&#233;ration, et &#224; prot&#233;ger le bon d&#233;roulement de l'activit&#233;, ou les outils de production.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;L'&#233;change s'appuie sur : a) une coop&#233;ration volontaire, b) une communication horizontale, libre, non censur&#233;e, fond&#233;e autant sur le plaisir de communiquer (imagination, entraide, sentiments, amiti&#233;, projets communs, confiance, go&#251;t de la pol&#233;mique, etc.) que sur la communication int&#233;ress&#233;e.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt; &lt;p&gt;Concr&#232;tement, les RC se retrouvent dans divers secteurs d'activit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;ul class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt;Dans le monde de l'informatique avec le mouvement des logiciels libres [&lt;a href='#nb1-5' class='spip_note' rel='footnote' title='On parle &#233;galement de mouvement Open Source. Et pour &#234;tre rigoureux, il (...)' id='nh1-5'&gt;5&lt;/a&gt;] (LL), et ses d&#233;riv&#233;s, ainsi que dans les r&#233;seaux communautaires sur Internet et dans les activit&#233;s intellectuelles ou artistiques : r&#233;seaux de squats, free-party, r&#233;seau alternatif, r&#233;seau anarcho-punk (O'Hara, 1999), etc. Les activit&#233;s sportives et les activit&#233;s de &#171; loisirs &#187; s'organisent &#233;galement souvent ainsi.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Dans des exp&#233;rimentations &#233;conomiques et sociales d'un genre nouveau : les S.E.L. (Syst&#232;me d'Echange Local), les r&#233;seaux de collaboration solidaire qui mettent en relation des cellules de production auto-g&#233;r&#233;e (Mance, 2003), les coop&#233;ratives d'habitation, les communaut&#233;s et les exp&#233;rimentations de l'&#233;cologie industrielle (Erkman, 2004), les exp&#233;riences &#233;co-anarchistes, les r&#233;seaux de paysans utilisant des semences libres [&lt;a href='#nb1-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur la comparaison entre les r&#233;seaux de logiciel libre et les r&#233;seaux (...)' id='nh1-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&#8230;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Enfin, de nombreuses soci&#233;t&#233;s ont de tout temps adopt&#233; ce mode de configuration. On le retrouve plus ou moins dans les communaut&#233;s des gens de mer (notamment les pirates et les populations c&#244;ti&#232;res [&lt;a href='#nb1-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur la piraterie, la question fait d&#233;bat. Moreau (2006, p. 309-321), y voit (...)' id='nh1-7'&gt;7&lt;/a&gt;]), certaines soci&#233;t&#233;s &#171; primitives &#187;, si l'on en croit Clastres (1974) et les th&#233;oriciens anarcho-primitivistes [&lt;a href='#nb1-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir les analyses de Zerzan. Textes disponibles sur le site d'&#233;dition (...)' id='nh1-8'&gt;8&lt;/a&gt;], certaines communaut&#233;s religieuses, certaines communaut&#233;s hippies, des communaut&#233;s anarchistes [&lt;a href='#nb1-9' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir sur ce sujet l'ouvrage particuli&#232;rement bien document&#233; de (...)' id='nh1-9'&gt;9&lt;/a&gt;], des communaut&#233;s villageoises, la communaut&#233; scientifique &#224; ses d&#233;buts, etc. La particularit&#233; de nombre de ces communaut&#233; &#233;tant de g&#233;rer sur le MRC, non pas une seule activit&#233;, mais une grande partie de l'ensemble des activit&#233;s sociales.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt; &lt;p&gt;Nous pourrions &#233;galement appeler ce CO : anarchiste [&lt;a href='#nb1-10' class='spip_note' rel='footnote' title='L'id&#233;e est cr&#233;dible pour le mouvement Open Source et, plus (...)' id='nh1-10'&gt;10&lt;/a&gt;]. Toutefois, parler de RC permet d'&#233;viter quelques impr&#233;cisions. &#192; l'&#233;vidence, par exemple, l'anarchisme &#233;pist&#233;mologique [&lt;a href='#nb1-11' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour plus d'informations, voir Grassineau et al. (2005a).' id='nh1-11'&gt;11&lt;/a&gt;] n'a pas grand chose en commun avec l'anarchisme politique traditionnel [&lt;a href='#nb1-12' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur le sujet, voir Grassineau (2005b).' id='nh1-12'&gt;12&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;h4&gt;&lt;strong&gt;B. Remarques.&lt;/h4&gt;
&lt;/strong&gt;
Quatre points sont &#224; souligner. Ils constituent quatre directions de recherche : &lt;p&gt;&lt;i&gt;Premi&#232;rement&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Ces RC sont construits autour d'une ou plusieurs activit&#233;s primaires&lt;/i&gt; - ce qui n'est pas la m&#234;me chose qu'un march&#233;, puisqu'un march&#233; est organis&#233; autour d'un bien ou d'un service. C'est leur &#171; raison d'&#234;tre &#187;. Strauss (1992) dans l'un de ses articles, parle de mondes sociaux pour d&#233;signer des regroupements d'acteurs organis&#233;s autour d'une &lt;i&gt;activit&#233; primaire&lt;/i&gt;. Notons d'embl&#233;e que la notion de RC a une port&#233;e plus restreinte que celle de monde social, puisqu'elle d&#233;finit une &lt;i&gt;forme organisationnelle&lt;/i&gt; particuli&#232;re existant en son sein, d'autres pouvant cohabiter avec elle. Dans les mondes sociaux se construisent &#233;galement des &lt;i&gt;communaut&#233;s&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Deuxi&#232;mement&lt;/i&gt;. Il importe de bien comprendre comment RC et organisations s'articulent entre eux. Un r&#233;seau est un syst&#232;me qui n'est pas dot&#233; d'un seul centre d&#233;cisionnel (pas de planificateur central) ; mais en son sein, il peut exister des p&#244;les de d&#233;cision regroupant plusieurs personnes, ou des &#171; noeuds &#187; d&#233;cisionnels qui concentrent des pouvoirs. On peut appeler ces p&#244;les des organisations. Leur d&#233;limitation est g&#233;n&#233;ralement fix&#233;e par la tradition, des associations de circonstance, ou par des r&#232;gles &#233;manant du cadre juridique qui r&#233;glemente l'activit&#233;. Conform&#233;ment &#224; cela, &lt;i&gt;nous d&#233;finissons un r&#233;seau comme un ensemble d'individus et d'organisations qui interagissent entre eux, sans qu'un centre d&#233;cisionnel unique planifie tout ou une partie de leurs interactions (ou du moins essaie de le faire et en a les moyens)&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb1-13' class='spip_note' rel='footnote' title='Mance d&#233;finit le r&#233;seau ainsi, &#171; Il s'agit d'une articulation (...)' id='nh1-13'&gt;13&lt;/a&gt;]. Et par extension, &lt;i&gt;nous d&#233;finissons un RC comme un ensemble d'organisations et d'acteurs autonomes, qui interagissent entre eux au sein d'une ou plusieurs activit&#233;s, et produisent ainsi des biens priv&#233;s et publics, sans qu'un ou plusieurs centre d&#233;cisionnel ne planifie leurs interactions (ou du moins essaie de le faire et en a les moyens), et sans que les rapports entre les &#233;l&#233;ments du r&#233;seau soient fond&#233;s sur l'obligation marchande et/ou hi&#233;rarchique (rapport de commandement)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Troisi&#232;mement&lt;/i&gt;. Il faut remarquer que la circulation des biens au sein des r&#233;seaux suit g&#233;n&#233;ralement des trajectoires d&#233;termin&#233;es : ces biens s'inscrivent alors dans des &lt;i&gt;circuits d'&#233;change&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb1-14' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous reprenons ici la notion de circuit d&#233;velopp&#233;e en anthropologie (...)' id='nh1-14'&gt;14&lt;/a&gt;]. L'&#233;change, la production et le transfert des biens et des droits portant sur des biens, sont guid&#233;s par ces circuits qui sont structur&#233;s par des contraintes diverses : vitesse de circulation, lieux de diffusion, types de transmission, technologies, structure d'&#233;change, etc. Lorsqu'on observe une innovation dans un RC, il est important de mentionner le circuit par lequel elle transite et sa position &#224; un instant donn&#233; dans le circuit. Car bien souvent, un groupe qui semble porteur d'une innovation endog&#232;ne, n'est en r&#233;alit&#233; qu'un simple rouage dans la transmission des produits du circuit [&lt;a href='#nb1-15' class='spip_note' rel='footnote' title='&#192; titre d'exemple, la FSF (Free software Fundation) est une structure (...)' id='nh1-15'&gt;15&lt;/a&gt;]. L'innovation pouvant &#234;tre de diverses formes : a) biens mat&#233;riels, b) id&#233;es et biens immat&#233;riels, c) pratiques et technologies, qui transitent par diff&#233;rents circuits. Ce groupe ou ces acteurs, tirent souvent un avantage &#224; &#234;tre les premiers &#224; disposer d'une innovation au sein de leur environnement proche [&lt;a href='#nb1-16' class='spip_note' rel='footnote' title='Par exemple, dans l'ABUL (Association bordelaise des utilisateurs de (...)' id='nh1-16'&gt;16&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Quatri&#232;mement&lt;/i&gt;. Les acteurs de ces RC ont en commun d'appr&#233;hender le travail et ses effets externes (comme les d&#233;chets), non pas comme des contraintes ou des co&#251;ts, mais comme des ressources. Par exemple dans le SEL, l'&#233;change marchand n'est pas envisag&#233; du point de vue des co&#251;ts de transaction, comme le fait Coase (1937), mais comme g&#233;n&#233;rateur de lien social. De m&#234;me, en &#201;cologie Industrielle, on parle non plus de march&#233;, mais d'&#233;cosyst&#232;me industriel, dans lequel, au sein d'une m&#234;me plate-forme industrielle coop&#233;rante, les outputs des entreprises, et notamment les externalit&#233;s comme les d&#233;chets, viennent nourrir la croissance des autres entreprises. Cette coop&#233;ration entre agents &#233;conomiques, qui ne recourt pas au march&#233;, permet d'accro&#238;tre substantiellement les profits globaux de la plate-forme industrielle, et de r&#233;duire la pollution. Et peut-&#234;tre le fait-elle plus efficacement qu'un march&#233; des permis d'&#233;missions n&#233;gociables, qui ne fait que suppl&#233;er aux d&#233;fauts de la taxation directe ou indirecte. En tous les cas, on notera qu'elle repose sur une logique compl&#232;tement diff&#233;rente. Il ne s'agit pas d'internaliser les effets externes, en sanctionnant l'&#233;mission des d&#233;chets, ou de compenser l'effort de d&#233;pollution par une gratification, ou de l'obtenir par une contrainte ; il s'agit au contraire &#171; d'inverser la valeur &#187; des effets de l'activit&#233; sur ceux qui l'accomplissent ou sur ceux qui en subissent les effets, par l'usage de la concertation, de la coop&#233;ration et de la communication. Il s'agit ainsi de rendre une corv&#233;e plaisante, en diminuant la contrainte au lieu de la renforcer, ou de rendre le r&#233;sultat de l'activit&#233; &#171; positif &#187;, &lt;i&gt;en modifiant le cadre de l'activit&#233;&lt;/i&gt;, au lieu de chercher &#224; le r&#233;primer. En effet, dans la mesure o&#249; l'activit&#233; part sur une base coop&#233;rative, communicative et bien intentionn&#233;e, ce qui est une diff&#233;rence avec les activit&#233;s marchandes et institutionnalis&#233;es, il n'y a pas lieu de responsabiliser outre mesure le fautif. Celui-ci oeuvre en principe &#224; l'am&#233;lioration de l'activit&#233;. Il n'est pas consid&#233;r&#233; comme mal intentionn&#233;. Entendons-nous bien, notre but n'est pas de d&#233;fendre une position irr&#233;aliste, affirmant que le travail est syst&#233;matiquement recherch&#233; pour lui-m&#234;me, mais il est empiriquement incontestable que dans un bon nombre de cas, les acteurs aiment pratiquer certaines activit&#233;s, qu'elles soient professionnelles ou non. Bunge a &#233;galement d&#233;fendu une telle id&#233;e :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Il est carr&#233;ment faux que nous tentions tous de r&#233;duire au minimum nos efforts et que nous d&#233;testions le travail. L'homme est naturellement port&#233; &#224; l'action et va m&#234;me jusqu'&#224; s'inventer des occupations lorsqu'il n'a rien &#224; faire. En outre, des exp&#233;riences ont d&#233;montr&#233; que les gens (&#8230;) pr&#233;f&#232;rent travailler &#224; ne rien faire, m&#234;me si le travail en question est peu satisfaisant, justement parce que l'action porte sa propre r&#233;compense. Ce qui est vrai, par contre, c'est que personne n'aime accomplir des t&#226;ches inutiles ou impos&#233;es, ou travailler pour le b&#233;n&#233;fice de purs &#233;trangers. Il n'est pas vrai non plus que l'homme soit un &#234;tre naturellement comp&#233;titif plut&#244;t que coop&#233;ratif. Nous sommes tous dou&#233;s pour la coop&#233;ration aussi bien que pour la comp&#233;tition et la plupart d'entre nous davantage pour la premi&#232;re que pour la seconde. Autrement, nous serions inaptes &#224; faire partie utilement des syst&#232;mes sociaux, qu'il s'agisse de la famille ou des organisations internationales. Exag&#233;rer l'importance de la comp&#233;tition aux d&#233;pens de la coop&#233;ration - ce qu'ont fait les philosophes dialectiques, les darwinistes sociaux, Freud, Konrad Lorenz et les &#233;conomistes, tant classiques que n&#233;o-classiques - emp&#234;che de concevoir l'existence m&#234;me de syst&#232;mes sociaux.&lt;/i&gt; (Bunge, 1986).&lt;/p&gt; &lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Pour Bunge, le plaisir d'accomplir une activit&#233; est donc li&#233; &#224; un contexte social. Par exemple, une activit&#233; n'aura pas la m&#234;me signification pour un individu, si il l'accomplit pour en retirer un profit &#224; l'&#233;change, si il est contraint de l'accomplir par un tiers, si il la fait pour lui ou pour un tiers (&#233;go&#239;sme ou altruisme), si il est oblig&#233; par un tiers de la faire d'une certaine mani&#232;re, si il la fait en comp&#233;tition ou en coop&#233;ration, si il la fait par affection envers un tiers, si l'activit&#233; est socialement d&#233;valoris&#233;e, etc. Dans cet ordre d'id&#233;e, au sein d'une activit&#233;, &lt;i&gt;la dissociation entre l'offre et la demande de biens ou services&lt;/i&gt; n'est pas forc&#233;ment pertinente (voir aussi Tarde, 1902, p. 98-100). Dans bien des cas, ceux qui pratiquent l'activit&#233; retirent pour eux-m&#234;mes les b&#233;n&#233;fices de l'activit&#233;. Par exemple, un surfer, un math&#233;maticien, un skater, ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des consommateurs au sens strict ; ce qu'ils produisent, les pratiques sportives, les formules, les figures, ne sont pas &#233;chang&#233;es, en principe, contre d'autres biens (sauf &#233;ventuellement contre de &#171; l'importance &#187;). Ils prennent sens au sein de la communaut&#233;. On peut aussi constater une hi&#233;rarchie globale entre les activit&#233;s - les professions intellectuelles et artistiques &#233;tant par exemple dans les pays industrialis&#233;s mieux valoris&#233;es - mais individuellement, il existe de fortes disparit&#233;s dans les pr&#233;f&#233;rences. Remarquons pour finir que dans nos soci&#233;t&#233;s industrielles, la r&#233;partition de la ressource travail semble poser d'&#233;vidents probl&#232;mes : certains en manquent, d'autres aimeraient s'en d&#233;barrasser, d'autres ne peuvent acc&#233;der &#224; celui qu'ils d&#233;sirent, et beaucoup travaillent sans r&#233;mun&#233;ration ! Les RC apportent alors &#224; cette probl&#233;matique du travail des &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion int&#233;ressants et novateurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que croyait Hayek, la solidarit&#233; et la coop&#233;ration ne sont donc pas exclusivement adapt&#233;es &#224; la r&#233;gulation de l'ordre local ; elles peuvent &#233;galement jouer un r&#244;le essentiel, voire n&#233;cessaire, dans la construction d'un ordre &#233;tendu. Sans cette solidarit&#233; et cette coop&#233;ration, l'ordre &#233;tendu n'aurait d'ailleurs probablement aucun sens et se d&#233;sagr&#233;gerait tr&#232;s rapidement. D'un point de vue scientifique, il para&#238;t donc hasardeux de construire une th&#233;orie explicative de l'ordre &#233;tendu, qui n&#233;gligerait l'aspect coop&#233;ratif, solidaire et fonctionnel, qui unit les diff&#233;rentes parties d'un syst&#232;me entre elles. Tout comme une th&#233;orie fond&#233;e exclusivement sur l'altruisme, serait fausse et incompl&#232;te [&lt;a href='#nb1-17' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette id&#233;e est loin d'&#234;tre neuve. Voir &#224; ce sujet Hirschman (1984, p. (...)' id='nh1-17'&gt;17&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;h4&gt;&lt;strong&gt;C. Les autres cadres organisationnels.&lt;/h4&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;h5&gt;&lt;i&gt;a) Quatre id&#233;aux-types.&lt;/i&gt;&lt;/h5&gt;
&lt;/i&gt;
D&#233;finir les RC suppose de les diff&#233;rencier d'autres CO qui leur sont concurrents, et de comprendre comment ils cohabitent avec eux. En s'inspirant de l'analyse spectrale des institutions de Illich (1980), on peut consid&#233;rer que trois autres possibilit&#233;s existent : l'Organisation Autarcique (OA), le R&#233;seau Marchand (RM) et l'institution hi&#233;rarchique, coercitive et manipulatrice (IH). Nous regroupons les deux derniers sous l'expression Cadre Organisationnel Coercitif (COC). Une organisation qui fonctionne sur le mod&#232;le du RM ou de l'IH est dite Organisation Coercitive (OC). La coercition d'une organisation marchande &#233;tant li&#233;e au fait qu'elle bloque l'acc&#232;s &#224; une ressource ou qu'elle exerce une contrainte sur ses membres ou sur ceux qui veulent l'int&#233;grer en faisant miroiter la menace d'une exclusion ou d'une r&#233;compense. &lt;p&gt;Le cadre organisationnel autarcique se caract&#233;rise de fa&#231;on fort simple. Il n'y a pas d'&#233;change d'informations, de biens et d'acteurs avec d'autres acteurs pr&#233;sents dans l'environnement. Les individus produisent pour eux, &#224; partir de ressources qui sont &#224; leur disposition.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut d&#233;finir le RM comme un ensemble d'acteurs et d'organisations qui :&lt;/p&gt; &lt;ol class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt;Sont en concurrence pour produire, consommer et &#233;changer au sein d'une activit&#233; des biens priv&#233;s.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Tentent d'accumuler le plus de ressources possibles dans le but d'en retirer un avantage dans l'&#233;change, ceci en limitant l'acc&#232;s &#224; la production, &#224; la consommation et &#224; l'&#233;change.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Font ceci sans que cela ne soit planifi&#233; par une autorit&#233; centralis&#233;e.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Communiquent entre eux et interagissent entre eux de mani&#232;re &#224; accro&#238;tre leurs profits individuels. L'&#233;change est fond&#233; sur le contrat, l'obligation, la &#171; r&#233;pression &#187; de l'erreur, le profit mutuel anticip&#233; et la communication strat&#233;gique.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt; &lt;p&gt;Selon cette d&#233;finition, une organisation marchande (OM) a naturellement int&#233;r&#234;t &#224; monopoliser la production d'un bien, ou &#224; restreindre son acc&#232;s, tant que cela ne lui en co&#251;te pas trop. En effet, cela lui permet d'accaparer la totalit&#233; des ressources disponibles, pour en retirer le profit maximal dans le processus d'&#233;change et pour se mettre &#224; l'abri des concurrents. Au niveau global, l'ordre est assur&#233; par un r&#233;seau d'organisations, o&#249; les acteurs travaillent en &#233;change d'une r&#233;mun&#233;ration individuelle qui prend une forme mon&#233;taire ou une forme de troc (stock-options par exemple), et s'organisent entre eux selon les principes du march&#233; concurrentiel (libre entr&#233;e/sortie du march&#233;). Dans le cas extr&#234;me, la gestion de la s&#233;curit&#233; et la r&#233;partition du travail d&#233;pendent de soci&#233;t&#233;s priv&#233;es (D. Friedman, 1992). Pour Hayek (1993) ces RM construisent un &#171; &lt;i&gt;ordre capitaliste&lt;/i&gt; &#187;. Naturellement, certaines caract&#233;ristiques des RC peuvent se retrouver dans les RM. Par exemple, dans un cartel, les firmes coop&#232;rent pour d&#233;terminer le niveau de production d'un bien ou pour en fixer le prix.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, on peut d&#233;finir une IH comme un ensemble d'acteurs et d'organisations :&lt;/p&gt; &lt;ol class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt;Qui produisent au sein d'une activit&#233; des biens priv&#233;s ou publics.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Limitent l'acc&#232;s &#224; la production.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Voient leurs actions et pratiques coordonn&#233;es, classifi&#233;es, d&#233;finies et encadr&#233;es par une ou plusieurs autorit&#233;s centralis&#233;es et autonomes.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Dont l'&#233;change est fond&#233; sur la coercition, la relation d'autorit&#233;, la hi&#233;rarchie d'exclusion et la hi&#233;rarchie de commandement. La communication verticale est tr&#232;s codifi&#233;e, et &#171; sert &#187; essentiellement &#224; transmettre des directives ou de l'information strat&#233;gique (elle ne donne pas lieu &#224; des &#233;changes purement amicaux), ou &#224; entretenir les classifications hi&#233;rarchiques interindividuelles (comme le snobisme par exemple).&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt; &lt;p&gt;Les exemples d'IH abondent. Citons par exemple : la police, l'&#201;tat, les acad&#233;mies, les organismes de r&#233;glementation d'une activit&#233; (agences de r&#233;gulation, comit&#233;s nationaux, etc.), les organismes qui encadrent les championnats, etc. De ces institutions &#233;manent des r&#232;glements, des crit&#232;res de classification, de la hi&#233;rarchie, de l'autorit&#233;, des statuts, des dipl&#244;mes&#8230; Elles fonctionnent de mani&#232;re centralis&#233;e. Le maintien de la structure organisationnelle et la r&#233;alisation de l'action collective reposent en grande partie sur une autorit&#233; centrale de d&#233;cision (centre op&#233;rationnel, sommet strat&#233;gique, etc). Nous sommes alors en pr&#233;sence d'un &#171; &lt;i&gt;ordre bureaucratique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, nous avons construit quatre cadres organisationnels &#171; id&#233;al-typiques &#187; au sens de Weber : organisation autarcique (&lt;i&gt;ordre tribal&lt;/i&gt;), r&#233;seau coop&#233;ratif (&lt;i&gt;ordre anarchiste&lt;/i&gt;), r&#233;seau marchand (&lt;i&gt;ordre capitaliste&lt;/i&gt;), institutions hi&#233;rarchiques (&lt;i&gt;ordre bureaucratique&lt;/i&gt;). Dans la r&#233;alit&#233;, nous trouverons de nombreux &#233;carts par rapport &#224; ces id&#233;aux-types, car ceux-ci sont des positionnements sur des &#171; axes de pertinence &#187; : hi&#233;rarchisation, centralisation, id&#233;ologie, types de motivation, autonomisation du pouvoir, etc. Au sein d'une m&#234;me activit&#233;, se rencontrent les quatre CO c&#244;te &#224; c&#244;te, mais tr&#232;s souvent, un cadre domine les autres. Les causes en sont complexes, elles sont culturelles, juridiques, li&#233;es &lt;i&gt;&#224; la nature du produit de l'activit&#233;&lt;/i&gt;, ou li&#233;es &#224; l'&#233;quilibre des pouvoirs qui g&#233;n&#233;ralement, tend &#224; d&#233;savantager le MRC. Examinons plus pr&#233;cis&#233;ment les trois types organisationnels avec &#233;change dans le tableau suivant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tableau : Trois id&#233;aux-types organisationnels&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;table class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;thead&gt;&lt;tr class='row_first'&gt;&lt;th scope='col'&gt; &lt;strong&gt;Traits caract&#233;ristiques&lt;/strong&gt; &lt;/th&gt;&lt;th scope='col'&gt; &lt;strong&gt;R&#233;seau coop&#233;ratif&lt;/strong&gt; &lt;/th&gt;&lt;th scope='col'&gt; &lt;strong&gt;R&#233;seau marchand&lt;/strong&gt; &lt;/th&gt;&lt;th scope='col'&gt; &lt;strong&gt;Institution hi&#233;rarchique&lt;/strong&gt; &lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_even'&gt;
&lt;td&gt; Hi&#233;rarchie &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Faible. Contestable, peu coercitive, Turn-over&#8230; &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Moyenne. In&#233;galit&#233;s dans l'&#233;change et dans la possession des ressources &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Tr&#232;s forte. Pouvoir de commander l'autre &lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd'&gt;
&lt;td&gt; R&#233;gulation &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Faiblement institutionnalis&#233; &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Moyennement institutionnalis&#233; &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Fortement institutionnalis&#233; &lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even'&gt;
&lt;td&gt; R&#233;gulation dominante &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Hi&#233;rarchie de facilitation : entraide &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Hi&#233;rarchie d'exclusion : fermeture de l'acc&#232;s, discrimination &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Hi&#233;rarchie d'obligation : ordres, commandements &lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd'&gt;
&lt;td&gt; Planification globale centralis&#233;e &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Non &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Non [&lt;a href='#nb1-18' class='spip_note' rel='footnote' title='Les marxistes contestent ce point de vue, en consid&#233;rant que la classe (...)' id='nh1-18'&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Oui. Organe d&#233;cisionnel &lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even'&gt;
&lt;td&gt; Monopole de droit / de fait &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Non/Parfois &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Non/Souvent (la s&#233;lection y conduit) &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Oui/Souvent &lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd'&gt;
&lt;td&gt; Propri&#233;t&#233; et contr&#244;le des ressources et des moyens de production &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Faible. Production et ressources sont libres &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Oui. D&#233;limit&#233;s par les droits de propri&#233;t&#233; &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Oui. La production est contr&#244;l&#233;e &lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even'&gt;
&lt;td&gt; Motivations d'actions li&#233;es &#224; l'accumulation des ressources &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Moyenne. Prestige, c&#233;l&#233;brit&#233;, apprentissage, relations &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Oui. La monnaie permet le transfert des droits sur les ressources &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Oui. Dipl&#244;mes, titres honorifiques &lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd'&gt;
&lt;td&gt; Contraintes sociales pesant sur l'activit&#233; de travail &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Non. B&#233;n&#233;volat, volontarisme, contribution libre &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Oui. Survie, efficacit&#233;, obligations &#224; l'&#233;change &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Oui. Autorit&#233; &lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even'&gt;
&lt;td&gt; Libert&#233; &#233;pist&#233;mique /libert&#233; politique [&lt;a href='#nb1-19' class='spip_note' rel='footnote' title='D&#233;signe &#224; la fois (pour simplifier) : 1 : les potentialit&#233;s dont peut (...)' id='nh1-19'&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Elev&#233;e/Moyenne &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Elev&#233;e/Moyenne &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Faible/Faible &lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd'&gt;
&lt;td&gt; Moyens pour contester le pouvoir &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Concurrence, d&#233;mocratie directe, prise de parole, boycott, fork&#8230; &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Concurrence, guerre juridique, &#233;conomique, lobbying&#8230; &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Contre-pouvoir, contr&#244;le institutionnel, vote, r&#232;gles &lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even'&gt;
&lt;td&gt; Id&#233;ologie commune &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Parfois &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Non &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Tr&#232;s souvent &lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd'&gt;
&lt;td&gt; Projet global &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; &#201;mergent &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Non. Ordre spontan&#233; &lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Oui. Contr&#244;l&#233; &lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even'&gt;
&lt;td&gt; Solidarit&#233;, coop&#233;ration entre les parties &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Oui. Libre &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Non. Sauf en cas de trust &lt;/td&gt;
&lt;td&gt; Oui. Contrainte&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt; &lt;p&gt;En simplifiant, nous obtenons les caract&#233;ristiques suivantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;seau coop&#233;ratif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;ol class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt;Liens coop&#233;ratifs et horizontaux.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;R&#233;gulation et coordination des activit&#233;s d&#233;centralis&#233;es.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Mise en commun des informations n&#233;cessaires &#224; la pratique de l'activit&#233;, et des produits de l'activit&#233;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Communaut&#233;s et partage par le don. Participation &#224; l'activit&#233; ouverte.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Rapport consommateur/producteur : le consommateur est responsable envers le producteur (ou absence de responsabilit&#233;s r&#233;ciproques et pas d'obligation du producteur envers le consommateur), ouverture de la production, production, &#233;change et consommation sont int&#233;gr&#233;s.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;March&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;ol class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt;Liens int&#233;ress&#233;s, utilitaires et in&#233;galitaires.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;R&#233;gulation d&#233;centralis&#233;e.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Possession priv&#233;e et r&#233;tention de l'information et des ressources.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Pas de liens communautaires. Fermeture factuelle de l'acc&#232;s &#224; l'activit&#233;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Rapport consommateur/producteur : d&#233;pendance du consommateur et du producteur, fermeture de la production, obligations du producteur envers le consommateur.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Institution Hi&#233;rarchique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;ol class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt;Liens hi&#233;rarchiques fond&#233;s sur l'autorit&#233; et l'obligation.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;R&#233;gulation et coordination centralis&#233;es.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;R&#233;partition in&#233;gale de l'information et des ressources de l'activit&#233;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Fermeture de l'acc&#232;s &#224; l'activit&#233;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Rapport consommateur/producteur : production ferm&#233;e, monopole, possibilit&#233; de consommation obligatoire.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;h5&gt;&lt;i&gt;b) Remarques&lt;/i&gt;&lt;/h5&gt;
&lt;/i&gt;
&lt;i&gt;Remarque 1&lt;/i&gt; : &#192; bien des &#233;gards, une telle partition est contestable. Nous pourrions consid&#233;rer que les IH ne sont que des agences disposant d'un monopole sur une activit&#233; (D. Friedman, 1992). Toutefois, nous n&#233;gligerions alors la nature des relations interindividuelles dominantes (coop&#233;ration/concurrence, obligation/interdiction/facilitation, hi&#233;rarchie/horizontalit&#233;, &#233;change marchand/non-marchand), et le fait que le CO tend &#224; infl&#233;chir la forme que prendront ces relations. Ces relations interindividuelles se rattachent d'ailleurs &#224; des probl&#232;mes tout &#224; fait concrets. Lorsqu'un individu souhaite obtenir quelque chose de quelqu'un (services, biens), diff&#233;rentes possibilit&#233;s s'offrent &#224; lui. Soit il le contraint &#224; le faire (par la force, par la persuasion, par le recours &#224; la loi, en donnant l'exemple de la tradition, par une tactique indirecte, etc.) ; soit il lui propose de le faire en le r&#233;tribuant directement ou indirectement (&#233;change, don contre don, promesse, corruption, etc.) et attend son consentement ; soit il coop&#232;re avec lui et avec son consentement (solidarit&#233;, id&#233;e commune, adh&#233;sion, projet commun, etc.) &lt;p&gt;&lt;i&gt;Remarque 2&lt;/i&gt;. A partir de ces d&#233;finitions, peut-on savoir si une activit&#233; est r&#233;gie ou non par l'un des trois cadres ? La r&#233;ponse est d&#233;licate. Il est tr&#232;s difficile d'isoler compl&#232;tement une activit&#233; de l'influence de l'un des trois CO. L'influence d'un CO se fait toujours ressentir directement (par le biais de l'activit&#233; de r&#233;gulation) ou indirectement (par le biais de l'influence et de l'imitation). Tout groupe social est soumis &#224; la fois &#224; des probl&#232;mes d'in&#233;galit&#233;s de pouvoir, de r&#233;gulation, d'&#233;change marchand, de contraintes, de coop&#233;ration, de comp&#233;tition&#8230; Toutefois, la distinction est loin d'&#234;tre inutile. Car, au sein de la plupart des activit&#233;s, les trois CO donnent lieu &#224; des CO relativement bien d&#233;limit&#233;s et &#224; des r&#233;seaux &#171; physiquement &#187; et socialement bien distincts. Par exemple, dans l'activit&#233; musicale on trouve c&#244;te &#224; c&#244;te, et en concurrence, trois grands CO : le r&#233;seau alternatif ou underground dans lequel les acteurs pratiquent l'activit&#233; sans en restreindre l'acc&#232;s dans le but d'en retirer des plus-values mon&#233;taires [&lt;a href='#nb1-20' class='spip_note' rel='footnote' title='Th&#233;oriquement, si l'acc&#232;s est contr&#244;l&#233;, les prix de vente doivent (...)' id='nh1-20'&gt;20&lt;/a&gt;]. Il regroupe des associations, des collectifs, des labels ind&#233;pendants qui ob&#233;issent &#224; certains codes et poss&#232;dent leurs propres circuits d'&#233;change mat&#233;riels et humains (les tourn&#233;es, les &#233;changes de disques, de fichiers, de fanzines, les listes de diffusion&#8230;). Le r&#233;seau commercial, qui regroupe les acteurs qui s'engagent dans l'activit&#233; et en retirent des profits. On y trouve des grandes entreprises, des labels commerciaux, des salles de concerts, des radios commerciales, etc. Le circuit d'&#233;change est bien moins horizontal que dans le r&#233;seau alternatif. Les organisations marchandes tendent &#224; essayer de contr&#244;ler de mani&#232;re exclusive les canaux de circulation, et &#224; contr&#244;ler l'entr&#233;e dans le RM. Les institutions (dont certaines sont en concurrence, il n'y a pas monopole d'une seule organisation), qui permettent de s'engager dans l'activit&#233; musicale en suivant les lignes de progression hi&#233;rarchiques que les autorit&#233;s institutionnelles ont fix&#233;es. On y trouve des conservatoires, des orchestres nationaux, etc. Chaque CO dispose de ses propres circuits de diffusion, de ses propres r&#233;seaux relationnels, de ses propres pratiques, de ses propres r&#232;gles, etc. En fait, on retrouve cette &lt;i&gt;configuration ternaire (ou quaternaire si nous rajoutons l'auto-production)&lt;/i&gt; dans un nombre consid&#233;rable d'activit&#233;s : sport, jeux, transports, agriculture, culture, etc. En conclusion, pour d&#233;terminer si ce que fait un acteur quelconque au sein d'une activit&#233;, entre dans tel ou tel CO, il suffit d'observer empiriquement le lieu et le contexte d'interaction o&#249; se d&#233;roule son action, et de d&#233;terminer par rapport &#224; quelles r&#232;gles et classifications elle tire sa signification.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Remarque 3.&lt;/i&gt; Claude (1997) consid&#232;re qu'en l'absence d'un pouvoir institutionnel autonome, expansionniste et coercitif, le CO spontan&#233; est le RC. En suivant sa th&#232;se, on peut affirmer que a) les RC sont viables, b) ils constituent probablement le CO originel, c) ils peuvent toutefois &#233;voluer vers les deux CO concurrents en subissant des processus d'institutionnalisation et de marchandisation. Il y a alors passage d'un cadre &#224; un autre. On peut distinguer deux cas : 1. Quand un CO passe d'un &#233;tat &#224; un autre. 2. Quand un acteur ou une organisation passe d'un CO &#224; un autre [&lt;a href='#nb1-21' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans le mouvement Open Source, il est ainsi fr&#233;quent qu'une (...)' id='nh1-21'&gt;21&lt;/a&gt;]. Arr&#234;tons-nous sur le premier. Il se produit par exemple quand un RC &#171; s'institutionnalise &#187; ou &#171; se marchandise &#187; (Grassineau, 2005&lt;i&gt;c&lt;/i&gt;). L'engagement dans ces processus peut &#234;tre li&#233; &#224; divers facteurs. Par exemple, l'introduction d'une innovation technologique ou sociale (comme la monnaie) peut conduire &#224; la domination d'un certain CO, en favorisant la concentration du capital et les rapports de domination. Comme le note Clastres (1974), une distribution in&#233;gale des forces de coercition, li&#233;e par exemple &#224; un choc d&#233;mographique, &#224; la constitution de groupes arm&#233;s, ou &#224; la constitution d'un groupe ind&#233;pendant qui va &#233;dicter et appliquer des r&#232;gles organisationnelles, peut aussi induire des comportements opportunistes et une centralisation du pouvoir d&#233;cisionnel (donc &#224; la constitution d'un &#201;tat). Pour la simple et bonne raison que l'autonomisation du pouvoir politique rend possible la diffusion &#224; grande &#233;chelle, et non-r&#233;ciproque, de directives. Pour qu'une telle diffusion devienne possible, elle devra s'appuyer sur un ensemble de r&#232;gles fixes et coercitives qui visent &#224; assurer la production, l'&#233;volution et la diffusion des r&#232;gles, et &#224; assurer la conservation du pouvoir autonome. Par cons&#233;quent, la mani&#232;re dont vont se structurer certains &#233;changes dans le r&#233;seau va avoir une importance consid&#233;rable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Remarque 4&lt;/i&gt;. On pourrait penser que les dynamiques d'institutionnalisation et de marchandisation sont rarement r&#233;versibles et frappent une activit&#233; dans sa totalit&#233;. Mais en r&#233;alit&#233;, lorsqu'elles se produisent, m&#234;me si la majorit&#233; des acteurs s'y adaptent, d'autres peuvent emprunter le chemin de la &#171; dissidence. &#187; Ainsi, dans les ann&#233;es 1980, sous la pression des &#233;diteurs, le secteur des logiciels subit une forte marchandisation. Les effets en sont bien visibles. L'acc&#232;s aux codes-sources des programmes devient limit&#233;, un RM des logiciels prend place et la bataille fait rage entre les principaux agents &#233;conomiques du secteur pour en obtenir le contr&#244;le. On peut dire alors que le RM accapare alors la majeure partie des ressources de l'activit&#233; informatique. Toutefois, en marge de cette &#233;volution, un &lt;i&gt;mouvement r&#233;actionnaire&lt;/i&gt; unit des acteurs qui refusent cette marchandisation, et continuent &#224; produire des logiciels selon l'ancien CO, celui du RC - dont certaines pratiques &#233;taient h&#233;rit&#233;es de la culture hacker. Malgr&#233; la visibilit&#233; croissante du RM, le RC continue donc sa progression. Lentement au d&#233;part avec le d&#233;veloppement des logiciels GNU [&lt;a href='#nb1-22' class='spip_note' rel='footnote' title='Acronyme signifiant GNU's Not Unix. Le projet GNU a &#233;t&#233; lanc&#233; en (...)' id='nh1-22'&gt;22&lt;/a&gt;] et des plate-formes BSD, mais l'apparition de l'OS Linux et des logiciels Open Source va acc&#233;l&#233;rer le mouvement de mani&#232;re spectaculaire. Notons que le r&#244;le des acteurs marchands qui souhaitaient contester la position monopolistique de Microsoft, aura &#233;t&#233; aussi tr&#232;s important dans cette progression. Preuve que les strat&#233;gies commerciales ne sont pas absentes des RC, et qu'un acteur peut op&#233;rer simultan&#233;ment sur diff&#233;rents cadres organisationnels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Remarque 5&lt;/i&gt;. Il n'est pas du tout certain que les RC offrent syst&#233;matiquement une plus grande &#171; libert&#233; d'action et de pens&#233;e &#187; aux acteurs, que les autre CO. Chaque CO pr&#233;sente &#224; cet &#233;gard ses propres limites. Dans le RM, la r&#232;gle qui pr&#233;vaut est la r&#233;ussite commerciale. Dans un RC, les acteurs se r&#233;f&#233;rent majoritairement &#224; une m&#233;thode, des textes, des techniques, une &#233;thique, etc., pour d&#233;finir comment l'activit&#233; doit se d&#233;rouler. Dans ce cas, celui qui veut pratiquer l'activit&#233;, devra se plier aux normes fix&#233;es par la communaut&#233;. Autre point, &lt;i&gt;&#171; le niveau &#187; de libert&#233; individuelle au sein des r&#233;seaux, peut &#234;tre ind&#233;pendant du discours dominant qui y circule et des finalit&#233;s de l'activit&#233;&lt;/i&gt;. Par exemple, une institution peut pr&#244;ner l'amour et la libert&#233;, tout en se livrant en son sein, ou &#224; l'ext&#233;rieur, &#224; des pratiques &#171; liberticides &#187;. C'est donc avant tout la concurrence entre diff&#233;rents CO, diff&#233;rentes normes, diff&#233;rentes id&#233;ologies qui permet un accroissement du &#171; niveau &#187; de libert&#233; individuelle. Historiquement, on constate d'ailleurs, que lorsque un pouvoir prend trop d'importance (il a le monopole, il &#233;tend ses pr&#233;rogatives), il y a des contre-pouvoirs (concurrentiels) qui se mettent en place [&lt;a href='#nb1-23' class='spip_note' rel='footnote' title='Remarque qui rejoint la th&#233;orie de Montesquieu (1995) sur l'&#233;quilibre (...)' id='nh1-23'&gt;23&lt;/a&gt;]. Il n'est pas inutile &#224; ce sujet de rappeler que le pouvoir de la Free Software Fundation, qui a jou&#233; un r&#244;le fondamental dans le d&#233;veloppement du logiciel libre (LL), est lui-m&#234;me contest&#233; par certains hackers (certains comparent la licence GPLGPL (General Public license). Cette licence a pour objectif d'assurer &#224; partir du copyright que personne ne puisse faire valoir de propri&#233;t&#233; exclusive sur une oeuvre prot&#233;g&#233;e par cette licence dans le respect de la convention de Berne. La GPL est une mise en oeuvre de la notion de &#171; copyleft &#187;. Avec la LGPL (Lesser GNU Public license) elle a en commun d'imposer une restriction : un logiciel (ou un bien immat&#233;riel) r&#233;sultant d'une modification d'un logiciel prot&#233;g&#233; par ces licences doit avoir une m&#234;me licence (ou apparent&#233;). La GPL apporte une restriction suppl&#233;mentaire par rapport &#224; la LGPL, il est impossible d'utiliser un logiciel GPL &#224; l'int&#233;rieur d'un logiciel non-compatible GPL (exception faite des parties internes au syst&#232;me d'exploitation). &#224; un virus). Autre exemple, certains anarchistes contestent le monopole des f&#233;d&#233;rations anarchistes sur l'activit&#233; de propagande anarchiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Remarque 6&lt;/i&gt;. La nature des relations interindividuelles sur des domaines de diff&#233;rentes natures (secteur, domaine immat&#233;riel ou mat&#233;riel, opinions, domaine juridique&#8230;) peut conduire &#224; des cadres organisationnels diff&#233;rents, plus ou moins &#171; respectueux &#187; des libert&#233;s individuelles. Par exemple, certains types de biens rendent plus difficile l'&#233;tablissement et le maintien d'une raret&#233; artificielle (qui est au fondement de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e). Pareillement, certains secteurs rendent plus difficiles l'application de proc&#233;d&#233;s de r&#233;gulation qui s'appuient sur des menaces de sanctions physiques ou psychologiques. Suivant le CO dominant, les organisations locales (entreprises, communaut&#233; de projets, associations) prendront des formes diff&#233;rentes. Certains facteurs globaux influencent la nature des organisations et le CO dominant d'une &#171; soci&#233;t&#233; &#187; aura un impact sur la s&#233;lection d'un CO dominant dans les organisations. Par exemple, une soci&#233;t&#233; fond&#233;e exclusivement sur le principe du RM tendra &#224; s&#233;lectionner les organisations sur le crit&#232;re de l'efficacit&#233; &#233;conomique, n&#233;gligeant d'autres crit&#232;res qui pourraient &#234;tre tout aussi pertinents (l'&#233;panouissement, le go&#251;t d'apprendre, etc.) [&lt;a href='#nb1-24' class='spip_note' rel='footnote' title='Ce n'est d'ailleurs pas parce qu'une telle s&#233;lection a (...)' id='nh1-24'&gt;24&lt;/a&gt;]. Dans bien des cas, un m&#234;me mod&#232;le culturel tend &#224; uniformiser les organisations &#224; diff&#233;rents &#233;tages sociaux (D'Iribarne, 1989).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Remarque 7. &lt;/i&gt;Au sein d'une activit&#233; donn&#233;e, ces diff&#233;rents CO sont parfois incompatibles. Par exemple, dans une activit&#233; o&#249; l'essentiel des ressources est accapar&#233; par des acteurs priv&#233;s, et dont l'acc&#232;s est bloqu&#233; par des droits de propri&#233;t&#233; portant sur l'ensemble des inputs n&#233;cessaires &#224; la r&#233;alisation de l'activit&#233; (par exemple, dans l'activit&#233; informatique, si les ressources sont sous brevet logiciel), il n'est plus possible d'accomplir cette activit&#233; sur le MRC. De m&#234;me, une activit&#233; enti&#232;rement planifi&#233;e, ne laisse plus de possibilit&#233; (l&#233;gale) de faire d&#233;fection. Ainsi, en temps de guerre, il est arriv&#233; que l'activit&#233; de consommation et de production des denr&#233;es alimentaires soit rationn&#233;e et planifi&#233;e ; par cons&#233;quent, les &#233;changes marchands de denr&#233;es alimentaires &#233;taient interdits (ce qui a d'ailleurs engendr&#233; le march&#233; noir). Dans d'autres circonstances, comme par exemple une famine, les individus peuvent se replier sur le CO autarcique [&lt;a href='#nb1-25' class='spip_note' rel='footnote' title='Sahlins (1976, p. 17-18) d&#233;fend ainsi l'id&#233;e que le mode de (...)' id='nh1-25'&gt;25&lt;/a&gt;]. Enfin, &#224; l'int&#233;rieur du cadre familial, les relations tendront &#224; se r&#233;aliser sur le MRC. Nous voyons donc qu'&#224; diff&#233;rentes &#233;chelles de la r&#233;alisation d'une activit&#233;, les CO peuvent se heurter entre eux, donner lieu &#224; des conflits, ou se compl&#233;ter. Par exemple, des entreprises et des consommateurs, peuvent s'organiser dans le cadre du RM pour r&#233;guler leurs &#233;changes, mais s'organiser dans le cadre de l'IH &#224; l'int&#233;rieur de chaque p&#244;le de consommation et de production, voire, m&#234;me si c'est beaucoup plus rare, sur le MRC [&lt;a href='#nb1-26' class='spip_note' rel='footnote' title='La raison de cette raret&#233; est assez &#233;vidente. La hi&#233;rarchie (...)' id='nh1-26'&gt;26&lt;/a&gt;]. D'autre part, dans un march&#233; international, la tentation est souvent forte pour les nations, &#233;tant donn&#233;e la d&#233;pendance cr&#233;&#233;e par les activit&#233;s marchandes, de se replier sur leurs activit&#233;s et de pratiquer le protectionnisme, donc l'autarcie. Mais en interne, au niveau de la nation, il est parfaitement possible que la production et la redistribution des produits de l'activit&#233; soit planifi&#233;e, ou marchande.&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;&lt;strong&gt;2) La probl&#233;matique des r&#233;seaux coop&#233;ratifs.&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La dynamique et l'existence des RC soul&#232;vent plusieurs questions qui constituent autant d'axes de recherches : 1. Comment fonctionnent-ils et s'adaptent-ils &#224; leur environnement physique, technologique, &#233;conomique et juridique ? 2. Quelles ont &#233;t&#233; les raisons de leur d&#233;veloppement et de leur croissance ? Pour traiter cette derni&#232;re question, on peut proc&#233;der en deux temps. 1. Rep&#233;rer les facteurs culturels, technologiques et &#233;conomiques qui ont favoris&#233; leur d&#233;veloppement. 2. Montrer que l'absence de ces facteurs n'implique pas que les RC sont irr&#233;alisables, mais qu'il y a certaines conditions dans lesquelles un CO tend &#224; dominer les autres. Ces facteurs rendent simplement plus instables ces RC, notamment quand leur taille s'accro&#238;t. L'absence de RC dans certaines activit&#233;s est en fait la r&#233;sultante de dynamiques d'institutionnalisation et de marchandisation d'origine endog&#232;ne ou exog&#232;ne qui conduisent progressivement &#224; leur disparition. Ces processus ont en partie pour origine des facteurs technologiques, mais ils ont aussi une source endog&#232;ne : la construction de r&#232;gles de statuts qui une fois mis en place ont une forte intertie et la production d'une id&#233;ologie qui assure l'exercice d'un pouvoir en niant la possibilit&#233; d'autres CO possibles et en justifiant son maintien, son expansion et son application.&lt;/p&gt; &lt;h4&gt;&lt;strong&gt;A. Les RC : une anomalie ?&lt;/h4&gt;
&lt;/strong&gt;
L'id&#233;e que des acteurs puissent s'organiser en RC se heurte en sciences sociales, &#224; deux questions fondamentales :
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question 1. &lt;/strong&gt;Comment une organisation (ou un r&#233;seau) peut-elle fonctionner alors qu'elle ne poss&#232;de pas de m&#233;canismes centralis&#233;s de planification, ou qu'elle n'est pas r&#233;gul&#233;e par les m&#233;canismes du march&#233; et ne dispose pas de moyens coercitifs pour inciter ses membres &#224; assurer sa perp&#233;tuation ? Comment fait-elle pour s'adapter aux contingences de l'environnement, pour innover, pour coordonner les activit&#233;s de ses membres, etc., sans avoir recours &#224; une autorit&#233; quelconque ou &#224; un march&#233; qui lui permette d'allouer efficacement les ressources ?&lt;/p&gt; &lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question 2. &lt;/strong&gt;Si un RC est viable et efficace, pourquoi n'y a-t-il pas d'avantage d'organisations de ce type ? Pourquoi le COC est-il plus fr&#233;quent ?&lt;/p&gt; &lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; ces questions, il est possible de d&#233;fendre successivement plusieurs th&#232;ses. Nous les pr&#233;sentons dans cet article, sans en apporter de d&#233;monstration empirique.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;&lt;i&gt;a) Le r&#244;le de la technologie et des facteurs socio-&#233;conomiques dans la d&#233;termination du cadre organisationnel dominant.&lt;/i&gt;&lt;/h5&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#232;se 1&lt;/strong&gt;. Certaines conditions technologiques, &#233;conomiques, culturelles et juridiques peuvent favoriser le d&#233;veloppement des RC.&lt;/p&gt; &lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Cette th&#232;se invite naturellement &#224; comparer les cadres organisationnels au sein de diff&#233;rents contextes technologiques et socio-culturel. L'int&#233;r&#234;t est double : a) rechercher par d&#233;faut les facteurs et les conditions qui conduisent &#224; la mise en place d'un pouvoir coercitif ou d'un syst&#232;me de r&#233;tributions, b) rechercher les facteurs qui permettent &#224; une activit&#233; organis&#233;e de maintenir une certaine coh&#233;sion en dehors de certaines contraintes. Par exemple, le r&#233;seau coop&#233;ratif des logiciels libres (RCLL) ne repose pas sur la centralisation des d&#233;cisions. Nous pouvons mettre ainsi en &#233;vidence tout un ensemble de facteurs &#233;conomiques et sociaux particuliers :&lt;/p&gt; &lt;ul class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt;Les contributeurs [&lt;a href='#nb1-27' class='spip_note' rel='footnote' title='Il s'agit d'un n&#233;ologisme (un parmi d'autres) propre &#224; la (...)' id='nh1-27'&gt;27&lt;/a&gt;] peuvent b&#233;n&#233;ficier directement de leur travail, car le bien est libre. Il n'y a pas d'ali&#233;nation et les b&#233;n&#233;fices retir&#233;s de la production sont directement perceptibles. Les producteurs du bien sont &#233;galement des consommateurs.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Le bien produit ne se d&#233;grade pas &#224; l'utilisation (Gensollen, 2004). Il ne se d&#233;grade pas avec le temps.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;La consommation du bien ne diminue pas la quantit&#233; de biens disponibles sur le march&#233;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Le bien est reproductible &#224; l'identique, diffusable sans trop d'efforts (Gensollen, 2004).&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Plus le bien est diffus&#233; ou consomm&#233;, plus il gagne en attractivit&#233;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;L'organisation de la production n'est pas confront&#233;e au probl&#232;me de la violence.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Programmer n'est pas une t&#226;che trop p&#233;nible.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Tout le monde peut apporter sa contribution ou cr&#233;er son propre projet assez facilement.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;La s&#233;lection s'op&#232;re sur les faits. La contribution a un int&#233;r&#234;t ou n'en a pas.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;L'information circule librement, bien, vite et horizontalement. &lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;h5&gt;&lt;i&gt;b) Pr&#233;sentation de la &#171; th&#232;se fataliste &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/h5&gt;
&lt;/i&gt;
Cependant, en suivant cette voie, nous pourrions conclure que les RC sont une &#171; aberration historique &#187;, une exception, caus&#233;e par des circonstances particuli&#232;res. En d'autres lieux, un tel CO serait impossible. Car cette th&#232;se d&#233;terministe affirme finalement qu'en fonction de certaines conditions technologiques et &#233;conomiques, les individus tendent &#224; d&#233;velopper un CO particulier. Ils ne sont pas &#171; ma&#238;tres de leur destin &#187;. Certains facteurs biologiques et technologiques imposent un type de soci&#233;t&#233; aux hommes, qui doivent s'y plier. C'est en quelque sorte &lt;i&gt;&#171; la th&#232;se fataliste &#187;&lt;/i&gt;. Une proposition de la &#171; th&#232;se fataliste &#187; serait par exemple : &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le RCLL montre que pour qu'un RC soit possible, il faut que le bien collectif (s&#233;curit&#233;, justice, d&#233;fense nationale, routes, r&#233;seaux ferr&#233;s, etc.) ne s'use pas trop vite, de telle sorte que les efforts individuels puissent &#234;tre peu importants et discontinus. Or, dans la vie courante, la plupart du temps, la production du bien collectif doit &#234;tre sans cesse r&#233;actualis&#233;e (par exemple, la s&#233;curit&#233; doit &#234;tre assur&#233;e de fa&#231;on permanente). Par cons&#233;quent, un RC ne conviendrait pas &#224; la production de la plupart des biens collectifs d'usage courant.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ou encore :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;La production des LL ne requiert que peu d'efforts. &#192; la limite, programmer est un plaisir, voil&#224; pourquoi il est plus facile d'inciter les membres d'un RC &#224; produire les LL, il n'y a pas besoin d'avoir recours &#224; un syst&#232;me coercitif [&lt;a href='#nb1-28' class='spip_note' rel='footnote' title='On notera que le deuxi&#232;me argument contredit le premier. En effet, le (...)' id='nh1-28'&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la th&#232;se fataliste pourrait recourir &#224; des arguments beaucoup moins &#233;conomiques :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;L'aspect virtuel d'Internet ne permet pas de restituer l'int&#233;grit&#233; de la richesse des interactions de face &#224; face. Or dans ces interactions, l'&#234;tre humain se pla&#238;t &#224; &#234;tre dirig&#233;, il aime se soumettre et abandonner sa volont&#233; &#224; une autorit&#233;, c'est une survivance de comportements &#171; primitifs &#187; qui ont &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233;s au cours de l'&#233;volution.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, de telles hypoth&#232;ses sont difficilement r&#233;futables et l'existence de tels d&#233;terminismes biologiques rel&#232;ve, pour l'instant, d'avantage de la croyance que du fait scientifique. Ce que nous pouvons en revanche montrer, c'est que la &lt;i&gt;th&#232;se 1&lt;/i&gt; peut &#234;tre vraie, sans que nous ne soyons oblig&#233;s d'adh&#233;rer &#224; la &#171; th&#232;se fataliste &#187;. Ce qui revient &#224; affaiblir les th&#233;ories d&#233;terministes en sciences sociales sans pour autant rejeter enti&#232;rement l'influence de certains facteurs technico-&#233;conomiques. Pour le montrer, nous pourrions dans un premier temps consid&#233;rer le point suivant : si la &#171; th&#232;se fataliste &#187; est vraie, alors pourquoi y-a-t il plusieurs CO pour assurer la production de logiciels ? Comment se fait-il qu'il existe c&#244;te &#224; c&#244;te des RC, des RM et des IH dans un m&#234;me secteur d'activit&#233; ? &lt;i&gt;&#192; un m&#234;me secteur d'activit&#233; devrait correspondre un seul type d'organisation possible&lt;/i&gt; ? H&#233;las, cet argument ne suffit pas &#224; invalider la th&#232;se fataliste. Car les partisans de cette th&#232;se pourront toujours se r&#233;fugier derri&#232;re le contre-argument suivant :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;veloppement des RC montre que des conditions technologiques et socio-culturelles particuli&#232;res laissent place &#224; une plus grande diversit&#233; organisationnelle. Les individus choisissent alors de s'associer selon la fa&#231;on qui leur convient le mieux, en fonction des libert&#233;s que leur laissent les r&#232;glements et les contraintes juridiques [&lt;a href='#nb1-29' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour expliquer ce fait, un partisan de cette th&#232;se partira du postulat que (...)' id='nh1-29'&gt;29&lt;/a&gt;]. Par contre, si certains secteurs d'activit&#233; ne comportent que des IH, c'est parce que certaines conditions technologiques rendent impossibles le d&#233;veloppement de RC. L'&#233;tendue des CO r&#233;alisables se trouve limit&#233;e par des conditions techniques plus restrictives que celles qui permettent le d&#233;veloppement d'un RC. &#192; la limite, il est possible pour l'homme d'envisager diff&#233;rents CO, mais il ne doit pas d&#233;consid&#233;rer la force des contraintes &#233;conomiques, techniques et sociales qui p&#232;sent sur les organisations. Par exemple, les LL ne sont pas confront&#233;s au probl&#232;me de la raret&#233; des ressources, c'est ce qui en fait leur sp&#233;cificit&#233; et ce qui rend possible l'organisation d'une partie de l'activit&#233; informatique en RC [&lt;a href='#nb1-30' class='spip_note' rel='footnote' title='Concr&#232;tement, c'est la th&#232;se d&#233;fendue par Gensollen (2003, (...)' id='nh1-30'&gt;30&lt;/a&gt;].&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous voyons que cette &#171; th&#232;se fataliste &#187; b&#233;n&#233;ficie de solides arguments. Mais elle comporte aussi de nombreuses failles. Examinons-en d&#232;s &#224; pr&#233;sent quelques unes.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;&lt;i&gt;c) Quelques limites de la th&#232;se fataliste.&lt;/i&gt;&lt;/h5&gt;
&lt;/i&gt;
Mentionnons pour commencer trois limites de la th&#232;se fataliste. &lt;p&gt;&lt;i&gt;Premi&#232;rement.&lt;/i&gt; Il existe des secteurs d'activit&#233; qui pr&#233;sentent &#224; peu pr&#232;s les m&#234;mes caract&#233;ristiques technologiques et socioculturelles que d'autres secteurs d'activit&#233; o&#249; l'existence des RC est av&#233;r&#233; (l'informatique par exemple), et qui pourtant semblent fonctionner presque exclusivement sur le COC. Par exemple le domaine des sciences sociales ou de la musique. &lt;i&gt;Pourquoi dans ces activit&#233;s n'y a-t-il pas &#224; priori coexistence de plusieurs CO&lt;/i&gt; ? En fait, en y r&#233;fl&#233;chissant un peu, nous nous apercevons que justement, les diff&#233;rents CO coexistent mais que l'un para&#238;t l&#233;gitime, la science sociale qui se fait dans les universit&#233;s et la musique commerciale ou institutionnelle, alors que l'autre, le MRC, semble litt&#233;ralement &#171; &#233;touff&#233; &#187; et &#171; masqu&#233; &#187; par le premier. C'est bien cette coexistence et ce d&#233;s&#233;quilibre entre les deux CO qu'il faut chercher &#224; comprendre. L&#224; se trouve le noyau de la probl&#233;matique soulev&#233;e par le d&#233;veloppement du RCLL. Pourquoi par exemple, la science s'est-elle institutionnalis&#233;e et marchandis&#233;e, alors qu'elle aurait pu rester au stade informel et peu hi&#233;rarchis&#233; du RC ? Et quelle cons&#233;quence cela a eu au niveau id&#233;ologique, politique et &#233;pist&#233;mologique ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Deuxi&#232;mement&lt;/i&gt;, avec &#171; la th&#232;se fataliste &#187;, comment expliquer qu'il existe, et qu'il a d&#233;j&#224; exist&#233;, des organisations ou des r&#233;seaux qui fonctionnent en RC, m&#234;me dans des conditions productives et technologiques peu favorables ? Des &#233;tudes ethnographiques et sociologiques tendent &#224; le prouver (Clastres, 1974 ; Lefebvre, 2003), et il existe de nombreux r&#233;seaux de production ou d'&#233;change de biens mat&#233;riels qui fonctionnent selon des mod&#232;les proches du RCLL. Comment ces organisations ont-elles r&#233;ussi &#224; contourner les contraintes socio-techniques qui auraient d&#251; emp&#234;cher qu'un RC se mette en place ? Premier &#233;l&#233;ment de r&#233;ponse, on peut d&#233;j&#224; noter que bien souvent, ces organisations ont pour trait commun de se positionner &#224; la limite ou m&#234;me &#224; l'ext&#233;rieur des fronti&#232;res que fixe le Droit. C'est vrai des r&#233;seaux de squats, de l'hacktivisme (Internet &#233;tait &#224; ses d&#233;buts appel&#233; une &#171; zone de non-droit &#187;), tout comme cela a &#233;t&#233; le cas pour les communaut&#233;s religieuses h&#233;r&#233;tiques au moyen &#226;ge. Les r&#232;gles de Droit jouent-elle alors un r&#244;le dans la d&#233;termination du CO dominant ? Quel est ce r&#244;le ? Il est double. 1. Elles limitent la possibilit&#233; de prise de parole, en institutionnalisant le savoir organisationnel. Ce qui renforce n&#233;cessairement la hi&#233;rarchie puisque seuls certains &#171; experts &#187; deviennent comp&#233;tents pour agir. 2. Elles participent &#224; l'institutionnalisation, en figeant les r&#232;gles organisationnelles et en l&#233;gitimant la hi&#233;rarchie et la stabilit&#233; des statuts. Lorsqu'une organisation s'institutionnalise, qu'elle acquiert un statut juridique, aussit&#244;t, elle doit d&#233;signer un responsable. Et de ce fait, le Droit cr&#233;e en s'appliquant une stratification sociale l&#224; o&#249; il n'y en avait pas auparavant. C'est pour cela que le vide juridique est favorable &#224; la mise en place d'un RC. Lorsqu'il existe un vide juridique, les acteurs sociaux peuvent d&#233;cider de s'organiser comme ils le souhaitent, et dans bien des cas, ils le feront au d&#233;part dans un RC, en se &lt;i&gt;prot&#233;geant&lt;/i&gt; de la mise en place d'un pouvoir coercitif (Clastres, 1974). De l&#224; l'id&#233;e sugg&#233;r&#233;e par Hakim Bey (1990) de &lt;i&gt;Zone Autonome Temporaire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Troisi&#232;mement&lt;/i&gt;, il est possible de montrer que la plupart des arguments avanc&#233;s par &#171; la th&#232;se fataliste &#187; peuvent &#234;tre relativis&#233;s ou d&#233;pendent de situations particuli&#232;res. Par exemple, un des arguments fort de &#171; la th&#232;se fataliste &#187; est le suivant :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour qu'une organisation fonctionne, elle doit reposer sur un syst&#232;me de r&#233;tribution qui permet de motiver ses membres et de compenser les d&#233;sagr&#233;ments engendr&#233;s par le travail. Seule une &#233;conomie d'&#233;change permet d'atteindre ce r&#233;sultat, sinon les individus cessent de travailler. Le RCLL est &#224; cet &#233;gard un cas particulier, car les informaticiens aiment programmer, ils n'ont pas besoin qu'on les y incitent. C'est normal, il faut avouer que c'est un m&#233;tier noble et passionnant.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais l'aspect plaisant d'un travail est bien plus complexe que ce que cette th&#232;se laisserait croire. Et de plus, il faut remarquer que les acteurs sociaux prennent souvent du plaisir &#224; travailler dans leurs professions tout en &#233;tant r&#233;mun&#233;r&#233;s. Comment est-ce possible ? Ces activit&#233;s o&#249; il est si plaisant de travailler devraient tendre vers un RC ? &#192; commencer par l'ensemble de l'activit&#233; informatique, puisque programmer est un plaisir. Pourquoi donc y a-t-il une r&#233;mun&#233;ration ? Il est irrationnel pour une organisation de payer ses membres alors qu'ils sont pr&#232;s &#224; travailler pour rien. Pour comprendre ce ph&#233;nom&#232;ne, il faut mettre en &#233;vidence deux facteurs souvent n&#233;glig&#233;s dans l'&#233;tude des organisations modernes : &lt;i&gt;le contexte organisationnel&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;le CO qui domine l'activit&#233;&lt;/i&gt;. Ils jouent un r&#244;le essentiel dans l'appr&#233;ciation du travail. Beaucoup de personnes aiment accomplir certains travaux tant qu'on ne leur impose pas de les faire, et de les faire d'une certaine mani&#232;re. Mais travailler devient une corv&#233;e d&#232;s lors qu'on les y contraint. Elles se sentent d&#233;motiv&#233;es et le travail devient p&#233;nible. De m&#234;me, quand elles se sentent d&#233;poss&#233;d&#233;es des fruits de leur travail, ou encore, quand elles sentent que leur travail profite &#224; une tierce personne sans qu'elles en aient envie, elles trouvent dans leur activit&#233; productive un int&#233;r&#234;t bien moindre. C'est donc le cadre organisationnel qui d&#233;termine la motivation des membres d'une organisation. Et le raisonnement qui sous-tend l'argument de &#171; la th&#232;se fataliste &#187; est circulaire. Il repose sur l'id&#233;e que pour qu'une organisation fonctionne, les individus doivent &#234;tre motiv&#233;s en percevant des &#233;moluments, &#233;tant donn&#233; qu'ils ne sont pas naturellement motiv&#233;s par la r&#233;alisation de leur travail. Mais dans le m&#234;me temps, la th&#232;se n&#233;glige le fait qu'une OC tend &#224; d&#233;motiver le travailleur. Ce qui implique que c'est le COC qui cr&#233;e le manque de motivation au travail. Par cons&#233;quent, nous ne pouvons pas faire reposer la mise en place d'une OC sur l'ant&#233;riorit&#233; du facteur &#171; manque de motivation &#187;, puisque c'est elle qui le cr&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un RM, la contradiction subsiste. La comp&#233;tence technique d&#233;tenue par certains acteurs peut &#234;tre demand&#233;e par d'autre acteurs sociaux afin d'&#234;tre incorpor&#233;e dans des processus de production et de consommation domestiques et professionnels. Comme ils aiment accomplir ce travail, &#224; priori, ils devraient l'accomplir spontan&#233;ment, sans rien exiger en retour. Seulement, comme pour certains consommateurs, cette comp&#233;tence correspond un r&#233;el besoin &#233;conomique, elle devient monnayable. &#201;tant donn&#233; les frictions qui existent sur n'importe quel march&#233;, et l'insuffisance &#233;ventuelle de l'offre des services recherch&#233;s, certains acteurs dot&#233;s des comp&#233;tences requises vont en profiter pour se faire r&#233;tribuer leur services, et ceci dans le but d'accumuler du capital &#233;conomique qu'ils peuvent monnayer contre d'autres services. C'est sous cette condition qu'ils vont exiger une r&#233;mun&#233;ration. Seulement, ils ne sont pas &#224; l'abri d'&#234;tre concurrenc&#233;s par des acteurs qui accomplissent spontan&#233;ment ce genre de services, notamment dans des contextes communautaires o&#249; les solidarit&#233;s sont tr&#232;s fortes. Par cons&#233;quent, ces personnes regroup&#233;es en m&#233;tier, seront enclines &#224; militer contre l'&#233;tablissement de travaux non-r&#233;mun&#233;r&#233;s et contre le travail au noir. Ce qui revient &#224; interdire certaines pratiques en dehors du cadre du RM. On peut dire qu'il s'agit litt&#233;ralement d'un &#171; rapt &#187;. Une minorit&#233; s'approprie un ensemble de pratiques et en interdit l'acc&#232;s ou le rendent plus difficile. Il existe de nombreux effets d'entra&#238;nement qui acc&#233;l&#232;rent et maintiennent le processus. Par exemple, les lois relatives aux assurances emp&#234;chent les personnes d'effectuer eux-m&#234;mes leurs travaux, ou de les faire effectuer par un amateur (d'o&#249; l'importance du Droit). De plus, les solidarit&#233;s traditionnelles tendent &#224; s'effacer pour &#234;tre remplac&#233;es par des &#233;changes int&#233;ress&#233;s entre personnes relativement anonymes. Ajoutons pour finir que les entreprises qui effectuent ce type de service vont fonctionner sur le principe des OC. Il s'en suit fort logiquement que le prestige li&#233; au travail et &#224; la qualit&#233; du service, va se d&#233;placer du travail en lui-m&#234;me vers l'acc&#232;s aux postes &#233;lev&#233;s, qui deviennent synonymes de r&#233;ussite. Cela entra&#238;ne pour diverses raisons une d&#233;valorisation du travail manuel (Bourdieu, 1980) et une d&#233;motivation des travailleurs de base. Ceci d'autant plus que l'objectif de l'entreprise n'est plus de bien faire le travail, mais de faire du profit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le COC cr&#233;e donc des effet pervers. Par exemple, comme les individus sont peu motiv&#233;s pour travailler, l'autorit&#233; va mettre en place un syst&#232;me de sanctions pour forcer les individus &#224; travailler, ce qui risque de les d&#233;motiver encore plus et provoquer de nombreux effets secondaires : anxi&#233;t&#233;, comp&#233;tition entre les employ&#233;s, sentiment d'exploitation, etc., qui provoquent une perte de bien-&#234;tre au niveau collectif. Ceci d'autant plus que des contraintes juridiques, &#233;conomiques et sociales, mises en place pour contre-carrer les effets pervers du RM (ch&#244;mage, licenciements, etc.) peuvent obliger les acteurs &#224; rester dans les organisations quelque soit les traitements qu'ils y subissent (Hirigoyen, 1999). Par cons&#233;quent, une telle situation plonge artificiellement les employ&#233;s dans une comp&#233;tition forc&#233;e. Ils doivent rechercher une position hi&#233;rarchique qui les met &#224; l'abri du pouvoir et de l'agressivit&#233; d'autrui. Mais comme le syst&#232;me est pyramidal et que les places sont rares, ils vont entrer en concurrence les uns avec les autres pour les obtenir. La structure organisationnelle hi&#233;rarchique les pousse &#224; entrer en comp&#233;tition ; ils sont litt&#233;ralement d&#233;courag&#233;s et d&#233;motiv&#233;s d'entreprendre, de faire les choses comme ils l'entendent, et de bien faire. Une telle situation ne les encourage pas aussi &#224; se comporter solidairement entre eux. M&#234;me si ils peuvent en avoir envie. Leur &#233;lan de solidarit&#233; est d&#233;courag&#233;, car de tels comportements sont presque impossibles dans une situation de comp&#233;tition. L'altruisme dans une telle situation serait interpr&#233;t&#233; comme de la faiblesse ou de la na&#239;vet&#233;, et les autres seraient amen&#233;s &#224; en profiter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut donc r&#233;ins&#233;rer l'&#233;change (services, biens, communication) dans le contexte culturel pour en comprendre les subtilit&#233;s, les forces et les dynamiques. Certains contextes, certains CO valorisent certains traits de personnalit&#233; et obligent les acteurs &#224; adapter leurs comportements &#224; ces traits dominants ou les incitent &#224; puiser dans des ressources de leur personnalit&#233;, adapt&#233;e &#224; la situation. Par exemple alors qu'au moyen-&#226;ge, l'honneur et la passion &#233;taient des valeurs dominantes, apr&#232;s la r&#233;volution industrielle, ces valeurs tendent &#224; &#234;tre d&#233;laiss&#233;es au profit de l'individualisme (Hirschman, 1984). Mais m&#234;me aujourd'hui, les comportements diff&#232;rent suivant les contextes, les acteurs n'auront pas les m&#234;mes attitudes entre eux au sein de leurs familles ou au sein de leur entreprise.&lt;/p&gt; &lt;h4&gt;&lt;strong&gt;B. Le pouvoir et sa l&#233;gitimation.&lt;/h4&gt;
&lt;/strong&gt;
Quelle conclusion pouvons-nous tirer de cette analyse ? L'une d'entre elles est que le CO r&#233;sulte du contexte juridique et culturel, des id&#233;ologies et des croyances. Bourdieu (1998, p. 10) montre ainsi que la croyance dans le fait que l'organisation ne peut &#234;tre diff&#233;rente, qu'elle est objective, est fondamentale pour assurer la perp&#233;tuation des privil&#232;ges de la classe dominante. Les acteurs ne peuvent donc transformer cette organisation que si ils nient sa l&#233;gitimit&#233; et son objectivit&#233;. La &#171; th&#232;se fataliste &#187; a donc une fonction sociale. Et on comprend pourquoi l'histoire est jalonn&#233;e d'arguments conservateurs qui simplifient exag&#233;r&#233;ment le r&#233;el et le contexte, souvent en utilisant des justifications qui prennent l'apparence de d&#233;monstrations cens&#233;es &#233;claircir certains m&#233;canismes causals (Hirschman, 1991). A titre d'exemple, un argument classique pour l&#233;gitimer le pouvoir d'ex&#233;cuter les citoyens est : &#171; la peine de mort est particuli&#232;rement dissuasive, aussi, nous ne pouvons nous en passer, car sinon la criminalit&#233; augmenterait &#187;. Nous voyons ici comment la description d'un m&#233;canisme &#171; causal &#187; vient se glisser dans la l&#233;gitimation d'un pouvoir qui vise &#224; l'att&#233;nuation d'un effet pervers (ici ce serait le rapport entre la violence individuelle, la s&#233;curit&#233; publique et la dissuasion). Pourtant, ce lien causal est tr&#232;s loin d'&#234;tre &#233;tabli. Autre exemple, la distribution d'un revenu minimum permettant aux plus d&#233;munis de survivre s'est longtemps heurt&#233;e &#224; l'argument suivant : &#171; En distribuant un revenu minimal au classes d&#233;favoris&#233;s, on les incite &#224; la paresse &#187;. Cet argument, sans &#234;tre tout &#224; fait faux, doit &#234;tre relativis&#233;. Certaines personnes sont peut-&#234;tre moins enclines &#224; travailler lorsqu'elles touchent le RMI, mais cela n'emp&#234;che pas qu'elles peuvent profiter de leur temps libre pour accomplir des activit&#233;s parall&#232;les qui les passionnent. Soulignons alors qu'elles restent productives et actives, voire tr&#232;s actives. Au cours de diverses enqu&#234;tes, nous avons interrog&#233; des personnes qui se plaignaient du temps &#233;lev&#233; qu'elles passaient &#224; leurs activit&#233;s b&#233;n&#233;voles. L'argument repose donc sur un nombre incalculable d'hypoth&#232;ses sous-jacentes. Par exemple : &#171; les gens sont naturellement paresseux &#187;, &#171; le travail est une corv&#233;e &#187;, &#171; l'&#234;tre humain ne s'accomplit pas dans son travail &#187;, &#171; il ne travaille que si on le r&#233;mun&#232;re &#187;, etc. Tous ces arguments nous paraissent en fait tr&#232;s contextuels, car les rapports entre l'activit&#233; humaine, le sens donn&#233; aux activit&#233;s et l'identit&#233; individuelle sont dans la r&#233;alit&#233; beaucoup plus complexes. La plupart de ces propositions ne sont donc valides que dans un contexte bien particulier. Ce probl&#232;me va nous conduire &#224; la deuxi&#232;me th&#232;se.
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#232;se 2. &lt;/strong&gt;Il n'y a pas de facteurs technologiques ou structurels qui emp&#234;chent la mise en place d'un RC, m&#234;me si certaines contraintes rendent cette mise en place plus difficile. En revanche, certaines conditions technologiques, juridiques et socioculturelles permettent d'emp&#234;cher qu'un RC ne d&#233;rive trop facilement vers une OC, ou qu'il soit &#171; absorb&#233; &#187; par une OC.&lt;/p&gt; &lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Cette th&#232;se peut &#234;tre d&#233;montr&#233;e avec plusieurs sous-th&#232;ses interm&#233;diaires :&lt;/p&gt; &lt;ul class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Sous-th&#232;se 1&lt;/i&gt; : Un RC est moins stable et plus vuln&#233;rable qu'une OC. Comme une OC dispose d'un pouvoir plus &#171; agressif &#187; qu'un RC, elle parvient &#224; s'imposer si cela lui est n&#233;cessaire (par le droit, la force physique, etc.) au d&#233;triment du RC.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Sous-th&#232;se 2&lt;/i&gt; : Si un RC ne dispose pas de moyens juridiques et autres pour se prot&#233;ger de cette minorit&#233; dominante qui tente d'imposer sa volont&#233;, elle risque rapidement de c&#233;der la place &#224; un pouvoir centralis&#233; qui, au d&#233;part de faible taille peut rapidement ob&#233;ir &#224; une &lt;i&gt;logique d'expansion&lt;/i&gt; (Proudhon, 1953). Il conduit alors &#224; une structure organisationnelle hi&#233;rarchique. Remarquons ici que m&#234;me dans un RC, certaines contraintes structurelles n&#233;cessitent la mise en place d'un pouvoir minimal. Un tel organe risque alors d'&#234;tre d&#233;vi&#233; de son objectif initial pour servir une minorit&#233; et entrer dans une logique d'expansion.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Sous-th&#232;se 3&lt;/i&gt; : Le pouvoir tend &#224; s'&#233;tendre et &#224; se perp&#233;tuer en mettant en place :&lt;ul class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Un syst&#232;me de r&#232;gles&lt;/i&gt; qui lui sont favorables (Bourdieu, 2001) et qui sont appliqu&#233;es et &#233;tablies par des institutions. La d&#233;termination du syst&#232;me de r&#232;gles mises en place d&#233;pend donc de n&#233;gociations et celui qui parviendra &#224; accumuler un maximum de ressources symboliques, financi&#232;res, culturelles, etc., sera celui qui parviendra &#224; l'imposer (Reynaud, 1997 ; Bourdieu, 2001).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Un syst&#232;me de statuts et de r&#244;les hi&#233;rarchis&#233;s&lt;/i&gt; qui repose, comme le montre Weber, sur des principes de l&#233;gitimation comme la comp&#233;tence ou l'expertise. Comme ce syst&#232;me est stratifi&#233; verticalement, il oriente une grande partie des acteurs vers la recherche de gratifications procur&#233;es par la mobilit&#233; sociale (Baudrillard, 2003).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Une limitation de l'acc&#232;s &#224; certaines ressources&lt;/i&gt; et &#224; certains postes qui permet une accumulation des ressources convoit&#233;es par ceux qui d&#233;tiennent le pouvoir. &lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Une id&#233;ologie qui l&#233;gitime l'ensemble de la structure organisationnelle&lt;/i&gt; et exclut les organisations ou id&#233;ologies d&#233;viantes. (Berger et Luckmann, 2003).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt; &lt;p&gt;Comme le syst&#232;me de statut et de r&#244;les est d&#233;termin&#233; par un ensemble de r&#232;gles, le regroupement des processus 1 et 2 est appel&#233; institutionnalisation. Nous d&#233;fendons donc tous particuli&#232;rement les points suivants :&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;&lt;i&gt;a) L'id&#233;ologie assure la perp&#233;tuation du pouvoir.&lt;/i&gt;&lt;/h5&gt;
&lt;/i&gt;
Ce sont les id&#233;ologies qui vont conduire &#224; la mise en place de r&#232;gles, de statuts, de droits de propri&#233;t&#233;, et qui vont l&#233;gitimer le pouvoir qui s'installe. Une fois en place, le pouvoir enclenche un processus d'institutionnalisation qui a pour fonction essentielle d'assurer sa perp&#233;tuation, ou celle de la communaut&#233;, de l'activit&#233; ou de l'organisation qui lui permet de se d&#233;ployer. En outre, pour se l&#233;gitimer, le pouvoir impose l'id&#233;e qu'un CO concurrent (ou des comportements diff&#233;rents) serait impossible ou peu souhaitable (c'est la th&#232;se fataliste). L'id&#233;ologie vise donc a l&#233;gitimer un syst&#232;me de statuts hi&#233;rarchis&#233;s dont l'acc&#232;s est contr&#244;l&#233;. &#192; partir du moment o&#249; des ressources, des activit&#233;s et des pr&#233;rogatives sont contr&#244;l&#233;es par une minorit&#233;, celle-ci tend &#224; emp&#234;cher l'acc&#232;s &#224; ces ressources en s'appuyant sur des moyens de l&#233;gitimation divers (dipl&#244;mes, statuts, etc.) ou sur la force physique. &lt;p&gt;La m&#233;decine est un bon exemple de l&#233;gitimation des statuts. L'id&#233;ologie m&#233;dicale affirme que le corps m&#233;dical est le seul possesseur de la connaissance m&#233;dicale l&#233;gitime et le seul qui d&#233;tienne le pouvoir de gu&#233;rison. Le pouvoir m&#233;dical repose donc sur une comp&#233;tence, sur sa l&#233;gitimation et sur l'exclusion des autres types de m&#233;decine de l'institution m&#233;dicale. Le Droit leur attribue un domaine de comp&#233;tences et emp&#234;che d'autres individus de pratiquer la m&#233;decine l&#233;gale. Il s'agit bien d'une restriction d'acc&#232;s &#224; un ensemble de pratiques. Pour conserver ce pouvoir, un statut est mis en place et contr&#244;l&#233; par l'&#201;tat. Situation qui n'est pas exempte d'effets pervers : la minorit&#233; peut cr&#233;er un &#233;tat de p&#233;nurie pour accro&#238;tre ou conserver son pouvoir (par exemple en appuyant un processus de r&#233;gulation [&lt;a href='#nb1-31' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous faisons ici r&#233;f&#233;rence &#224; la r&#233;gulation au sens o&#249; elle est d&#233;finie par (...)' id='nh1-31'&gt;31&lt;/a&gt;] qui les avantage), ce qui induit involontairement un sous-emploi des capacit&#233;s, voire un mauvais emploi des potentialit&#233;s individuelles. En effet, les personnes d&#233;sireuses d'exercer un m&#233;tier sont parfois exclues &#224; cause de l'&#233;tat de p&#233;nurie entretenu par la minorit&#233;. Il existe alors une perte s&#232;che en terme de potentialit&#233; de travail, car ces personnes motiv&#233;es pourraient parfaitement contribuer &#224; la r&#233;alisation du travail collectif. D'autre part, le prestige de ces professions qui d&#233;coule de l'&#233;tat artificiel de p&#233;nurie, peut envoyer de mauvais &#171; signaux &#187; aux acteurs sociaux. Ce qui va entra&#238;ner une mauvaise r&#233;partition des t&#226;ches. En effet, attir&#233;es par ce prestige, certaines personnes s'y engagent sans avoir r&#233;ellement de passion pour l'activit&#233; en question, alors que d'autres plus motiv&#233;es rempliraient probablement mieux cette fonction. Un syst&#232;me de brevets peut &#233;galement engendrer de nombreux effets pervers, par exemple, prenons un cas fictif : les firmes pharmaceutiques doivent contribuer &#224; gu&#233;rir une maladie. Elles ont deux possibilit&#233;s : fabriquer un vaccin (recherches longues et co&#251;teuses, et b&#233;n&#233;fices faibles) ou trouver un traitement &#224; vie (recherches longues et co&#251;teuses, mais b&#233;n&#233;fices &#233;lev&#233;s). Elles vont bien entendu toutes choisir la deuxi&#232;me solution et il s'en suit qu'une innovation sociale qui satisferait &#224; peu pr&#232;s tous les acteurs sociaux ne sera jamais atteinte. Notons que m&#234;me si plusieurs firmes &#233;conomiques interviennent sur le RM et tiennent comptent des actions des autres, le r&#233;sultat est le m&#234;me. Elles savent qu'aucune d'entre elles n'a int&#233;r&#234;t &#224; mettre en place un vaccin puisque celle-ci perdrait alors ses b&#233;n&#233;fices. Bien s&#251;r de telles situations sont essentiellement th&#233;oriques mais ce que nous pouvons retenir d'essentiel, c'est que l'application du pouvoir est g&#233;n&#233;ralement cons&#233;cutive &#224; : a) une limitation de l'acc&#232;s &#224; certaines ressources ou &#224; un produit. b) La mise en place d'une contrainte qui vise &#224; orienter le comportement des acteurs dans une direction particuli&#232;re ou &#224; interdire certains comportements (dans ce cas, le &#171; produit &#187; est l'action d'autrui ou du groupe et le d&#233;tenteur du pouvoir peut d&#233;cider du type de production &#224; r&#233;aliser. Il limite donc &#171; l'acc&#232;s &#187; &#224; certaines actions potentiellement envisageables). c) un accroissement des potentialit&#233;s d'actions sur les biens et ressources physiques. Il est g&#233;n&#233;ralement d&#233;termin&#233; par un &#233;change. Plus l'&#233;change est d&#233;s&#233;quilibr&#233; plus le pouvoir d'une partie sur l'autre est grand.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;&lt;i&gt;b) La r&#233;gulation sociale peut exister sans l'exercice d'une autorit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/h5&gt;
&lt;/i&gt;
Une action organis&#233;e peut se r&#233;guler sans qu'il y ait des r&#232;gles formelles dict&#233;es par une autorit&#233; ou une structure hi&#233;rarchique. La r&#233;gulation d&#233;pend principalement des interactions ou des liens affectifs qui se nouent entre les individus, des repr&#233;sentations qui en d&#233;coulent, d'un langage sp&#233;cifique, de rep&#232;res identitaires, d'ajustement mutuels, etc. Elle d&#233;pend &#233;galement de la solidarit&#233; qui lient les membres d'une communaut&#233; et de la construction d'un sens donn&#233; &#224; une action collective ou &#224; une vie en commun. Les deux ph&#233;nom&#232;nes, r&#233;gulation et pouvoir &#233;manant d'une autorit&#233; autonome et centralis&#233;e, sont alors largement ind&#233;pendants. &#192; tel point qu'un rel&#226;chement de la contrainte qui &#233;mane du pouvoir ne conduit pas fatalement au d&#233;sordre. Il existe suffisamment de m&#233;canismes de r&#233;gulation ind&#233;pendants de l'existence d'un pouvoir pour faire en sorte que la coh&#233;sion sociale se maintienne en son absence. Bien au contraire, une OC peut tendre &#224; cr&#233;er du d&#233;sordre. &lt;p&gt;Pourtant, les tenants du pouvoir vivront g&#233;n&#233;ralement dans l'illusion que sans eux, l'ordre social n'existerait pas. Par exemple, un chef d'entreprise croira que c'est gr&#226;ce &#224; lui que l'entreprise ne fait pas faillite, et il est probable que les employ&#233;s le croiront aussi. Des id&#233;ologies complexes vont se mettre en place et appuyer cette id&#233;e. Mais en r&#233;alit&#233;, l'ordre pourrait &#234;tre presque enti&#232;rement ind&#233;pendants de l'application r&#233;elle du pouvoir. Ce qui n'emp&#234;che pas que le pouvoir si il existe pourra influer sur la forme de l'organisation, donc qu'il produit des effets sur la forme que prendra l'ordre social. Une situation coh&#233;sive o&#249; il n'y a pas de pouvoir est toutefois plus instable. Il existe un risque pour qu'une minorit&#233; s'impose comme la garante de l'ordre social et cr&#233;e de ce fait un pouvoir centralis&#233; [&lt;a href='#nb1-32' class='spip_note' rel='footnote' title='C'est &#224; dire qu'elle s'arroge le droit de commander, de (...)' id='nh1-32'&gt;32&lt;/a&gt;]. Une telle situation r&#233;pond &#224; des contextes tr&#232;s classiques : situation de danger, situation de crise, violence, conflits pour accaparer des ressources, pr&#233;sence d'effets pervers, etc. Ces situations tendent &#224; renforcer le pouvoir. C'est &#224; dire que son domaine d'application grandit (il peut d&#233;sormais ordonner de faire des choses qu'il ne pouvait pas auparavant) et que les ordres qu'il donne sont ex&#233;cut&#233;s sans r&#233;sistances ou n&#233;gociations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un moyen de s'en convaincre est d'&#233;tudier des milieux qui pr&#233;sentent les m&#234;mes caract&#233;ristiques techniques que le RC des logiciels libres, mais qui fonctionnent de mani&#232;re hi&#233;rarchique : la science par exemple. C'est une preuve que le COC n'a pas &#224; proprement parler de fonction de coh&#233;sion sociale ou d'innovation. Les sp&#233;cificit&#233;s technologiques, juridiques et &#233;conomiques de l'activit&#233; informatique (et notamment le fait qu'il soit assez r&#233;cent), lui ont surtout servi &#224; se pr&#233;munir contre l'expansion d'un pouvoir interne ou de la domination par un pouvoir externe. Car les OC sont expansionnistes, les RC ne sont donc jamais &#224; l'abri d'une annexion, d'une dissolution ou d'une marginalisation. Mais dans les LL, ces protections ont emp&#234;ch&#233; la d&#233;rive vers une OC caus&#233;e par l'expansion d'une autorit&#233; centralis&#233;e. Et en l'absence d'institutionnalisation, elles se sont organis&#233;es spontan&#233;ment en RC.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;&lt;i&gt;c) L'institutionnalisation et la marchandisation tendent &#224; rar&#233;fier les RC.&lt;/i&gt;&lt;/h5&gt;
&lt;/i&gt;
Comme nous le voyons, cette deuxi&#232;me th&#232;se permet d'expliquer pourquoi nous rencontrons si peu d'organisations fonctionnant en RC. Pour survivre, celles-ci doivent mettre en place des moyens de protection contre l'expansion d'un pouvoir centralis&#233;. Dans le cas des RCLL, des conditions favorables ont rendu cette protection possible : vide juridique, facilit&#233; &#224; contourner les mesures l&#233;gales, mise en place de licences qui emp&#234;chent le contr&#244;le des ressources par une minorit&#233;, &#233;thique fond&#233;e sur le respect et l'&#233;galit&#233;, coh&#233;sion sociale de la communaut&#233;, esprit de comp&#233;tition et d'entraide, bonne circulation des informations, comp&#233;titivit&#233; avec les autres CO, transfert des fonds du RM vers le RC, etc. Mais g&#233;n&#233;ralement, les RC ont plus de mal &#224; mettre en place un syst&#232;me de protection contre les pouvoirs. Notamment dans le cadre d'un contr&#244;le spatial des activit&#233;s (Foucault, 1975), dans le cadre des interactions de co-pr&#233;sence o&#249; des facteurs psychologiques peuvent intervenir fr&#233;quemment et o&#249; le recours &#224; la violence physique, &#224; la violence symbolique ou &#224; la violence verbale est beaucoup plus perceptible. Certaines conditions ou certains m&#233;canismes tendent donc &#224; accro&#238;tre la probabilit&#233; de mise en place d'une autorit&#233;. Surtout dans le cas des ph&#233;nom&#232;nes collectifs de grande ampleur, c'est &#224; dire qui interviennent dans des ordres &#233;tendus. &lt;p&gt;Pour mieux le comprendre, on peut penser aux effets pervers. Pour Boudon (1997) les effets pervers expliquent la cr&#233;ation de certaines normes et r&#232;gles sociales. Les acteurs, confront&#233;s &#224; des effets pervers mettent en place un cadre normatif pour les contourner. Par exemple, le paradoxe de l'action collective de Olson n'est qu'un cas particulier d'effet pervers. Chacun des participants &#224; une action collective, agit suivant une intention personnelle (travailler le moins possible en b&#233;n&#233;ficiant du bien public) et il en d&#233;coule une suspension de la production du bien public. Cela oblige les acteurs &#224; mettre en place des structures d'incitation ou &#224; bloquer l'acc&#232;s au bien public (ce qui revient &#224; le privatiser), ou encore &#224; se surveiller mutuellement pour voir si tout le monde travaille correctement. Comme le fait remarquer Boudon : &#171; Le passage d'un syst&#232;me inorganis&#233; &#224; un syst&#232;me organis&#233; est souvent d&#251; &#224; la volont&#233; manifest&#233;e par les agents sociaux d'&#233;liminer des effets &#233;mergents ind&#233;sirables. &#187; (Boudon, 1997, p. 120). Ceci implique que les acteurs sont capables de se mettre mutuellement d'accord pour transformer l'organisation collective (par exemple, il vont d&#233;l&#233;guer &#224; un individu la charge de contr&#244;ler le travail des participants &#224; la production du bien collectif). En syst&#233;mique, cela revient &#224; dire que le syst&#232;me est capable de s'auto-organiser, de d&#233;finir ses propres r&#232;gles d'organisation en fonction d'une certaine finalit&#233;. Le probl&#232;me central va toutefois &#234;tre de savoir : 1. &#192; qui revient l'autorit&#233; d'organiser le syst&#232;me (d&#233;l&#233;gation ou imposition du pouvoir) ? 2. &#192; qui va profiter cette organisation ? Car le risque est que cette institutionnalisation favorise ceux &#224; qui revient le pouvoir de les &#233;dicter et de les l&#233;gitimer, c'est &#224; dire ceux qui tentent par ces r&#232;gles de maintenir leurs positions dominantes et d'accumuler du capital et des ressources. Si bien qu'une fois cette organisation en place, ils vont mettre en place des strat&#233;gie de d&#233;fense de leur position (sur&#233;valuation de leur capital symbolique, d&#233;finition des r&#232;gles du jeu, exclusion des contestataires, etc.). Deux types de l&#233;gitimation interviennent alors fr&#233;quemment dans la l&#233;gitimation du pouvoir : &lt;i&gt;la l&#233;gitimation par la comp&#233;tence&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;la l&#233;gitimit&#233; par la mobilit&#233; sociale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La premi&#232;re, comme Bourdieu (1980) l'a montr&#233;, repose sur l'id&#233;e que le pouvoir, les postes hi&#233;rarchiques &#233;lev&#233;s doivent revenir aux personnes comp&#233;tentes ou dot&#233;es de certains dons, de certains talents qui r&#233;pondent &#224; certains crit&#232;res d'&#233;valuation. La cons&#233;quence en est que quiconque souhaite contester un pouvoir ou agir en contradiction avec celui-ci doit d'abord d&#233;tenir ces comp&#233;tences pour para&#238;tre cr&#233;dible. Si il veut l&#233;gitimement contester la l&#233;gitimation du pouvoir, il doit au pr&#233;alable avoir fait la preuve qu'il dispose des comp&#233;tences n&#233;cessaires pour le faire, il doit avoir fait montre de son &#171; talent &#187;. En sciences &#233;conomiques, par exemple, la cr&#233;dibilit&#233; passe de nos jours par la ma&#238;trise des math&#233;matiques, et quiconque veut produire une r&#233;flexion sur l'&#233;conomie qui soit prise au s&#233;rieux par la communaut&#233; des &#233;conomistes doit adopter le m&#234;me langage au risque d'&#234;tre accus&#233; d'incomp&#233;tence. Il s'en suit que ceux qui refusent d'entrer dans le jeu sont exclus de fait, leurs r&#233;flexions n'ont pas de l&#233;gitimit&#233;. Par cons&#233;quent le discours du pouvoir nie toute forme de critique, en l'accusant de ne pas vouloir &#171; entrer dans son discours &#187; du fait de son incomp&#233;tence. Toute critique est automatiquement rejet&#233;e d&#232;s lors qu'elle n'entre pas dans sa logique et dans son langage. Mais comme le montre par exemple Feyerabend (1988), adopter un langage est loin d'&#234;tre neutre, car le langage &#171; s&#233;lectionne &#187; des faits et des raisonnements pertinents. Par cons&#233;quent, en devant adopter le m&#234;me langage que le discours du pouvoir, un acteur perd la possibilit&#233; de construire une argumentation contre la l&#233;gitimation de ce pouvoir. Cela d'autant plus que ceux qui progressent dans la hi&#233;rarchie sociale sont g&#233;n&#233;ralement ceux qui sont le plus tent&#233;s par l'exercice du pouvoir et qui ont le mieux int&#233;gr&#233; l'id&#233;ologie du pouvoir. En g&#233;n&#233;ral, les autres abandonnent avant. On con&#231;oit alors le profond immobilisme auquel peut aboutir un tel CO. En effet, les &#233;volutions ne peuvent th&#233;oriquement venir que du haut de la hi&#233;rarchie, mais le probl&#232;me est que ceux qui s'y trouvent ont d&#233;j&#224; fait preuve de leur docilit&#233; envers l'id&#233;ologie dominante et ont attest&#233; en tous les cas de leur souhait de d&#233;tenir du pouvoir ; donc ils admettent implicitement et d&#233;fendent la pertinence des crit&#232;res d'&#233;valuation qui participent aux fondements m&#234;me du pouvoir. La boucle est boucl&#233;e. L'immobilisme pourrait toutefois &#234;tre att&#233;nu&#233;e par la mise en concurrence des organisations ; il serait alors affaibli par des m&#233;canismes de march&#233; (plut&#244;t que d'entrer dans le jeu, les acteurs cr&#233;ent leur propre structure), mais comme d'une part, le cadre juridique et culturel les oblige &#224; produire une OC et que d'autre part, certains secteurs d'activit&#233; tendent &#224; &#234;tre domin&#233;s par un monopole, il arrive qu'il n'y ait aucun &#233;chappatoire (au moins l&#233;galement). De plus, le mode de s&#233;lection des entreprises entre elles (viabilit&#233; &#233;conomique) qui vient du CO du secteur, oblige les entreprises &#224; assimiler certaines valeurs (Boltanski et Th&#233;venot, 1991) ou crit&#232;res d'&#233;valuation, comme par exemple l'efficacit&#233; &#233;conomique, technologique, etc. Ces crit&#232;res deviennent alors rapidement une marque de pouvoir qui se diffuse parmi les acteurs du secteur d'activit&#233;, et ces derniers se classent alors entre eux en utilisant ces nouveaux crit&#232;res (par exemple la comp&#233;tence informatique). La situation reste alors &#224; peu de choses pr&#232;s la m&#234;me, hormis le fait que les organisations gagnent en souplesse pour rester comp&#233;titives, et le pouvoir peut se d&#233;placer d'un d&#233;partement &#224; un autre (Mintzberg, 1982), du moins tant que des innovations parviennent &#224; se diffuser dans le secteur d'activit&#233; o&#249; se concurrencent les entreprises.
La mobilit&#233; sociale constitue une autre forme de l&#233;gitimation (Baudrillard, 2003). Elle consiste &#224; laisser croire &#224; tous les &#233;tages sociaux d'une organisation qu'il existe un espoir d'ascension sociale, et donc que l'&#233;galit&#233; des chances et des conditions &#224; laquelle aspire les citoyens est assur&#233;e dans les faits [&lt;a href='#nb1-33' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur ce point, voir Tocqueville (1963).' id='nh1-33'&gt;33&lt;/a&gt;]. Remarquons que pendant longtemps, en Occident, les conditions juridiques et culturelles ne le permettaient pas, ou tr&#232;s rarement, ce mode de l&#233;gitimation &#233;tait donc absent, il reposait en fait sur la transmission h&#233;r&#233;ditaire de certaines attributs individuels (&#224; une personne correspond des propri&#233;t&#233;s jug&#233;es objectives). Mais de nos jours, cette croyance est plus ou moins d&#233;laiss&#233;e, et s'y est substitu&#233;e la croyance dans l'influence conjointe d'attributs individuels inn&#233;s ou acquis et d'une capacit&#233; d'agir sur le cours des &#233;v&#232;nements qui influe sur les potentialit&#233;s de mobilit&#233; sociale (en d'autres termes, celui qui veut y arriver peut y arriver, pourvu qu'il s'en donne les moyens et qu'il en ait les capacit&#233;s). Au moins si la chose para&#238;t difficile &#224; r&#233;aliser, l'espoir existe. Cette croyance diffuse le discours sur la l&#233;gitimation du pouvoir dans les organisations. Toute personne qui adh&#232;re &#224; cette croyance peut pr&#233;tendre &#224; acc&#233;der aux plus hautes fonctions, pour peu qu'elle pr&#233;sente ces fameux dons et comp&#233;tences (ou qu'elle ait de la chance). Ce qui implique qu'elle va devenir un vecteur du discours dominant d&#232;s lors qu'elle se situe dans une optique carri&#233;riste, ou d&#232;s lors qu'elle aspire &#224; monter vers le haut de la hi&#233;rarchie sociale. Pour autant, il n'est pas du tout &#233;vident qu'elle puisse parvenir &#224; se hisser plus haut que son statut initial. En fait de nombreuses &#233;tudes ont montr&#233; qu'&#224; tous les stades de la progression, un contr&#244;le existe et qu'il provoque une exclusion massive des acteurs motiv&#233;s, qui finissent par se r&#233;soudre &#224; occuper des rangs inf&#233;rieurs (Bourdieu, 2002&lt;i&gt;a&lt;/i&gt;). Mais ces personnes peuvent-elles pour autant &#233;chapper &#224; la volont&#233; de faire carri&#232;re ? Quelqu'un qui nierait le bien-fond&#233; d'une telle dynamique sociale se verrait aussit&#244;t accus&#233; de ne pas vouloir entrer dans le jeu du fait de son inf&#233;riorit&#233;, ou de cacher un sentiment de jalousie envers ceux qui r&#233;ussissent. La contestation du pouvoir est l&#224; encore rendue impossible par &#171; la circularit&#233; &#187; du discours. Celui qui critique le pouvoir est en fait un envieux, ou un arriviste d&#233;chu, etc. Les acteurs sont donc contraints &#224; assimiler le discours et &#233;ventuellement contraints &#224; se lancer dans la qu&#234;te de pouvoir si ils sont suffisamment motiv&#233;s et si ils n'ont pas &#233;t&#233; d&#233;motiv&#233;s par l'inertie et les rouages complexes de la violence symbolique des institutions de socialisation, parmi lesquelles on peut ranger les entreprises comme le montre Sainsaulieu (1977), qui tendent &#224; assimiler comp&#233;tences et rang social (Bourdieu, 2002&lt;i&gt;b&lt;/i&gt;). Il me para&#238;t d'ailleurs int&#233;ressant de souligner ici que ce maintien du pouvoir n'ob&#233;it pas alors forc&#233;ment &#224; une intentionnalit&#233; machiav&#233;lique des &#233;lites. En fait, le discours de l&#233;gitimation du pouvoir circule essentiellement dans le corps social par le biais des repr&#233;sentations et des crit&#232;res de classement qui vont se diffuser spontan&#233;ment et acqu&#233;rir une certaine autonomie. Par exemple, un crit&#232;re de classement qui permet d'ordonner les gens suivant leurs comp&#233;tences, jug&#233;s objectifs, sera accept&#233; comme tel par la majorit&#233; des membres d'une organisation, m&#234;me par ceux qu'il d&#233;favorise. Il en d&#233;coulera certaines pr&#233;rogatives de pouvoir attach&#233;es au statut d'une personne suivant ces crit&#232;res de comp&#233;tences. Et &#224; la limite, si la personne semble ne pas poss&#233;der les comp&#233;tences en question, son pouvoir risque d'&#234;tre contest&#233;. Nous voyons alors que la croyance collective dans l'efficacit&#233; et dans l'objectivit&#233; des crit&#232;res de classement est &#224; la base m&#234;me de la l&#233;gitimation du pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un autre point qui m&#233;rite d'&#234;tre mentionn&#233; est que les effets pervers sont d&#233;finis socialement &#224; travers la communication entre les acteurs. C'est gr&#226;ce &#224; elle qu'ils d&#233;finissent et admettent l'existence des effets &#233;mergents ou des externalit&#233;s. Notons alors qu'il y a un enjeu tr&#232;s net dans la dissimulation des externalit&#233;s, puisque bien souvent, lutter contre elles demande un investissement important. C'est le cas dans la pollution non intentionnelle. Ce point est lourd de cons&#233;quences. Car il suppose intrins&#232;quement que pour lutter contre un effet pervers, les acteurs sociaux doivent 1. pouvoir faire le lien entre leur action et le r&#233;sultat de leurs actions et donc de comprendre ou d'interpr&#233;ter les causalit&#233;s interm&#233;diaires entre l'action et ses cons&#233;quences. Or c'est bien &#224; ce stade qu'une id&#233;ologie peut intervenir. 2. Communiquer entre eux sur l'observation et la fa&#231;on de d&#233;celer des effets pervers. Ici, le pouvoir peut tenter de freiner la communication libre et horizontale. 3 Mettre en place des structures pour les att&#233;nuer. Les acteurs sociaux &#233;tant dot&#233;s d'une conscience r&#233;flexive (Giddens, 1987). Ils sont &#224; m&#234;me d'observer leur organisation sociale et de la modifier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; ce stade la difficult&#233;, c'est qu'il existe presque toujours des conflits de finalit&#233;s entre diff&#233;rents types d'organisation possible. Certains acteurs vont contester le type m&#234;me de l'organisation qui produit les effets pervers, remettant ainsi en cause les acquis de ceux qui profitent d'une telle organisation (Bourdieu, 2001). Par cons&#233;quent, la l&#233;gitimation de l'organisation du syst&#232;me social supposera la mise en place d'une id&#233;ologie qui l&#233;gitime de mani&#232;re th&#233;orique l'organisation du syst&#232;me et qui fournit aux individus les moyens d'assimiler cette th&#233;orie, c'est &#224; dire qui donne suffisamment de ressources intellectuelles aux acteurs (langage, valeurs, raisonnements, m&#233;thodes,&#8230;) pour que d'une part cette organisation puisse perdurer (donc que les effets pervers soient limit&#233;s dans leurs cons&#233;quences) et que les acteurs puissent se coordonner, et que d'autre part, ils soient capables d'int&#233;grer l'id&#233;ologie ou le syst&#232;me de valeurs (Berger et Luckmann, 2003). Ce point est important car pour simplifier, il pourrait exister deux mani&#232;res de limiter l'intensit&#233; d'un effet pervers (ou d'accro&#238;tre celle d'un effet &#233;mergent d&#233;sirable, par exemple, tout le monde parle le m&#234;me langage, donc tout le monde se comprend) : 1. Mettre en place un syst&#232;me d'interdictions, donc de contraintes structurelles. 2. Convaincre les acteurs sociaux de contr&#244;ler r&#233;flexivement leurs actions (discours id&#233;ologique). Mais une fois qu'un de ces syst&#232;mes est mis en place, il va &#234;tre r&#233;interpr&#233;t&#233; par les agents et de ce fait plus ou moins d&#233;form&#233;, car il constitue un puissant frein au d&#233;sir individuel. Il finit par &#234;tre organis&#233; avec d'autres sanctions de mani&#232;re coh&#233;rente &#224; travers des syst&#232;mes complexes de mythes, religion, etc. Il se peut &#233;galement qu'il donne lieu &#224; des comportements accomplies de fa&#231;on m&#233;canique selon une conscience pratique (Giddens, 1987 ; Sch&#252;tz, 1998), et les m&#233;canisme d'imitation, de conformisme joueront alors un grand r&#244;le dans sa perp&#233;tuation.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;&lt;i&gt;d) Le CO de la production et de la transmission du savoir au sein d'une activit&#233; va d&#233;terminer son CO.&lt;/i&gt;&lt;/h5&gt;
&lt;/i&gt;
Pourquoi dans les soci&#233;t&#233;s hi&#233;rarchis&#233;es, les CO alternatifs sont-ils consid&#233;r&#233;s comme des utopies ? Comment un pouvoir s'installe progressivement et parvient &#224; l&#233;gitimer l'organisation en place, &#224; incorporer les d&#233;viants et les contestataires, &#224; diffuser son id&#233;ologie, &#224; s'&#233;tendre, &#224; l&#233;gitimer sa sup&#233;riorit&#233;, etc. ? Une r&#233;ponse &#224; ces questions est que l'id&#233;ologie du pouvoir s'appuie pour l'essentiel sur &#171; la th&#232;se fataliste &#187; et sur l'institutionnalisation du savoir. Le pouvoir se l&#233;gitime en niant la possibilit&#233; de CO diff&#233;rents (Berger et Luckmann, 2003) et surtout, en institutionnalisant le savoir pour assurer cette l&#233;gitimation. Comme les &#234;tres humains sont dot&#233;s d'une conscience r&#233;flexive. Ils pensent leur pratique et leurs relations sociales, mais ils ne la pensent pas n'importe comment, ils la pensent entre certaines bornes. Et ces bornes vont fixer d'elles-m&#234;me une limite &#224; l'organisation sociale. Une solution pour les d&#233;tenteurs du pouvoir est alors de faire croire &#224; l'impossibilit&#233; d'un changement social qui soit guid&#233; r&#233;flexivement par les acteurs. Mais le probl&#232;me peut s'av&#233;rer plus complexe car le pouvoir peut aussi imposer l'id&#233;e que le groupe doit tout faire pour avancer dans la bonne direction. Changement qui doit faire appel &#224; des moyens coercitifs. En d'autres termes, un tel changement ne remet pas en cause les privil&#232;ges, au contraire il peut m&#234;me renforcer la hi&#233;rarchie en l&#233;gitimant la contrainte par la n&#233;cessit&#233; d'atteindre des objectifs ou en for&#231;ant les acteurs sociaux &#224; s'investir d'avantage dans un changement dont de toutes mani&#232;res, ils ne r&#233;colteront pas vraiment les fruits. &lt;p&gt;Pour r&#233;sumer, l'id&#233;e centrale de cette deuxi&#232;me th&#232;se consiste &#224; affirmer que l'institutionnalisation et la marchandisation du savoir n'ont souvent d'autres buts que de permettre &#224; une minorit&#233; ou &#224; des minorit&#233;s en concurrence d'asseoir leur pouvoir. Les m&#233;canismes de l&#233;gitimation d'un statut ou d'un ensemble de connaissances ont essentiellement cette fonction. Il ne sert donc &#224; rien de rechercher une l&#233;gitimit&#233; ultime, fond&#233;e par exemple sur la raison universelle, aux ensembles de statuts et de r&#244;les ou de leur attribuer une fonction de coh&#233;sion sociale. Si ils existent, c'est qu'ils ont &#233;t&#233; mis en place par des minorit&#233;s qui souhaitaient acqu&#233;rir un pouvoir local (corps m&#233;dical, scientifique, arm&#233;e, politiciens, artisans, etc.), si ils sont perp&#233;tu&#233;s, c'est que des individus souhaitent conserver ce pouvoir ou l'acqu&#233;rir. L'institutionnalisation du savoir, et des comp&#233;tences, semble de ce fait s'apparenter pour l'essentiel &#224; un moyen de perp&#233;tuation des &#233;lites (m&#234;me si ces derni&#232;res subissent un turn-over). Autrement dit, il est parfaitement possible dans bien des cas de s'en passer [&lt;a href='#nb1-34' class='spip_note' rel='footnote' title='On pourrait faire ici une critique : &#171; Les statuts d'un enseignant ou (...)' id='nh1-34'&gt;34&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous pouvons en conclure que sous certaines conditions de protection, il est possible de mettre un RC en place, tout comme il est possible de mettre une OC en place. Cela implique que les individus disposent du choix (collectif bien s&#251;r) de mettre en place une organisation qui leur convient. Notons que la cons&#233;quence la plus importante de cette proposition est d'invalider toutes les explications du changement social qui reposeraient sur un ensemble simple et souverain de m&#233;canismes causals. Ces propositions expliquent pourquoi il y a coexistence de plusieurs types d'organisation dans le secteur d'activit&#233; de la production des logiciels. Les individus choisissent le CO qui leur convient le mieux en fonction de leurs affinit&#233;s et de leurs go&#251;ts. Mais les diff&#233;rences technologiques n'induisent pas l'impossibilit&#233; cat&#233;gorique d'un RC, elle montre simplement que certaines conditions rendent plus facile et moins instable la mise en place d'une telle organisation. Donc non seulement un RC peut parfaitement exister, mais constitue un &#233;tat de la soci&#233;t&#233; assez naturel, et nous ne voyons pas de contraintes dans la nature humaine qui soient si fortes qu'elles en emp&#234;cheraient l'existence. Certaines contraintes en rendent certes difficile la mise en place (ce qui favorise l'expansion des OC), mais pour peu que des acteurs s'en donnent la peine, il est parfaitement possible d'&#233;tendre une telle structure &#224; des secteurs d'activit&#233; autres que le secteur des logiciels. Par exemple, dans le domaine des sciences, des biens culturels et de la production intellectuelle en g&#233;n&#233;ral, un tel CO est parfaitement possible, pourvu qu'on parvienne &#224; limiter la force des id&#233;ologies qui l&#233;gitiment la fermeture de la science.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;&lt;i&gt;C. Aspects normatifs.&lt;/i&gt;&lt;/h5&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#232;se 3&lt;/strong&gt;. Les deux premi&#232;res th&#232;ses d&#233;montrent que la possibilit&#233; qu'un RC existe d&#233;pend en partie du fait que les acteurs la croit r&#233;alisable ou possible. Or l'id&#233;ologie dominante tend g&#233;n&#233;ralement &#224; les faire passer pour des utopies. Il faut donc montrer au contraire en quoi le RC est un syst&#232;me parfaitement viable et pourquoi il est selon nous souhaitable dans certains secteurs d'activit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Une telle th&#232;se repose sur une proposition tacite, le COC engendre de nombreux effets ind&#233;sirables et les OC sont dans une certaine mesure inefficaces. Par exemple, l'institutionnalisation conduit &#224; une allocations des ressources et &#224; des niveaux de bien-&#234;tre qui sont loin d'&#234;tre optimaux ; ou encore, un syst&#232;me de r&#233;tributions peut cr&#233;er de grandes in&#233;galit&#233;s, li&#233;es &#224; la possibilit&#233; de capitaliser la monnaie. Ces CO engendrent une authentique perte sociale (bien-&#234;tre inf&#233;rieur &#224; une situation optimale). En examinant certains de ces effets ind&#233;sirables, il para&#238;t parfaitement l&#233;gitime de se demander si les CO alternatifs permettent d'y apporter quelques rem&#232;des ou de les envisager sous un nouvel angle. C'est en cela que l'&#233;tude des RC peut nous &#234;tre utile, elle permet par exemple de fixer des limites raisonnables aux m&#233;canismes de march&#233;. Mais une telle r&#233;flexion suppose bien s&#251;r au pr&#233;alable que les contradictions qui p&#232;sent sur le bon fonctionnement de ces organisations soient mises en relief. Remarquons d&#233;j&#224; qu'un RC est th&#233;oriquement confront&#233; aux probl&#232;mes suivants : 1. Il repose sur la libre adh&#233;sion des membres, puisque toute coercition serait en contradiction avec les principes de base. Il s'en suit un probl&#232;me de recrutement. 2. Il doit mettre en place deux &#171; syst&#232;mes &#187; : un syst&#232;me qui emp&#234;che la coercition d'un pouvoir &#224; l'int&#233;rieur de l'organisation ou le blocage de l'acc&#232;s &#224; certaines ressources, et un syst&#232;me qui la prot&#232;ge d'un pouvoir externe. 3. Enfin, l'adh&#233;sion aux r&#232;gles mutuelles doit reposer au maximum sur un libre consentement, ce qui est parfois difficile &#224; atteindre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ajoutons pour finir que r&#233;fl&#233;chir &#224; l'application de formes d'organisation alternatives rel&#232;ve d'un v&#233;ritable travail de sociologie. Trois raisons nous poussent &#224; le croire :&lt;/p&gt; &lt;ol class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt;C'est une cons&#233;quence de la th&#232;se 2. Si la &#171; th&#232;se fataliste &#187; contribue &#224; l&#233;gitimer l'id&#233;ologie lorsqu'elle entre dans une posture intellectuelle de nature positiviste ou naturaliste, ou encore en se contentant de d&#233;crire la soci&#233;t&#233; telle qu'elle est comme si il s'agissait de quelque chose qui serait ind&#233;pendant des acteurs qui la compose, on peut en conclure que la sociologie doit r&#233;pondre &#224; deux fonctions : d&#233;jouer l'id&#233;ologie dominante en montrant que des organisations alternatives sont th&#233;oriquement possibles, mettre en place des exp&#233;rimentations de telles organisations en s'aidant par exemple de l'&#233;tude de RC pr&#233;existants. Nous pensons alors que la sociologie gagnerait &#224; retrouver les intuitions de ses premiers fondateurs (Comte par exemple) en unissant &#224; nouveau action sociale et r&#233;flexion sociologique. Le courant de la sociologie radicale aux &#201;tats-unis repose sur cette id&#233;e (Colfax, Roach, Gouldner). Celui de la recherche-action &#233;galement (Crez&#233; et Liu, 2006) Mais de toute mani&#232;re, qu'elle ait &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e ou non, toute m&#233;thode de recherche sociologique devrait s'av&#233;rer valable, il devrait &#234;tre permis d'innover en la mati&#232;re, et le seul moyen pour y arriver, c'est de se d&#233;marquer des m&#233;thodes pr&#233;existantes et de ne pas se voir imposer de lignes directrices de recherche qui sont souvent d'ailleurs &#233;dict&#233;es suivant les statuts hi&#233;rarchiques (Feyerabend, 1996 ; Bourdieu, 2001). Il s'agit d'une d&#233;marche scientifique &#224; part enti&#232;re qui a l'avantage de respecter le choix des individus. Elle repose sur le sch&#233;ma s&#233;quentiel classique : observation, exp&#233;rimentations, nouvelles observations, etc. Le sociologue n'a aucun r&#244;le l&#224; dedans, hormis un r&#244;le d'impulsion et un r&#244;le de compte-rendu. Notons toutefois que tout le monde peut effectuer un compte-rendu puisque le sociologue n'a pas le monopole de la connaissance sur l'organisation sociale (Sch&#252;tz, 1998).&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Toujours en cons&#233;quence de la d&#233;monstration de la th&#232;se 2, une r&#233;flexion id&#233;aliste ou m&#234;me irr&#233;aliste s'av&#232;re d'une grande utilit&#233; pour la sociologie des organisations. En effet, elle permet de p&#233;n&#233;trer des domaines de possibilit&#233;s qui ne peuvent &#234;tre appr&#233;hend&#233;es par l'observation. Car l'imaginaire social a une part int&#233;grante dans l'action, il permet de mobiliser des &#233;nergies et de confronter les acteurs &#224; des situations nouvelles [&lt;a href='#nb1-35' class='spip_note' rel='footnote' title='L'id&#233;e sous-jacente est que dans de nombreux cas un acteur - (...)' id='nh1-35'&gt;35&lt;/a&gt;]. D'une certaine mani&#232;re, la plasticit&#233; des organisations sociales laisse donc le choix &#224; des exp&#233;rimentations diverses, qui doivent reposer sur quelques postulats &#233;thiques de base : consentement, pas de coercition, pas de statut diff&#233;rent entre le sociologue et les autres, pas de finalit&#233;s li&#233;es &#224; une organisation centralis&#233;e, etc. (Liu, 2003). En fait, nous partons ici du postulat que c'est aussi en se confrontant &#224; des situations sociales de mani&#232;re active que nous pouvons parvenir &#224; les conna&#238;tre (Touraine, 2000), et il n'y a pas une m&#233;thode pour ce faire, mais probablement une infinit&#233; de m&#233;thodes possibles (Feyerabend, 1988).&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Enfin, nous pensons que de telles exp&#233;rimentations sociologiques sont souhaitables du fait de l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; actuelle. En effet, il semblerait que de plus en plus, la notion d'autorit&#233; soit fortement contest&#233;e, et les r&#232;gles reposent aujourd'hui, quand elles ne sont pas encadr&#233;es par un cadre juridique qui d&#233;s&#233;quilibre le rapport d'&#233;galit&#233; entre les parties, d'avantage sur un consentement commun entre acteurs, sur des n&#233;gociations, ou sur des discussions sur le sens de ces r&#232;gles, que sur la soumission irr&#233;fl&#233;chie &#224; une autorit&#233;. Elle doivent surtout respecter quelques grands principes communs entre lesquels tout, ou presque tout est possible. Et finalement, ces grands principes d&#233;pendent largement du contexte d'action, de telles sortes que les r&#232;gles sont g&#233;n&#233;ralement d&#233;termin&#233;es en situation (Strauss, 1992). De ce fait, les syst&#232;mes de valeurs qui guident ces principes ne s'accompagnent pas forc&#233;ment de l'application d'un ensemble de r&#232;gles prescrites qui seraient li&#233;es solidairement entre elles de mani&#232;re arbitraire. Comme les acteurs sociaux demandent &#224; relativiser les r&#232;gles et &#224; ne devoir les appliquer que si ils les comprennent, la sanction devient alors secondaire.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;3) Dynamiques et implications politiques et &#233;thiques des r&#233;seaux coop&#233;ratifs.&lt;/h3&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;A. Les causes complexes de l'&#233;volution des RC.&lt;/h4&gt;
&lt;/strong&gt;
Comment &#233;voluent les RC ? Comment interagissent-ils avec leur environnement ? Avant de r&#233;pondre &#224; ces questions, on peut tout d'abord remarquer que le fonctionnement des RC est subordonn&#233; &#224; la mani&#232;re dont ils s'inscrivent dans le corps social. C'est &#224; dire, &#224; la fois comme entit&#233; agissante qui structure ce corps social, et comme entit&#233; construite, qui s'impr&#232;gne du milieu dans lequel elle &#233;volue et qui s'adapte &#224; ces &#233;volutions. Cette r&#233;troaction s'illustre par exemple dans la m&#233;diatisation des RC au sein de l'activit&#233; informatique : l'enthousiasme qu'ils suscitent, leur d&#233;ploiement dans des domaines d'activit&#233; toujours plus vari&#233;s, sont autant de facteurs assurant leur croissance productive et leur bon fonctionnement. R&#233;ciproquement, cette attirance qu'ils g&#233;n&#232;rent, sera d'autant plus forte qu'ils occuperont un espace plus large dans le champ productif. L'essor des RC a ainsi un caract&#232;re auto-entretenu - tout comme une religion, une langue ou l'inflation. L'expansion et la croissance d'un RC augmente sa valeur et sa l&#233;gitimit&#233;, ce qui facilite son expansion et sa croissance. Concr&#232;tement, si l'on cherche un exemple pr&#233;cis, dans le RCLL, la qualit&#233; des logiciels d&#233;pend de leur diffusion, car un probl&#232;me est d'avantage susceptible d'&#234;tre d&#233;tect&#233; sur un logiciel tr&#232;s utilis&#233;. Comme de plus, l'augmentation de la qualit&#233; accro&#238;t la demande pour ce logiciel, il y a bien un effet &#171; feed-back &#187;. En fait, cette propri&#233;t&#233; des RC est souvent &#224; rattacher &#224; la nature sp&#233;cifique des droits qui portent sur les biens qui y circulent. Dans la mesure o&#249; l'acc&#232;s aux biens n'est pas restreint, et que la consommation d'un bien, ou d'un service, &#233;quivaut en partie &#224; le produire, plus le RC est grand, plus il est productif, et plus il gagne en qualit&#233; de production. Ce n'est pas le cas dans un RM, o&#249; les acteurs vont tenter au maximum d'imposer la raret&#233; des biens qu'ils produisent, o&#249; les &#233;conomies d'&#233;chelle peuvent diminuer la qualit&#233; des biens de grande consommation, et o&#249; les producteurs ont tout int&#233;r&#234;t &#224; creuser le foss&#233; entre production et consommation. En outre, il faut remarquer que l'entr&#233;e dans certains RC requiert certaines comp&#233;tences techniques. On peut alors dire qu'il y a un apprentissage requis pour acc&#233;der &#224; la consommation (souvent le m&#234;me que celui qui est n&#233;cessaire &#224; la production). Par cons&#233;quent, pour que l'offre de biens trouve des d&#233;bouch&#233;s, elle doit forc&#233;ment conditionner la demande interne (celle des acteurs du r&#233;seau). Prenons le cas d'une doctrine, le politicien ne cherche pas &#224; restreindre l'acc&#232;s &#224; ses id&#233;es, il cherche au contraire &#224; les diffuser au maximum. Car plus les id&#233;es sont diffus&#233;es, plus elles gagnent en valeur. Le militant &#171; consomme et produit simultan&#233;ment &#187; des biens id&#233;ologiques. On ne peut pas alors parler d'&#233;conomie des id&#233;es au sens strict du terme, car la raret&#233; des biens diminue leur valeur en terme d'&#233;change (sch&#233;matiquement, bien entendu). Tout cela implique qu'il faut appr&#233;hender le d&#233;veloppement des RC comme un syst&#232;me complexe, fruit d'un long processus historique qui m&#234;le des &#233;v&#233;nements, des acteurs d'origine diverses, dans un environnement culturel, &#233;conomique et politique en perp&#233;tuelle transformation.
&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;B. Coop&#233;ration, concurrence et r&#233;gulation d&#233;centralis&#233;e.&lt;/h4&gt;
&lt;/strong&gt;
Examinons maintenant plus en d&#233;tail le fonctionnement des RC. Premier constat : les RC ne sont pas des organisations au sens traditionnel du terme. Ce sont des r&#233;seaux dont les fronti&#232;res sont mal d&#233;finies, qui sont structur&#233;s par des r&#232;gles et des contraintes techniques &#233;voluant rapidement, et dans lesquels circulent librement des id&#233;es, des biens, et de l'information. Ce qui n'est pas le cas d'un RM o&#249; il y a des r&#233;tentions et asym&#233;tries d'informations artificielles (c'est &#224; dire caus&#233;es sciemment par les acteurs) et o&#249; un ensemble de r&#232;gles doivent &#234;tre fix&#233;es et stables (droits de propri&#233;t&#233;, personnalit&#233; juridique, respect des contrats&#8230;). Cette libre circulation permet aux acteurs int&#233;gr&#233;s dans ces r&#233;seaux de transformer rapidement la structure du r&#233;seau pour l'adapter &#224; l'environnement (puisqu'ils disposent des informations n&#233;cessaires pour le faire), et tout cela sans que cette transformation ne soit supervis&#233;e par un organisme autonome et coercitif (un planificateur central). Cette structure est donc loin d'&#234;tre fig&#233;e, elle peut &#234;tre am&#233;lior&#233;e &#224; tout moment par n'importe quel acteur, qui peut m&#234;me cr&#233;er des structures concurrentes, et ajuster les param&#232;tres de certaines variables, pour am&#233;liorer les produits, g&#233;rer l'ordre local et l'ordre &#233;tendu. Pour r&#233;sumer, dans la mesure o&#249; tout le monde peut participer librement &#224; l'&#233;laboration du bien collectif, et donner son opinion sur la meilleure marche &#224; suivre, non seulement les fronti&#232;res de ces r&#233;seaux sont mouvantes, dynamiques et impr&#233;cises, mais de plus, l'&#233;volution interne de ces r&#233;seaux est le fruit d'une auto-observation permanente, qui est relativement bien distribu&#233;e entre les acteurs (tous les acteurs y participent &#224; peu pr&#232;s &#224; &#233;galit&#233;). &lt;p&gt;Ceci est accentu&#233; par le fait qu'il n'y a pas de contraintes pesant sur la participation. Celle-ci est libre, et elle l'est dans les deux sens, les acteurs peuvent aider comme ils le souhaitent, il ne sont pas contraints de le faire, mais ils ne sont pas non plus emp&#234;ch&#233;s de le faire. Ils coop&#232;rent sur la base du libre consentement. La libert&#233; de coop&#233;rer et de s'entraider y est aussi importante que la libert&#233; de ne pas le faire. Comme le faisait par exemple remarquer Stallman (1998), le pr&#233;sident de la Free Software Fondation, les gens sont presque insult&#233;s quand ils s'entraident et, la coop&#233;ration est qualifi&#233;e par certains de piraterie, alors que toute soci&#233;t&#233; est bas&#233;e sur la bonne volont&#233;, la coop&#233;ration avec les autres. En fait, ces gens coop&#232;rent mais finissent par associer la coop&#233;ration &#224; une faiblesse, ils pensent devoir refuser la coop&#233;ration, ils sont convaincus que la coop&#233;ration est mauvaise. Toutefois, selon Stallman, les faits montrent qu'en r&#233;alit&#233; beaucoup de gens travaillent sur le logiciel libre. Une fois qu'un programme libre est accept&#233;, il y aura beaucoup de monde qui contribueront &#224; ses am&#233;liorations, sans qu'on connaisse leur identit&#233;. En fait, il peut arriver que l'afflux de contributions soit si grand que l'auteur ne peut presque pas l'utiliser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au coeur du fonctionnement des RC, il existe &#233;galement un &#171; processus d'auto-organisation &#187;, fond&#233; sur une concurrence non marchande. C'est &#224; dire une concurrence o&#249; la sanction n'est pas la mort de celui qui n'est pas concurrentiel, mais plut&#244;t son manque d'influence ou son isolement. Dans le RCLL, il devient par exemple un membre dont l'activit&#233; n'aura pas d'int&#233;r&#234;t pour les autres membres. Par cons&#233;quent, personne ne le suivra. Cette concurrence autorise les acteurs &#224; choisir entre diff&#233;rents projets, normes, CO, ou m&#234;me &#224; les inventer. Elle est une contrainte en terme de &#171; facilitation de pouvoir &#187; (puisqu'il y a des disparit&#233;s dans la r&#233;partition de la r&#233;putation, des capacit&#233;s, des ressources et du pouvoir de diffusion), mais elle n'est pas une contrainte en terme de libert&#233; d'agir. N'importe qui peut monter un projet parall&#232;le compl&#232;tement absurde et d&#233;lirant ! Mais personne ne s'y int&#233;ressera. La concurrence entre projets et entre points de vue, et l'&#233;galit&#233; entre les projets et les acteurs, est donc au coeur m&#234;me du d&#233;veloppement des RC. Cons&#233;quence logique, l'&#233;volution des RC, dans la mesure o&#249;, 1. des projets inutiles survivent, 2. les am&#233;liorations sont transmissibles d'une organisation &#224; une autre, et 3. les am&#233;liorations sont conditionn&#233;es par les interactions directes avec l'environnement, se rapproche du lamarckisme, et non du darwinisme comme on l'entend fr&#233;quemment [&lt;a href='#nb1-36' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir sur ce sujet, Vinayak (2005), ou par exemple l'interview de (...)' id='nh1-36'&gt;36&lt;/a&gt;].
Dans le RCLL, il faut tout de m&#234;me ajouter qu'au niveau local, il existe une planification. Un chef de projet g&#232;re les contributions de chacun et donne les grandes lignes d'orientation. M&#234;me si la s&#233;lection est parfois assur&#233;e sur les listes de discussion par les d&#233;bats portant sur la qualit&#233; et la viabilit&#233; du produit, elle l'est in fine par ce chef de projet ou ses lieutenants. Ce qui peut d'ailleurs poser probl&#232;me quand le nombre de contributions est trop &#233;lev&#233; [&lt;a href='#nb1-37' class='spip_note' rel='footnote' title='Linux +, Avril 2005, p. 12.' id='nh1-37'&gt;37&lt;/a&gt;]. Seulement, si il y a des d&#233;saccords persistants, il peut y avoir scission en des projets distincts et ind&#233;pendants : des &#171; forks &#187;. Il est &#233;galement arriv&#233; que des chefs de projet soient contraints d'abandonner leur projet, car leurs vues divergeaient de celles des contributeurs. Mais le recours &#224; l'arbitraire n'est pas &#224; exclure dans les projets. Par exemple, &#224; l'int&#233;rieur du projet Debian, l'organisation sociale est structur&#233;e de mani&#232;re tr&#232;s hi&#233;rarchique. Un RC est donc une f&#233;d&#233;ration de micro-structures favorable &#224; un certain individualisme, voire &#224; un certain autoritarisme. Un RC est-il alors une forme d'anarcho-capitalisme s'appuyant sur des contrats mutuellement consentis et facilement r&#233;vocables ? La question peut &#234;tre pos&#233;e, car dans le RCLL, il existe des liens &#233;troits avec cette doctrine. Raymond, le pr&#233;sident de &lt;i&gt;l'Open Source Initiative&lt;/i&gt; affirme par exemple :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;p&gt;Je suis anarchiste. Je trouve qu'il serait mieux de vivre dans une soci&#233;t&#233; qui respecte la loi et l'ordre mais sans gouvernement. Il est bien d'avoir des tribunaux, la police et m&#234;me le droit de la propri&#233;t&#233; intellectuelle, &#224; condition que tout cela ne soit pas monopolis&#233; (&#8230;). Tout ce que nous faisons, nous le faisons au nom du march&#233; libre. [&lt;a href='#nb1-38' class='spip_note' rel='footnote' title='Linux +, Octobre 2004, p. 39.' id='nh1-38'&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;En fait, Raymond est un libertarien. La concurrence entre les licences qu'il promeut est &#224; envisager dans cette optique, et le RCLL n'est pas anarchiste dans le sens o&#249; nous l'entendons en Europe, mais en partie dans l'optique de la philosophie anarchiste am&#233;ricaine, plus individualiste (Imhorst, 2005). Ils favorisent la coop&#233;ration et le don, mais ne condamnent pas le profit, la hi&#233;rarchie et l'initiative individuelle. L'important est toutefois que ceux qui int&#232;grent les RC peuvent exprimer plus librement leur cr&#233;ativit&#233; qu'ailleurs. Il en r&#233;sulte une tr&#232;s grande diversit&#233; des points de vue et des exp&#233;rimentations. Cette caract&#233;ristique des r&#233;seaux permet alors une tr&#232;s bonne adaptation de l'organisation socio-technique &#224; son environnement [&lt;a href='#nb1-39' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir &#224; ce sujet l'article de Hegde (2004).' id='nh1-39'&gt;39&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;h4&gt;&lt;strong&gt;C. Les transformation du discours.&lt;/h4&gt;
&lt;/strong&gt;
La progression des RC soul&#232;ve de nombreux enjeux. Par exemple, dans le quotidien &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; dat&#233; du 19 f&#233;vrier 2005 (p. 13), le pr&#233;sident de &lt;i&gt;l'UFC Que choisir&lt;/i&gt;, s'exclamait &#224; propos du peer-to-peer, &#171; Nous vivons une r&#233;volution industrielle, un de ces moments charni&#232;res qui emportent ceux qui ne s'adaptent pas &#187;. Nous voyons ici que dans l'univers du discours, les acteurs interpr&#232;tent jugent, l&#233;gitiment, th&#233;orisent et int&#232;grent les transformations &#233;conomiques et sociales en provenance des RC ; et il faut noter que ces nouvelles pratiques sociales bouleversent l'ordre &#233;tabli, &#224; la fois en renversant les rapports de force entre les acteurs, en chamboulant l'ordre des valeurs l&#233;gitimes, et aussi, en ouvrant un r&#233;pertoire de possibilit&#233;s d'action sociale et de nouvelles perspectives, qui seront autant de points d'ancrages pour des acteurs en qu&#234;te d'une alternative. Les mutations engendr&#233;es par l'essor des RC, produisent donc des discours que les acteurs s'approprient, ou qu'ils inventent, pour &#171; faire face &#187; &#224; cette situation inhabituelle. Ces discours cachent des conflits d'int&#233;r&#234;ts, des appr&#233;ciations contradictoires, des pr&#233;jug&#233;s, des craintes, des simplifications et des esp&#233;rances. Car ils sont non seulement des outils de description, mais &#233;galement, des outils de l&#233;gitimation, d'argumentation et de prospection (ils permettent de concevoir et d'imaginer d'autres types organisationnels). D&#233;crire une technologie en mettant en avant certains de ses aspects, faire l'expos&#233; de ses implications, c'est dans le m&#234;me temps, pr&#233;parer le terrain &#224; un jugement, ou &#224; une action politique ou juridique. Les RC ne sont alors pas une machinerie bien huil&#233;e, structur&#233;e par des r&#232;gles fig&#233;es qui sont maintenues par une autorit&#233; intellectuelle et politique, ils sont en fait un espace th&#233;orique, un lieu de n&#233;gociation, de r&#233;flexion, o&#249;, pour reprendre l'expression de Sch&#252;tz, les &lt;i&gt;sociologies profanes&lt;/i&gt; utilis&#233;es par les acteurs, sont des pi&#232;ces cruciales de son fonctionnement. &lt;p&gt;&#192; titre d'exemple, les acteurs &#233;conomiques traditionnels du monde informatique (les grandes entreprises du secteur comme IBM, HP, Sun Micro-System), arborent une attitude ambigu&#235; vis &#224; vis du mouvement Open Source. Il est &#224; la fois pour eux une ressource, puisqu'il permet de b&#233;n&#233;ficier d'une main d'oeuvre &#224; faible co&#251;t, mais il est &#233;galement une source de danger, puisqu'il peut signifier &#224; terme la mort programm&#233;e des &#233;diteurs de logiciels propri&#233;taires [&lt;a href='#nb1-40' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour simplifier : logiciel dont la d&#233;finition, l'acc&#232;s aux (...)' id='nh1-40'&gt;40&lt;/a&gt;]. Comme on peut s'en douter, les manoeuvres de positionnement id&#233;ologique des firmes informatiques, sont toujours &#224; inscrire dans ce contexte. Par exemple, Sun Micro-System, un des acteurs priv&#233;s qui a le plus contribu&#233; &#224; la croissance des LL, fait montre d'une ambigu&#239;t&#233; &#233;vidente &#224; leur &#233;gard [&lt;a href='#nb1-41' class='spip_note' rel='footnote' title='01R&#233;seaux, D&#233;cembre 2004, p. 36.' id='nh1-41'&gt;41&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais remarquons que les RC sont avant toute chose, un lieu o&#249; les acteurs communiquent entre eux pour le plaisir de le faire et de se conna&#238;tre, mais aussi pour donner son point de vue, participer, et &#171; troller &#187; (sur internet, il y a les chat, les forums, les listes de discussion, etc.) [&lt;a href='#nb1-42' class='spip_note' rel='footnote' title='Terme qui d&#233;signe les discussions sujettes &#224; pol&#233;miques, et sur lesquelles (...)' id='nh1-42'&gt;42&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;h4&gt;&lt;strong&gt;D. Efficacit&#233; et libert&#233; dans les r&#233;seaux coop&#233;ratifs.&lt;/h4&gt;
&lt;/strong&gt;
Plus fondamentalement, l'organisation des RC s'appuie sur une conception novatrice du rapport entre discours, censure et pratiques sociales. En effet, ces r&#233;seaux sont en opposition radicale avec les m&#233;thodes des acteurs qui occupaient jusqu'ici le terrain politique de la coop&#233;ration. Pourquoi ? Car on peut dire qu'ils opposent &#224; la rigidit&#233; des id&#233;ologies, et &#224; la verticalit&#233; de la transmission du savoir, la souplesse, la diversit&#233;, le contr&#244;le horizontal et la libert&#233; du discours. &#192; la mise en place progressive d'une ing&#233;nierie sociale garante de l'ordre social, &#224; l'&#233;litisme et &#224; l'herm&#233;tisme des sciences qui sont charg&#233;es de planifier l'ordre social, soit en somme au taylorisme ou au saint-simonisme, ils opposent une rationalisation par le bas, une construction de l'ordre non plus verticale et descendante, mais ascendante et horizontale. Construction &#224; laquelle chacun peut participer en droit, librement et &#233;galitairement [&lt;a href='#nb1-43' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette id&#233;e a des ant&#233;c&#233;dents th&#233;oriques. Pour Hayek (1993), les r&#232;gles (...)' id='nh1-43'&gt;43&lt;/a&gt;]. &lt;p&gt;L'innovation sociale n'est donc pas n&#233;cessairement descendante, et l'auto-organisation des RC prouve qu'il est possible de construire un ensemble de r&#232;gles, de concepts, d'id&#233;ologies &#171; en provenance de la base &#187;, d&#232;s lors que les libert&#233;s individuelles sont assur&#233;es et que la lib&#233;ration des potentialit&#233;s cr&#233;atives individuelles est facilit&#233;e (ici le vide juridique est crucial). Il ne doit donc pas y avoir de monopole id&#233;ologique, qui soit maintenu par la violence physique ou symbolique, pour que l'innovation ascendante existe. De plus, il ne faut pas que les co&#251;ts d'entr&#233;e dans le r&#233;seau soient trop &#233;lev&#233;s. Si un acteur veut exprimer une id&#233;e neuve, il doit pouvoir le faire sans &#234;tre entrav&#233;, et doit pouvoir disposer des outils pour cela. C'est &#224; dire : pas de censure, pas de crit&#232;res de s&#233;lection fond&#233;s sur le niveau et la qualit&#233; des connaissances, pas de contraintes de diffusion, pas de contraintes li&#233;es au conformisme intellectuel (qui peuvent &#234;tre tr&#232;s puissantes), pas d'isolement, etc. C'est &#224; ces conditions qu'il est possible de briser le monopole id&#233;ologique qui sert le pouvoir en place, et assurer le d&#233;veloppement des potentialit&#233;s individuelles ou collectives.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous apercevons ici, ce qui est peut-&#234;tre l'essentiel, le point nodal des RC. Ils ne construisent pas seulement une fronti&#232;re qui limite les in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques et politiques, ils &#233;rigent avant toute chose, et dans un premier temps, un rempart &#224; &#171; l'autoritarisme intellectuel &#187;. Comme le dit Richard Stallman : &#171; '&lt;i&gt;'Free software'' is a matter of liberty, not price. To understand the concept, you should think of &#171; free speech'', not &#187;free beer.'&lt;/i&gt;' &#187; C'est l'un de ses aspects qui passe souvent inaper&#231;u. Les RC repr&#233;sentent une alternative &#224; l'ordre &#233;tabli, non seulement en terme d'organisation politique et &#233;conomique (distinction traditionnelle qu'ils font d'ailleurs voler en &#233;clat), mais surtout dans la mani&#232;re dont ils am&#232;nent &#224; envisager sous une nouvelle perspective &lt;i&gt;le rapport entre la communication et la pratique&lt;/i&gt;, entre le discours id&#233;ologique et l'action collective, entre la libert&#233; d'expression et la libert&#233; politique. Ils ne font pas de ruptures entre la libert&#233; &#233;pist&#233;mique et la libert&#233; politique [&lt;a href='#nb1-44' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur cette distinction entre politique et &#233;pist&#233;mique, voir Feyerabend (...)' id='nh1-44'&gt;44&lt;/a&gt;] et &#224; la diff&#233;rence des exp&#233;riences libertaires traditionnelles, ils n'ont pas donn&#233; lieu &#224; des exp&#233;rimentations sociales fond&#233;es sur une id&#233;ologie fixe et coercitive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le plus surprenant, c'est qu'en terme de performances, ce rel&#226;chement de la contrainte est plut&#244;t une r&#233;ussite. En effet, dans les OC, il n'y a certes que peu de probl&#232;mes li&#233;s &#224; l'incitation pour la participation &#224; la production au bien, en revanche, il existe un &#233;vident sous-emploi des ressources et de nombreux dysfonctionnements. Ainsi, dans la mesure o&#249; l'acc&#232;s la production est limit&#233;e, et o&#249;, dans le cas des IH, l'innovation est pilot&#233;e par le sommet, ils ne peuvent b&#233;n&#233;ficier de la bonne adaptabilit&#233; des RC. D'autres raisons pourraient bien s&#251;r &#234;tre mentionn&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui nous am&#232;ne &#224; d&#233;fendre la th&#232;se suivante : la libert&#233; au sein des RC ne r&#233;side pas dans le contenu des id&#233;es que ses acteurs d&#233;fendent, ou dans l'application qu'ils font d'une doctrine sociale, mais dans leur capacit&#233; &#224; g&#233;rer de mani&#232;re d&#233;centralis&#233;e et concurrentielle la production du r&#233;seau en la &#171; collectivisant &#187;, et en garantissant en permanence l'innovation sociale et technologique. Cette innovation continue est rendue possible par un &#233;quilibre des contre-pouvoirs tout &#224; fait particulier, rendant permanente et g&#233;n&#233;ralis&#233;e la concurrence, et donc, particuli&#232;rement difficiles, les abus li&#233;s &#224; l'appropriation des id&#233;es et des produits de l'activit&#233;. L'efficacit&#233; des RC ne peut donc se d&#233;duire de l'application d'une doctrine ou d'une concurrence &#233;conomique qui conduit &#224; l'appropriation oligopolistique d'une ressource par un nombre restreint d'acteurs. Elle ne peut se comprendre qu'&#224; la mani&#232;re d'un r&#233;seau concurrentiel, fond&#233; sur le principe de la libre adh&#233;sion aux modes de production, aux r&#232;gles d'organisation sociale, aux modes de coop&#233;ration, aux doctrines, aux droits de propri&#233;t&#233;, aux directions d&#233;cisionnelles concernant l'action collective, etc. Les RC se diff&#233;rencient des CO traditionnels, par le surcro&#238;t de concurrence, et donc de libert&#233;, qu'ils offrent aux individus, en terme de coop&#233;ration et de solidarit&#233;, de participation libre &#224; la production et de d&#233;termination de la nature du bien collectif. Ils ne limitent pas la concurrence au simple choix du consommateur. Ils l'&#233;tendent &#224; l'ensemble du syst&#232;me productif et politique. Fondamentalement, les RC garantissent que l'union entre int&#233;r&#234;t individuel et collectif ne sera pas entrav&#233;e par une ligne id&#233;ologique, ou par son appropriation par les acteurs priv&#233;s ou publics. Cette distinction entre int&#233;r&#234;t priv&#233; et public &#233;tant au fondement m&#234;me de l'autorit&#233; &#233;tatique [&lt;a href='#nb1-45' class='spip_note' rel='footnote' title='Traditionnellement, l'action administrative s'oppose &#224; (...)' id='nh1-45'&gt;45&lt;/a&gt;]. On pourrait dire alors qu'ils marient en cela la critique du &lt;i&gt;monopole radical&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb1-46' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur le monopole radical, voir Illich (2004, p. 409-413). On pourrait le (...)' id='nh1-46'&gt;46&lt;/a&gt;] (Illich, 2004) du &lt;i&gt;monopole id&#233;ologique&lt;/i&gt; (Feyerabend, 1996) et du &lt;i&gt;monopole &#233;tatique&lt;/i&gt; (D. Friedman, 1992).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut toutefois temp&#233;rer un tel enthousiasme. Car les RC pr&#233;sentent &#233;galement certaines limites. Limites, non en terme d'applicabilit&#233;, mais dans leur capacit&#233; &#224; assurer le d&#233;veloppement des libert&#233;s individuelles. Les RC ont en effet leur propre logique et s&#233;cr&#232;tent leurs propres r&#232;gles. Ils peuvent donc constituer, autant que les OC, une limite aux libert&#233;s individuelles. Lazar (2001) t&#233;moigne par exemple des difficult&#233;s qu'elle a rencontr&#233;es face &#224; des r&#233;seaux relationnels informels, et combien la solidarit&#233; peut devenir client&#233;lisme, rejet de l'autre, corruption&#8230; Nous avons entendu, au cours d'entretiens, des t&#233;moignages similaires dans les r&#233;seaux underground et les SEL. Latouche (2001) fait remarquer &#224; ce propos que dans certains pays d'Afrique, l'exclusion sociale n'a pas grand chose &#224; voir avec l'exclusion &#233;conomique, mais signifie plut&#244;t l'exclusion des r&#233;seaux relationnels. Dans une telle perspective, l'anti-conformisme au sein du r&#233;seau informel est sanctionn&#233;, et la diffusion de l'innovation est descendante. Dans les r&#233;seaux artistiques que nous avons &#233;tudi&#233;, cette configuration est dominante. Les &#233;carts trop brutaux par rapport &#224; la norme sont syst&#233;matiquement rejet&#233;s. Tels par exemple :&lt;/p&gt; &lt;ol class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt;Des &#233;carts relatifs aux &#171; normes des produits &#187; &#233;labor&#233;s au sein de l'activit&#233;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Des transgressions par rapport &#224; l'&#233;thique ou &#224; l'id&#233;ologie dominante du r&#233;seau. Nous avons ainsi observ&#233; des situations o&#249; les acteurs du milieu alternatif sanctionnaient une association qui vendait ses bi&#232;res au del&#224; du prix &#171; &#233;thique &#187;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Il peut s'agir &#233;galement d'une transgression par rapport au principe du don-contre-don. Celui qui refuse &#171; d'aider &#187; est exclu, ou ne b&#233;n&#233;ficie plus des avantages collectifs du r&#233;seau (groupe d'amis, biens produits par le r&#233;seau&#8230;).&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Enfin, et c'est le point le plus important, celui qui conteste l'ordre du r&#233;seau, se voit infliger une critique imparable : &#171; si tu n'es pas satisfait, montes ton propre projet. &#187; Si monter son propre projet est une chose facile &#224; faire, il est &#233;vident qu'un tel argument n'est gu&#232;re pr&#233;occupant ; mais dans un r&#233;seau relationnel, &#171; aller voir ailleurs &#187; &#233;quivaut souvent &#224; un &#233;chec personnel, &#224; une mort relationnelle et &#224; un appauvrissement brutal de l'individu (notamment une baisse soudaine et quantitative du niveau de visibilit&#233;, et de la qualit&#233; de cette visibilit&#233;). Par cons&#233;quent, &#224; partir du moment o&#249; il existe un d&#233;s&#233;quilibre m&#234;me minime de la r&#233;partition des pouvoirs au sein de ces r&#233;seaux relationnels, les cons&#233;quences peuvent &#234;tre lourdes. Celui qui s'oppose au leader informel ou aux r&#232;gles informelles du groupe, est inf&#233;rioris&#233; ou exclu. &lt;/li&gt;&lt;/ol&gt; &lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; des modes de r&#233;gulation traditionnels - sanction comptable dans l'ordre marchand, sanction hi&#233;rarchique dans l'ordre buraucratique - nous voyons donc poindre un nouveau type de sanctions, la sanction du r&#233;seau. Comme dans les autres CO, elle construit un &#233;quilibre des pouvoirs : ceux qui ne ma&#238;trisent pas les r&#232;gles informelles du r&#233;seau, ceux qui sont frapp&#233;s d'une carence relationnelle, sont marginalis&#233;s. Inversement comme les r&#232;gles sont &#224; la fois habilitantes et contraignantes (Giddens, 1987), ceux qui les ma&#238;trisent voient leurs pouvoirs accrus. D&#232;s lors qu'ils disposent d'un fort capital financier, symbolique, humain ou relationnel, ils engrangent un surplus de pouvoir. Les RC ne peuvent donc rester un espace de libert&#233; que dans la mesure o&#249; ils acceptent l'auto-critique, qu'ils ne se transforment pas en dogmes, qu'ils restent &#233;volutifs, qu'ils restent concurrentiels (c'est &#224; dire que les co&#251;ts d'entr&#233;e ou de sortie du r&#233;seau ne sont pas trop &#233;lev&#233;s) et qu'ils prennent le risque finalement, d'&#234;tre d&#233;truits et reconstruits &#224; chaque instant. Dans le cas contraire, les RC reproduiront en leur sein le mouvement d'institutionnalisation contre lequel ils se sont dress&#233;s. L'exemple-type en est l'encyclop&#233;die libre Wikip&#233;dia qui a mis progressivement en place une pyramide des pouvoirs pour se prot&#233;ger des effets pervers engendr&#233;s par le libre acc&#232;s &#224; la production. Mais une fois ce processus d'institutionnalisation en marche, il est difficile de revenir en arri&#232;re. Les RC pourraient m&#234;me devenir des moyens s&#251;rs et peu co&#251;teux de canaliser, neutraliser, et formater la contestation de l'ordre &#233;tabli ; dynamique pourtant essentielle au changement et aux adaptations sociales.&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;Conclusion.&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Les RC sont donc pris en &#233;tau entre trois modes de r&#233;gulation distincts. Soit ils glissent vers le r&#233;seau relationnel informel, et deviennent &#171; rong&#233;s par le client&#233;lisme &#187; (Lazar, 2001) ; soit ils s'institutionnalisent et se transforment en une IH ; soit ils se transforment en RM. Dans les r&#233;seaux coop&#233;ratifs du SEL, c'est cette derni&#232;re &#233;volution qui est la plus probl&#233;matique (Bowring, 2001). En fin de compte, la finalit&#233; de l'action individuelle et les possibilit&#233;s d'innovation sociale, dans ces trois situations extr&#234;mes, sont profond&#233;ment contraintes et perverties. Dans le cas du RM, l'acteur doit se plier aux contraintes du profit, et l'innovation n'est recherch&#233;e que si elle est payante. Dans le cas des IH, l'innovation n'est possible qu'au sommet, et les acteurs doivent se soumettre aux r&#232;gles de l'institution (m&#234;me si celles-ci permettent une certaine variance dans le comportement), voire aux contraintes d&#233;mocratiques. Dans les r&#233;seaux relationnels, l'acteur doit se soumettre &#224; la norme du r&#233;seau sous peine d'&#234;tre rejet&#233;. Dans les diff&#233;rents cas, l'innovation est encadr&#233;e et l'acteur est soumis &#224; des contraintes de plus en plus pesantes.&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;Bibliographie&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Achelhi Hicham, Truchot Patrick, Aoussat Ameziane, &lt;i&gt;Les crit&#232;res d'&#233;mergence d'un r&#233;seau coop&#233;ratif&lt;/i&gt;, Laboratoire CPI, Casablanca, 2005.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Baudrillard Jean, &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; de consommation : ses mythes, ses structures, &lt;/i&gt;Paris, Deno&#235;l, 2003.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Beaudet C&#233;line, &lt;i&gt;Les milieux libres : Vivre en anarchiste &#224; la belle &#233;poque en France, &lt;/i&gt;Saint-Georges-d'Ol&#233;ron, Les &#201;ditions Libertaires, 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Berger Peter et Luckmann Thomas, &lt;i&gt;La construction sociale de la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Armand Colin, 2003.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bey Hakim. &lt;i&gt;The Temporary Autonomous Zone&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;1990&lt;/i&gt;. [en ligne] :
&lt;&lt;a href='http://www.altheim.com/lit/taz/taz.html' class='spip_out'&gt;http://www.altheim.com/lit/taz/taz.html&lt;/a&gt;&gt;. Consult&#233; le 23/11/2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Boltanski et Th&#233;venot, &lt;i&gt;De la justification : les &#233;conomies de la grandeur&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1991.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Boudon Raymond,&lt;i&gt; La Logique du social&lt;/i&gt;, Paris, Hachette, 2001.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bourdieu Pierre, &lt;i&gt;Questions de Sociologie&lt;/i&gt;, Paris, Les &#233;ditions de minuit, 1980.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bourdieu Pierre, &lt;i&gt;Le&#231;on sur la le&#231;on,&lt;/i&gt; Paris, Les &#233;ditions de minuit, 1998.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bourdieu Pierre, &lt;i&gt;Science de la science et r&#233;flexivit&#233;,&lt;/i&gt; Paris, &#201;ditions Raisons d'agir, 2001.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bourdieu Pierre, &lt;i&gt;Pour un savoir engag&#233;,&lt;/i&gt; Le Monde Diplomatique, F&#233;vrier 2002a.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bourdieu Pierre et Passeron Jean-Claude, &lt;i&gt;La reproduction : &#233;l&#233;ments pour une th&#233;orie du syst&#232;me d'enseignement&lt;/i&gt;, Paris, Les &#233;ditions de Minuit, 2002b.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bowring Finn, &#171; Les syst&#232;mes d'&#233;change locaux reproduisent-ils les in&#233;galit&#233;s sociales ? &#187;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Silence&lt;/i&gt;, n&#176; 271, Juin 2001, p. 4-11.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bunge Mario, &lt;i&gt;Consid&#233;rations d'un philosophe sur l'&#233;conomique du n&#233;o-conservatisme (n&#233;o-lib&#233;ralisme)&lt;/i&gt;, Les classiques des sciences sociales, 1986. Texte en ligne :
&lt;&lt;a href='http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html' class='spip_out'&gt;http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html&lt;/a&gt;&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Clastres Pierre, &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de minuit, 1974.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Claude Catherine, &lt;i&gt;L'enfance de l'humanit&#233; : Des communaut&#233;s pacifiques aux soci&#233;t&#233;s guerri&#232;res&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 1997.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Coase Ronald, &lt;i&gt;The nature of the firm&lt;/i&gt;, 1937. [en ligne] : &lt;&lt;a href='http://staff.bath.ac.uk/msbrd/mang0094/Coase(1937).pdf' class='spip_out'&gt;http://staff.bath.ac.uk/msbrd/mang0094/Coase(1937).pdf&lt;/a&gt;&gt;. Consult&#233; le 20/10/2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Crez&#233; Fran&#231;oise et Liu Michel (dir.), &lt;i&gt;La Recherche-action et les transformations sociales&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dewey John, &lt;i&gt;Comment nous pensons ?&lt;/i&gt;, Paris, Les emp&#234;cheurs de penser en rond / Synth&#233;labo, 2004.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'Iribarne Philippe, &lt;i&gt;La logique de l'honneur, gestion des entreprises et traditions nationales&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1989.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Duda John, &lt;i&gt;Decentering Cooperation : Collaboration without hegemony,&lt;/i&gt; 17 Avril 2004, &lt;&lt;a href='http://www.all4all.org/2004/04/746.shtml' class='spip_out'&gt;http://www.all4all.org/2004/04/746.shtml&lt;/a&gt;&gt;. Consult&#233; le 10/06/2005.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Erkman Suren, &lt;i&gt;L'&#233;cologie industrielle : une strat&#233;gie de d&#233;veloppement&lt;/i&gt;, Expos&#233; donn&#233; dans le cadre du congr&#232;s public d'ECOLO, le 5 juin 2004 &#224; Bruxelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Feyerabend Paul, &lt;i&gt;Adieu la raison&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, Points Sciences, 1996.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Friedman David, &lt;i&gt;Vers une soci&#233;t&#233; sans &#201;tat&lt;/i&gt;, Paris, Belles Lettres, 1992.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gensollen Michel, &#171; Biens informationnels et communaut&#233;s m&#233;diat&#233;es &#187;, &lt;i&gt;Revue d'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, Num&#233;ro March&#233; en lignes et communaut&#233;s d'agent, mars 2004&lt;i&gt;a&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gensollen Michel, &#171; &#201;conomie non-rivale et communaut&#233;s d'information &#187;, &lt;i&gt;R&#233;seaux&lt;/i&gt;, Vol. 22, N&#176;124, 2004&lt;i&gt;b&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Giddens Anthony, &lt;i&gt;La constitution de la soci&#233;t&#233; : &#201;l&#233;ments de la th&#233;orie de la structuration&lt;/i&gt;, Paris, Puf, 1987.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Grassineau Benjamin &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Anarchisme &#233;pist&#233;mologique&lt;/i&gt;, 2005a, article collaboratif publi&#233; sur Wikip&#233;dia.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Grassineau Benjamin, &lt;i&gt;Anarchisme &#233;pist&#233;mologique et anarchisme politique&lt;/i&gt;, 2005b, premi&#232;re publication sur le quotidien en ligne l'&lt;i&gt;EnDehors&lt;/i&gt;. Puis version am&#233;lior&#233;e sur &lt;&lt;a href='http://benjamingrassineau.over-blog.com/' class='spip_out'&gt;http://benjamingrassineau.over-blog.com&lt;/a&gt;&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Grassineau Benjamin, &lt;i&gt;Dynamiques et cadres organisationnels dans les activit&#233;s sociales&lt;/i&gt;, Document du Cerso 04/05, Univ. Paris-Dauphine, Rapport du sixi&#232;me congr&#232;s Europ&#233;en de Sciences des Syst&#232;mes, Paris, France, 19 au 22 Septembre 2005c.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hayek Friedrich, &lt;i&gt;La pr&#233;somption fatale : les erreurs du socialisme&lt;/i&gt;, Paris, Puf, 1993.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hayek Friedrich, &lt;i&gt;La constitution de la libert&#233;&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions Litec, 1994.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hegde Vinayak&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&#171; Flame, Wars, forks and freedom &#187;&lt;i&gt;, OsNews&lt;/i&gt;, 24 Janvier 2005.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hirigoyen Marie-France, &lt;i&gt;Le harc&#232;lement moral : La violence perverse au quotidien&lt;/i&gt;, Pocket, 2000.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hirschman Albert, &lt;i&gt;L'&#233;conomie comme science morale et politique&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1984.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hirschman Albert, &lt;i&gt;Deux si&#232;cles de rh&#233;torique r&#233;actionnaire&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 1991.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Illich Ivan, &lt;i&gt;Une soci&#233;t&#233; sans &#233;cole&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1980.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Illich Ivan, &lt;i&gt;Oeuvres compl&#232;tes : Vol 1&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 2004.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Imhorst Christian, &lt;i&gt;Anarchy and Source Code - What does the Free Software Movement have to do with Anarchism ?&lt;/i&gt;, 12 Mars 2005. [en ligne] : &lt;&lt;a href='http://www.imhorst.net/pdfs/Anarchy_and_source_code.pdf' class='spip_out'&gt;http://www.imhorst.net/pdfs/Anarchy_and_source_code.pdf&lt;/a&gt;&gt;. Consult&#233; le 10/08/2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jacquin Philippe, &lt;i&gt;Sous le pavillon noir. Pirates et flibustiers&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1988.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jaeger G&#233;rard (Dir.), &lt;i&gt;Vues sur la piraterie. Cartes, tableaux, chronologie, bibliographies&lt;/i&gt;, Tallandier, 1992.
Latouche Serge&lt;i&gt;, La d&#233;raison de la d&#233;raison &#233;conomique. Du d&#233;lire d'efficacit&#233; au principe de pr&#233;caution&lt;/i&gt;, Paris, Albin Michel, 2001a.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lazar Judith, &lt;i&gt;Les secrets de famille de l'universit&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Les emp&#234;cheurs de penser en rond, 2001.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lefebvre Philippe, &lt;i&gt;L'invention de la grande entreprise. Travail, hi&#233;rarchie, march&#233;. France, fin XVIIIe - d&#233;but XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, Paris, Puf, 2003.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Liu Michel, &lt;i&gt;&#201;pist&#233;mologie des sciences de l'homme&lt;/i&gt;, Documents du Cerso 03/10/01, CERSO, Paris IX, Octobre 2003.
Malinowski Bronislaw, &lt;i&gt;Les argonautes du Pacifique occidental&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1963.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mance Euclides Andr&#233;, &lt;i&gt;La r&#233;volution des r&#233;seaux : la collaboration solidaire comme alternative post-capitaliste &#224; la mondialisation&lt;/i&gt;, Paris, Descartes et cie, 2003.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mead George, &#171; &lt;i&gt;L'esprit, le soi et la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; &#187;, Paris, PUF, 1963.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mintzberg Henri, &lt;i&gt;Structures et dynamiques des organisations&lt;/i&gt;, Les &#233;ditions d'organisation, 1982.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Moglen Eben, &lt;i&gt;L'anarchisme triomphant : Le logiciel libre et la mort du copyright&lt;/i&gt;, 1999. [en ligne] : &lt;&lt;a href='http://moglen.law.columbia.edu/' class='spip_out'&gt;http://moglen.law.columbia.edu/&lt;/a&gt;&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Montesquieu Charles de Secondat, &lt;i&gt;De l'esprit des lois&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions Gallimard, 1995.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Moreau Jean-Pierre, &lt;i&gt;Pirates, flibuste et piraterie dans la cara&#239;be et les mers du sud&lt;/i&gt;, Tallandier, 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;O'Hara Craig, &lt;i&gt;The Philosophy of Punk&lt;/i&gt;, AK Press, 1999.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Piaget Jean, &lt;i&gt;L'&#233;pist&#233;mologie g&#233;n&#233;tique&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 2005.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Proudhon Pierre-Joseph, &lt;i&gt;Textes choisis, pr&#233;sent&#233;s et comment&#233;s par Joseph Lajugie&lt;/i&gt;, Paris, Librairie Dalloz, 1953.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Reynaud Jean-Daniel, &lt;i&gt;Les r&#232;gles du jeu. L'action collective et la r&#233;gulation sociale&lt;/i&gt;, Paris, Armand Colin, 1997.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sahlins Marshall, &lt;i&gt;&#194;ge de pierre, &#226;ge d'abondance. L'&#233;conomie des soci&#233;t&#233;s primitives&lt;/i&gt;, Gallimard, 1976.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sainsaulieu Raymond, &lt;i&gt;L'identit&#233; au travail&lt;/i&gt;, Paris, Presses de Sciences Po, 1977.
&lt;i&gt;Savoirs libres et production de biens communs en r&#233;seau&lt;/i&gt;, r&#233;alis&#233; conjointement par l'APRIL, la fondation sciences citoyennes, le R&#233;seau Semences Paysannes, 2006. [en ligne] : &lt;&lt;a href='http://sciencescitoyennes.org/IMG/pdf/savoirs_ouverts.pdf' class='spip_out'&gt;http://sciencescitoyennes.org/IMG/pdf/savoirs_ouverts.pdf&lt;/a&gt;&gt;. Consult&#233; le 15/12/2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sch&#252;tz Alfred, &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments de sociologie ph&#233;nom&#233;nologique&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 1998.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Stallman Richard, &lt;i&gt;Conf&#233;rence de Richard M. Stallman, donn&#233;e &#224; Paris-8&lt;/i&gt;, 10 novembre 1998. [En ligne] &lt;&lt;a href='http://www.linux-france.org/article/these/conf/stallman_199811.html' class='spip_out'&gt;http://www.linux-france.org/article/these/conf/stallman_199811.html&lt;/a&gt;&gt; Consult&#233; le 10/01/2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Strauss Anselm, &lt;i&gt;La trame de la n&#233;gociation. Sociologie qualitative et interactionnisme&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de l'Harmattan, 1992.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tarde Gabriel, &lt;i&gt;Les transformations du pouvoir&lt;/i&gt;, Paris, Alcan, 1899.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tarde Gabriel, &lt;i&gt;Psychologie &#233;conomique&lt;/i&gt;, Paris, Alcan, 1902.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tocqueville Alexis, &lt;i&gt;De la d&#233;mocratie en Am&#233;rique&lt;/i&gt;, Paris, 10/18, 1963.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Touraine Alain, &lt;i&gt;Sociologie de l'action&lt;/i&gt;, LGF, 2000.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Truscello Michael, &#171; The Architecture of Information : Open Source Software and Tactical Poststructuralist Anarchism &#187;&lt;i&gt;, Postmodern Culture&lt;/i&gt;, 2003.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Weil Simone, &lt;i&gt;L'Enracinement. Pr&#233;lude &#224; une d&#233;claration des devoirs envers l'&#234;tre humain, &lt;/i&gt;Gallimard, 1962.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Winstanley Asa, &lt;i&gt;The Free Software Movement - Anarchism in Action, &lt;/i&gt;D&#233;cembre 2003. [en ligne] &lt;&lt;a href='http://216.17.145.93/news/2003/12/508.php' class='spip_out'&gt;http://216.17.145.93/news/2003/12/508.php&lt;/a&gt;&gt;. Consult&#233; le 10/01/2007.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-1' id='nb1-1' class='spip_note' title='Notes 1-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Achelhi &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; &lt;i&gt;al. &lt;/i&gt;(2005, p. 9) le d&#233;finissent ainsi : &#171; un ensemble de cha&#238;nes partenariales unies par une relation d'&#233;change dynamique organis&#233;e, &#224; plus ou moins long terme et par le sentiment d'appartenance &#224; une entit&#233; collective, de moyens financiers, techniques et/ou humains &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-2' id='nb1-2' class='spip_note' title='Notes 1-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Le bien est ici pris dans un sens tr&#232;s large : biens mat&#233;riels, immat&#233;riels, spectacle, &#233;thique, id&#233;es, externalit&#233;s&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-3' id='nb1-3' class='spip_note' title='Notes 1-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Comme le remarquent Achelhi &lt;i&gt;et al. &lt;/i&gt;(2005, p. 5-7), la notion de coop&#233;ration pose certaines difficult&#233;s th&#233;oriques. Rappelons que la coop&#233;ration se d&#233;finit traditionnellement comme &#171; l'action, le fait de participer &#224; une oeuvre commune &#187;. Dans cette perspective, on peut s&#233;parer clairement les actions qui entrent (d'un point de vue causal) dans la r&#233;alisation du projet commun, et celles qui n'y entrent pas. La t&#226;che n'est pas impossible, mais elle comporte toujours une bonne dose d'arbitraire. En effet, il y a ici au moins deux probl&#232;mes : 1. Certaines actions peuvent avoir des b&#233;n&#233;fices ou des co&#251;ts sociaux qui ne sont pas comptabilis&#233;s dans l'&#233;change. Des effets externes ou non-intentionnels, peuvent r&#233;sulter des interactions coop&#233;rantes. Par exemple, les interactions au sein d'un r&#233;seau coop&#233;ratif peuvent cr&#233;er des liens amicaux ou identitaires qui ne sont pas &#171; strictement n&#233;cessaires &#187; &#224; cette coop&#233;ration. Et pourtant, c'est bien souvent gr&#226;ce &#224; ces liens que le r&#233;seau se perp&#233;tue ! 2. Dans bien des cas, les RC ne sont pas anim&#233;s par un projet commun, mais plut&#244;t par une imbrication plus ou moins coordonn&#233;e de micro-projets. Il est peut-&#234;tre alors utile de simplifier le probl&#232;me en consid&#233;rant que ces RC, organis&#233;s autour d'une activit&#233;, &#171; s&#233;cr&#232;tent &#187;, en quelque sorte, des &#171; biens &#187; de diff&#233;rentes natures (langage, pratiques, codes-sources, relations, r&#232;gles, projets, objectifs, id&#233;es, opinions, finalit&#233;s, manifestations, classifications, etc.) qui acqui&#232;rent une certaine autonomie. Concr&#232;tement, pour d&#233;limiter un RC, il est donc plus opportun de le faire &#224; partir de certains &#171; attributs du contexte &#187; : l'activit&#233;, les relations interindividuelles dominantes, les cadres d'interaction, l'aspect identitaire, les types de biens, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-4' id='nb1-4' class='spip_note' title='Notes 1-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Pour les besoins de l'analyse, nous distinguons cinq types de hi&#233;rarchie : hi&#233;rarchie d'exclusion, d'obligation (ou de commandement), de facilitation, d'influence et d'&#233;valuation. Rappelons que la hi&#233;rarchie est d&#233;finie comme un classement des fonctions, des dignit&#233;s, des pouvoirs dans un groupe social selon un rapport de subordination et d'importances respectives. Ici, sans nullement remettre en cause la notion de hi&#233;rarchie en sociologie, nous scindons le concept de pouvoir en cinq formes de pouvoir : &lt;i&gt;pouvoir d'influence&lt;/i&gt; (pouvoir d'influencer autrui par la parole, la suggestion), &lt;i&gt;pouvoir d'obligation&lt;/i&gt; (pouvoir de contraindre autrui &#224; r&#233;aliser une action), &lt;i&gt;pouvoir d'exclusion&lt;/i&gt; (pouvoir d'emp&#234;cher autrui de r&#233;aliser une action : par exemple, lui interdire d'acc&#233;der &#224; une ressource), &lt;i&gt;pouvoir de facilitation&lt;/i&gt; (pouvoir de rendre possible ou plus facile une action pour autrui), &lt;i&gt;pouvoir d'&#233;valuation&lt;/i&gt; (pouvoir de produire une &#233;valuation d'autrui, de son environnement, de ses actes). Il existe dans toute organisation une hi&#233;rarchie de ces diff&#233;rents pouvoirs. Par exemple, un chef d'entreprise a un pouvoir d'exclusion sup&#233;rieur &#224; celui de ses employ&#233;s (il peut les renvoyer), il peut le faire gr&#226;ce &#224; un pouvoir d'&#233;valuation (son &#233;valuation fait autorit&#233;), de l&#224; un pouvoir de commandement : il peut imposer ses vues aux employ&#233;s qui, si ils refusent de s'y soumettre, seront exclus. On peut alors dire qu'il y a une hi&#233;rarchie d'exclusion, d'obligation et d'&#233;valuation dans les entreprises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-5' id='nb1-5' class='spip_note' title='Notes 1-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] On parle &#233;galement de mouvement Open Source. Et pour &#234;tre rigoureux, il faut distinguer logiciels Open Source et logiciels libres. Les premiers englobant les seconds. Un logiciel libre est un logiciel prot&#233;g&#233; par une licence libre qui assure quatre libert&#233;s fondamentales : 1. la libert&#233; d'utilisation, 2. la libert&#233; d'&#233;tudier, 3. la libert&#233; de modification, 4. la libert&#233; de copier. Il est &#224; noter que cette libert&#233; n'interdit pas la commercialisation mais elle autorise la copie sans limite. Les logiciels source &#233;tant plus, ou moins, restrictifs, le mouvement Open Source d&#233;roge parfois aux crit&#232;res que nous avons d&#233;finis. Nous utilisons pr&#233;f&#233;rentiellement l'expression mouvement des logiciels libres pour englober toute la mouvance autour du logiciel libre (hacktivisme, art libre, Linux, etc.). Linux, pour &#234;tre pr&#233;cis, est le noyau d'un syst&#232;me d'exploitation. Par extension, on d&#233;signe par Linux les distributions Linux, mais &#233;galement certaines activit&#233;s, certains biens, qui gravitent autour du syst&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-6' id='nb1-6' class='spip_note' title='Notes 1-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Sur la comparaison entre les r&#233;seaux de logiciel libre et les r&#233;seaux coop&#233;ratifs de production agricole, voir le texte &lt;i&gt;Savoirs libres et production de biens communs en r&#233;seau &lt;/i&gt;(2006)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-7' id='nb1-7' class='spip_note' title='Notes 1-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] Sur la piraterie, la question fait d&#233;bat. Moreau (2006, p. 309-321), y voit un ph&#233;nom&#232;ne plut&#244;t minoritaire. Jacquin (1992, p. 127-128) y voit au contraire un v&#233;ritable mouvement. Quoi qu'il en soit, il est clair que beaucoup d'&#233;quipages pirates s'organisaient sur le mode de la d&#233;mocratie directe. Certaines de leurs r&#232;gles &#233;taient d'ailleurs assez surprenante (Jacquin, 1988, p. 130-135). Ils signaient par exemple des contrats avant d'embarquer, des &#171; chasses-parties &#187;, qui stipulaient quel serait le partage des butins, et qui d&#233;finissaient une r&#233;tribution tr&#232;s pr&#233;cise des blessures de guerre. D'autres coutumes s'av&#233;raient &#233;tonnantes, un pirate pouvait ainsi &#233;changer son plat avec celui du capitaine de bord, si il ne le trouvait pas &#224; son go&#251;t : &#171; Le capitaine et le cuisinier sont ici sujets &#224; la loi g&#233;n&#233;rale ; c'est &#224; dire que si il arrivait qu'ils eussent un plat meilleur que les autres, le premier venu est en droit de le prendre et de mettre le sien &#224; la place ; et il en est de m&#234;me d'un officier &#187;. Enfin, les &#233;quipages se r&#233;servaient le droit de d&#233;barquer un chef pirate &#233;lu, si celui-ci ne leur convenait plus : &#171; les aventuriers lui ob&#233;issent tr&#232;s exactement, d&#232;s le moment qu'ils l'ont &#233;lu. Mais si il arrive qu'il leur d&#233;plaise, ils conviennent entre eux de le laisser dans une &#238;le d&#233;serte, avec son arme, ses pistolets et son sabre ; et sept &#224; huit mois apr&#232;s, s'ils en ont besoin, ils voir si il est encore en vie &#187;. En fait, l'influence de la piraterie sur la soci&#233;t&#233; de la fin du moyen-&#226;ge, a probablement &#233;t&#233; sous-estim&#233;e. Comme le note Jacquin, &#171; tout autant que ces capitaines d&#233;moniaques et leurs &#233;quipages redoutables, les pratiques sociales mises en place dans &#171; le monde des forbans &#187; ont suscit&#233; l'&#233;tonnement et l'inqui&#233;tude. La soci&#233;t&#233; pirate nie le syst&#232;me oppresseur &#233;tabli dans les marines occidentales au cours du XVIIe si&#232;cle, elle affirme d'autres valeurs, le collectivisme, l'&#233;galitarisme, la solidarit&#233;. L'acc&#232;s &#224; l'autorit&#233; est fond&#233; sur le talent et le m&#233;rite, le partage du butin r&#233;glement&#233;, les disparit&#233;s entre les hommes s'estompent. (&#8230;) Ainsi, la piraterie impose une conception in&#233;dite du monde social, elle h&#233;rite de l'id&#233;ologie des grandes utopies qui &#233;branlent l'Europe depuis la fin du Moyen &#194;ge. Sur les marges du monde occidental se l&#232;ve un vent de r&#233;volte, les soci&#233;t&#233;s d'ordre, les monarchies se fissurent sous la pouss&#233;e d'une multitude de mouvements populaires et de courants intellectuels. L'&#233;tude de la piraterie doit d&#233;passer l'anecdote et le simple romantisme et s'interroger sur son univers social, la piraterie a &#233;t&#233; une force historique. &#187;, (Jaeger, 1992, p. 127-128).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-8' id='nb1-8' class='spip_note' title='Notes 1-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Voir les analyses de Zerzan. Textes disponibles sur le site d'&#233;dition en ligne En Dehors &lt;&lt;a href='http://endehors.org/' class='spip_out'&gt;http://endehors.org&lt;/a&gt;&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-9' id='nb1-9' class='spip_note' title='Notes 1-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] Voir sur ce sujet l'ouvrage particuli&#232;rement bien document&#233; de Beaudet (2006).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-10' id='nb1-10' class='spip_note' title='Notes 1-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] L'id&#233;e est cr&#233;dible pour le mouvement Open Source et, plus g&#233;n&#233;ralement pour les r&#233;seaux coop&#233;ratifs de production des biens immat&#233;riels. Par exemple, pour Feyerabend, &#171; La science est une entreprise essentiellement anarchiste : l'anarchisme th&#233;orique est d'avantage humanitaire et plus propre &#224; encourager le progr&#232;s que les doctrines fond&#233;es sur la loi et l'ordre &#187; (1988, p. 13). Raymond, le pr&#233;sident de l'&lt;i&gt;Open Source Initiative&lt;/i&gt; se d&#233;clare anarchiste. Pour l'universitaire Moglen (1999), un proche de Stallman, il ne fait pas de doute, aussi bien dans la production logicielle que artistique, que l'anarchisme est une organisation efficace. Voir aussi sur internet : Winstanley, &lt;i&gt;The Free Software Movement - Anarchism in Action&lt;/i&gt;, (2003), Duda, &lt;i&gt;Decentering Cooperation : Collaboration without hegemony&lt;/i&gt; (2004), Truscello, &lt;i&gt;The Architecture of Information : Open Source Software and Tactical Poststructuralist Anarchism.&lt;/i&gt;(2003) et Imhorst, &lt;i&gt;Anarchy and Source Code - What does the Free Software Movement have to do with Anarchism ?&lt;/i&gt; (2005). Il faut toutefois remarquer que dans les r&#233;seaux coop&#233;ratifs, les personnes de terrain ne se &#171; sentent &#187; que rarement anarchistes. En fait, leur engagement politique est secondaire. Par contre, ils adh&#232;rent volontiers &#224; une &#233;thique interne &#224; leur activit&#233;. Ceux qui pratiquent ces activit&#233;s recherchent un mode de vie, un &#171; esprit &#187;, une philosophie, voire tout simplement un aspect &#171; plaisant ou fun. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-11' id='nb1-11' class='spip_note' title='Notes 1-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] Pour plus d'informations, voir Grassineau et al. (2005&lt;i&gt;a&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-12' id='nb1-12' class='spip_note' title='Notes 1-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] Sur le sujet, voir Grassineau (2005&lt;i&gt;b&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-13' id='nb1-13' class='spip_note' title='Notes 1-13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] Mance d&#233;finit le r&#233;seau ainsi, &#171; Il s'agit d'une articulation entre diff&#233;rentes unit&#233;s qui, au travers de certains liens, &#233;changent entre elles des &#233;l&#233;ments, se renfor&#231;ant ainsi r&#233;ciproquement. Elles peuvent ensuite se multiplier en nouvelles unit&#233;s. Ces derni&#232;res, &#224; leur tour, renforcent tout l'ensemble, au fur et &#224; mesure qu'elles se renforcent par lui, lui permettant de s'&#233;tendre en de nouvelles unit&#233;s ou de se maintenir en &#233;quilibre soutenu. Chaque nodule du r&#233;seau repr&#233;sente une unit&#233; et chaque fil, un canal par lequel ces unit&#233;s s'articulent au travers de diff&#233;rents flux. &#187; (Mance, 2003, p. 27).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-14' id='nb1-14' class='spip_note' title='Notes 1-14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] Nous reprenons ici la notion de circuit d&#233;velopp&#233;e en anthropologie &#233;conomique. Voir Malinowski (1963).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-15' id='nb1-15' class='spip_note' title='Notes 1-15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] &#192; titre d'exemple, la FSF (Free software Fundation) est une structure novatrice. En revanche, des associations comme l'ABUL (Association Bordelaise des Utilisateurs de Linux) ou PARINUX (Association Parisienne des Utilisateurs de Logiciels Libres) ne le sont pas. Elles se contentent principalement de diffuser, au sein de certains circuits pr&#233;&#233;tablis (universit&#233;s, partis politiques, institutions, etc.), les id&#233;es de la FSF. Bien entendu, une telle proposition est &#224; nuancer, car les biens, lorsqu'ils vont transiter dans le circuit vont subir diverses torsions, surtout quand ils transitent par des milieux diff&#233;rents d'un point de vue culturel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-16' id='nb1-16' class='spip_note' title='Notes 1-16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] Par exemple, dans l'ABUL (Association bordelaise des utilisateurs de Linux), nous avons constat&#233; une certaine fiert&#233; chez les membres de l'association &#224; avoir &#233;t&#233; parmi les premiers &#224; d&#233;couvrir Linux. Ils se pr&#233;sentent souvent en donnant la date &#224; laquelle ils ont d&#233;couvert ce syst&#232;me d'exploitation, et une certaine hi&#233;rarchie s'installe en fonction de cela. Cela ne fait que confirmer un fait, qui est bien connu en sociologie, que dans certaines cultures, l'innovation est une source de prestige et de pouvoir (Tarde, 1899).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-17' id='nb1-17' class='spip_note' title='Notes 1-17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] Cette id&#233;e est loin d'&#234;tre neuve. Voir &#224; ce sujet Hirschman (1984, p. 11-40).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-18' id='nb1-18' class='spip_note' title='Notes 1-18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;] Les marxistes contestent ce point de vue, en consid&#233;rant que la classe dominante est dot&#233;e d'intentionnalit&#233;. Bourdieu (2002&lt;i&gt;a&lt;/i&gt;) parle par exemple de politique de mondialisation. Nous n'entrons pas dans ce paradigme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-19' id='nb1-19' class='spip_note' title='Notes 1-19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;] D&#233;signe &#224; la fois (pour simplifier) : 1 :&lt;i&gt; les potentialit&#233;s&lt;/i&gt; dont peut disposer un individu pour changer son environnement. Avoir les moyens pour faire telle ou telle chose ou d'&#234;tre entendu . 2. &lt;i&gt;le niveau de contraintes&lt;/i&gt; impos&#233;e &#224; son action. &#202;tre interdit de faire ou de dire telle ou telle chose (&#224; distinguer du code moral d'un individu). 3. &lt;i&gt;le niveau de coercition&lt;/i&gt; qui lui est impos&#233;, contre ou avec son consentement . &#202;tre oblig&#233;, forc&#233; de faire quelque chose par autrui ou un groupe (&#224; distinguer de la manipulation non-consciente ou dissimul&#233;e par autrui). Le niveau de libert&#233; s'entend dans une perspective &#233;galitaire. Il ne faut pas qu'un individu ait toute libert&#233; et les autres aucune.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-20' id='nb1-20' class='spip_note' title='Notes 1-20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;] Th&#233;oriquement, si l'acc&#232;s est contr&#244;l&#233;, les prix de vente doivent &#234;tre fix&#233;s au co&#251;t de fonctionnement. Par exemple, dans les tourn&#233;es, l'artiste est d&#233;fray&#233;, ses frais de d&#233;placements sont, si c'est possible, rembours&#233;s. Dans les faits, d&#232;s que l'acc&#232;s est contr&#244;l&#233;, la diff&#233;rence avec un march&#233; s'estompe plus ou moins.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-21' id='nb1-21' class='spip_note' title='Notes 1-21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;] Dans le mouvement Open Source, il est ainsi fr&#233;quent qu'une organisation op&#232;re &#224; la fois dans le RC et dans le RM.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-22' id='nb1-22' class='spip_note' title='Notes 1-22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;] Acronyme signifiant GNU's Not Unix. Le projet GNU a &#233;t&#233; lanc&#233; en 1983. L'objectif de ce projet est de b&#226;tir un syst&#232;me d'exploitation bas&#233; sur des logiciels libres conforme aux normes Unix. Aujourd'hui des variantes du projet utilisant le noyau Linux sont couramment utilis&#233;e. Ces variantes sont appel&#233;es GNU/Linux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-23' id='nb1-23' class='spip_note' title='Notes 1-23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;] Remarque qui rejoint la th&#233;orie de Montesquieu (1995) sur l'&#233;quilibre des contre-pouvoirs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-24' id='nb1-24' class='spip_note' title='Notes 1-24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;] Ce n'est d'ailleurs pas parce qu'une telle s&#233;lection a &#233;t&#233; effectu&#233;e qu'il faut en conclure trop h&#226;tivement &#224; l'impossibilit&#233; de CO concurrents. Il existe ainsi des th&#233;oriciens qui affirment que les r&#232;gles ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233;es au pr&#233;alable du fait de leur efficacit&#233;. C'est &#224; peu de chose pr&#232;s l'id&#233;e de Hayek (1993). Toutefois, la &#171; s&#233;lection naturelle &#187; des r&#232;gles n'implique nullement qu'il n'y ait pas d'autres r&#232;gles viables, voire meilleures. Seulement, elles ne sont pas encore apparues ou elles ont disparues.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-25' id='nb1-25' class='spip_note' title='Notes 1-25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;] Sahlins (1976, p. 17-18) d&#233;fend ainsi l'id&#233;e que le mode de production domestique est viable, et montre le r&#244;le de l'id&#233;al autarcique dans sa constitution, notamment en p&#233;riode de famine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-26' id='nb1-26' class='spip_note' title='Notes 1-26' rev='footnote'&gt;26&lt;/a&gt;] La raison de cette raret&#233; est assez &#233;vidente. La hi&#233;rarchie d'exclusion qui caract&#233;rise le RM permet aux d&#233;tenteurs du capital et des outils de production d'imposer leurs points de vue aux membres des organisations. En cas de non respect de leurs ordres, ils sont renvoy&#233;s. On peut alors se douter que le pouvoir d'exclure conduit g&#233;n&#233;ralement les individus qui le poss&#232;dent &#224; centraliser le pouvoir de d&#233;cision et les ressources accapar&#233;es par l'organisation entre leurs mains. La hi&#233;rarchie d'exclusion conduit donc n&#233;cessairement &#224; la hi&#233;rarchie d'obligation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-27' id='nb1-27' class='spip_note' title='Notes 1-27' rev='footnote'&gt;27&lt;/a&gt;] Il s'agit d'un n&#233;ologisme (un parmi d'autres) propre &#224; la &#171; communaut&#233; Linux &#187;. Il d&#233;signe les personnes qui contribuent de quelque mani&#232;re que ce soit &#224; un projet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-28' id='nb1-28' class='spip_note' title='Notes 1-28' rev='footnote'&gt;28&lt;/a&gt;] On notera que le deuxi&#232;me argument contredit le premier. En effet, le premier n'est valable que si la contribution &#224; la production du bien collectif a un co&#251;t. Mais qu'advient-il si les acteurs l'accomplissent par passion ? Et l'importance du b&#233;n&#233;volat et du secteur associatif montre que les acteurs sociaux trouvent souvent dans le travail une mani&#232;re de s'accomplir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-29' id='nb1-29' class='spip_note' title='Notes 1-29' rev='footnote'&gt;29&lt;/a&gt;] Pour expliquer ce fait, un partisan de cette th&#232;se partira du postulat que programmer est un plaisir. Puis il fera remarquer que l'industrie des softwares ne peut subsister qu'en bouclant les codes-sources. Et il arrive, en fonction des al&#233;as qui p&#232;sent sur la demande qu'elle ne puisse absorber tous les informaticiens du march&#233;. Par cons&#233;quent ces derniers sont oblig&#233;s de s'associer pour donner libre cours &#224; leur passion. En plus, en programmant pour Linux, ils y retirent un int&#233;r&#234;t car ils se forment &#224; la programmation sous UNIX, ce qui les rend plus attractifs sur le march&#233; du travail. Cercle vertueux : en travaillant &#224; la diffusion de Linux qui fonctionne selon les normes UNIX, ils participent &#233;galement &#224; la valorisation indirecte de leur comp&#233;tence puisque la demande en informaticiens sachant programmer sous UNIX augmente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-30' id='nb1-30' class='spip_note' title='Notes 1-30' rev='footnote'&gt;30&lt;/a&gt;] Concr&#232;tement, c'est la th&#232;se d&#233;fendue par Gensollen (2003, 2004).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-31' id='nb1-31' class='spip_note' title='Notes 1-31' rev='footnote'&gt;31&lt;/a&gt;] Nous faisons ici r&#233;f&#233;rence &#224; la r&#233;gulation au sens o&#249; elle est d&#233;finie par Reynaud (1997). Il peut s'agir d'une cr&#233;ation de lois, de r&#232;gles, de dispositions r&#233;glementaires, etc. Cette id&#233;e renvoie &#233;galement &#224; Strauss (1992) puisque pour lui les acteurs engag&#233;s dans des segments (groupe informel poss&#233;dant une m&#234;me id&#233;ologie) tendent &#224; essayer de contr&#244;ler les institutions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-32' id='nb1-32' class='spip_note' title='Notes 1-32' rev='footnote'&gt;32&lt;/a&gt;] C'est &#224; dire qu'elle s'arroge le droit de commander, de donner des ordres et de faire en sorte que ces injonctions soient bien appliqu&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-33' id='nb1-33' class='spip_note' title='Notes 1-33' rev='footnote'&gt;33&lt;/a&gt;] Sur ce point, voir Tocqueville (1963).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-34' id='nb1-34' class='spip_note' title='Notes 1-34' rev='footnote'&gt;34&lt;/a&gt;] On pourrait faire ici une critique : &#171; Les statuts d'un enseignant ou d'un artisan correspondent &#224; une fonction sociale. Comment alors affirmer que les statuts n'ont pas de fonction de coh&#233;sion sociale ? &#187;. En fait, les statuts ne font que &lt;i&gt;correspondre&lt;/i&gt; &#224; une fonction sociale, ils ne se confondent pas avec elle. Il y a ici confusion entre l'institutionnalisation des fonctions sociales, qui bloque l'acc&#232;s &#224; un certain ensemble de pratiques et hi&#233;rarchise les statuts entre eux, et la n&#233;cessaire division du travail. En r&#233;alit&#233;, l'imposition du statut devrait surtout se borner &#224; avoir une fonction communicative, elle d&#233;signerait une personne habile dans une t&#226;che par une appellation particuli&#232;re. Autre critique : &#171; Avec un tel mod&#232;le d'institutionnalisation du pouvoir, ne risque-t-on pas de passer &#224; c&#244;t&#233; de l'essentiel ? &#192; savoir que les acteurs sociaux ont vis &#224; vis du pouvoir des comportements et des repr&#233;sentations affectives particuliers. &#187; L&#224; encore, il faut faire une distinction rigoureuse. Que les individus d&#233;veloppent toutes sortes de comportements &#233;tranges et de repr&#233;sentations identitaires et affectives par rapport &#224; l'unit&#233;, &#224; la coh&#233;sion de leur communaut&#233; ou &#224; des membres de leur communaut&#233; est un fait. Il est &#233;vident que tr&#232;s souvent, la communaut&#233; et le groupe survivent &#224; l'individu, ils le transcendent et le constituent en m&#234;me temps (l'individu appartient &#224; une communaut&#233;, cela forge son identit&#233; sociale). Cet ensemble de repr&#233;sentations sociales lourdement teint&#233;s d'affectivit&#233; a une fonction de coh&#233;sion sociale ind&#233;niable. En revanche, nous n'appartenons pas &#224; un chef. Le r&#244;le du chef a tr&#232;s souvent une simple fonction symbolique, il ne fait que rappeler l'unit&#233; du groupe (Clastres, 1974). Sa fonction de dirigeant est secondaire. Ce qui n'emp&#234;che pas qu'il peut profiter de cette position pour assouvir ses fins propres (ou les desseins d'une &#233;lite dirigeante), en faisant appel par exemple au sentiment communautaire. Et il est probable que plus celui-ci sera exacerb&#233; plus les membres d'une communaut&#233; se rallieront facilement sous une m&#234;me banni&#232;re et sous sa direction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-35' id='nb1-35' class='spip_note' title='Notes 1-35' rev='footnote'&gt;35&lt;/a&gt;] L'id&#233;e sous-jacente est que dans de nombreux cas un acteur - individuel ou collectif - agit, ou n'agit pas, pour des raisons qui n'ont rien &#224; voir avec les contraintes r&#233;elles qui p&#232;sent sur l'action. Les contraintes r&#233;elles sont &#233;videntes (et encore, l'&#234;tre humain arrive souvent &#224; les contourner), elles proviennent des contraintes physiques, biologiques, psychologiques. En revanche, d'autres limites &#224; l'action sont plus subtiles. Prenons une action physiquement r&#233;alisable apr&#232;s quelques efforts r&#233;p&#233;t&#233;s. Plusieurs freins &#224; cette action sont envisageables. 1. Un acteur peut se pr&#233;senter dans la situation o&#249; il n'a m&#234;me pas imagin&#233; qu'il puisse effectuer cette action - d'o&#249; l'int&#233;r&#234;t des approches sp&#233;culatives en sociologie. 2. Il peut aussi croire qu'une telle action est absurde, anormale, immorale, ou qu'elle n'a pas de sens. 3. Il peut &#233;galement penser que l'action lui est parfaitement accessible, qu'il d&#233;sire l'effectuer, mais qu'il ne se sent pas en mesure de la r&#233;aliser pour diverses raisons. 4. Il peut enfin penser qu'une action est utopique, qu'elle est irr&#233;aliste, etc. Si nous regroupons toutes les actions de ce type, elles forment un ensemble important de potentialit&#233;s d'actions individuelles et collectives. Mais comme certaines peuvent devenir une source potentielle de d&#233;viance, d'indiscipline, une id&#233;ologie aura pour fonction de faire en sorte que ces actions soient consid&#233;r&#233;es comme des utopies, comme quelque chose d'impossible, et elle aura &#233;galement pour r&#244;le de l&#233;gitimer le fait que les actions habituelles et normales doivent rester ce qu'elles sont. Mais en r&#233;alit&#233;, l'&#233;cart par rapport &#224; ces actions routini&#232;res pourrait ne pas avoir de cons&#233;quence directe sur l'ordre social.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-36' id='nb1-36' class='spip_note' title='Notes 1-36' rev='footnote'&gt;36&lt;/a&gt;] Voir sur ce sujet, Vinayak (2005), ou par exemple l'interview de Pierre Pezziardi, directeur technique du cabinet de conseil Octo Technology, in &lt;i&gt;Le monde Informatique&lt;/i&gt;, 18 Janvier 2006, version num&#233;rique. Dans le darwinisme, les am&#233;liorations d'une organisation d&#233;pendent du processus de s&#233;lection qui &#233;limine les variants inutiles ou moins bien adapt&#233;s. Ici, il y a d'abord un processus d'am&#233;lioration, puis une transmission des am&#233;liorations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-37' id='nb1-37' class='spip_note' title='Notes 1-37' rev='footnote'&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;i&gt;Linux +&lt;/i&gt;, Avril 2005, p. 12.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-38' id='nb1-38' class='spip_note' title='Notes 1-38' rev='footnote'&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;i&gt;Linux +&lt;/i&gt;, Octobre 2004, p. 39.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-39' id='nb1-39' class='spip_note' title='Notes 1-39' rev='footnote'&gt;39&lt;/a&gt;] Voir &#224; ce sujet l'article de Hegde (2004).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-40' id='nb1-40' class='spip_note' title='Notes 1-40' rev='footnote'&gt;40&lt;/a&gt;] Pour simplifier : logiciel dont la d&#233;finition, l'acc&#232;s aux codes-sources et l'&#233;volution sont sous le contr&#244;le d'une soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-41' id='nb1-41' class='spip_note' title='Notes 1-41' rev='footnote'&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;i&gt;01R&#233;seaux&lt;/i&gt;, D&#233;cembre 2004, p. 36.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-42' id='nb1-42' class='spip_note' title='Notes 1-42' rev='footnote'&gt;42&lt;/a&gt;] Terme qui d&#233;signe les discussions sujettes &#224; pol&#233;miques, et sur lesquelles il est difficile voire impossible de trancher. On parle alors de trolls pour d&#233;signer les personnes qui affectionnent ce genre de discussions et viennent troubler &#171; l'ordre &#187; des forums. Pour une pr&#233;sentation, voir l'article tr&#232;s complet &lt;i&gt;Qu'est-ce qu'un troll ?&lt;/i&gt; &lt;&lt;a href='http://www.uzine.net/article1032.html' class='spip_out'&gt;http://www.uzine.net/article1032.html&lt;/a&gt;&gt;. &#192; ne pas confondre avec le vandalisme qui consiste &#224; saccager une page Web. Ce terme est int&#233;ressant d'un point de vue sociologique car il r&#233;v&#232;le deux aspects. Il montre tout d'abord que les communaut&#233;s des RC sont tr&#232;s inventives d'un point de vue langagier (avec parfois l'apparition d'un langage assez &#233;sot&#233;rique). Cela peut sembler normal dans la mesure o&#249; elles sont g&#233;n&#233;ralement novatrices et inscrites dans un environnement tr&#232;s communicatif. Ensuite, il montre que la communaut&#233; Linux est souvent compos&#233; d'un public assez jeune (souvent adolescent), qui affectionne les jeux de r&#244;le ou les jeux vid&#233;os.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-43' id='nb1-43' class='spip_note' title='Notes 1-43' rev='footnote'&gt;43&lt;/a&gt;] Cette id&#233;e a des ant&#233;c&#233;dents th&#233;oriques. Pour Hayek (1993), les r&#232;gles sociales sont le fruit d'un processus &#171; inductif. &#187; Pour Dewey (2004), comme les concepts sont toujours des hypoth&#232;ses qu'il faut mettre &#224; l'&#233;preuve, les id&#233;es scientifiques et les id&#233;es quotidiennes sont fond&#233;es sur l'exp&#233;rience, et donc sur les &#233;changes quotidiens des individus avec leur environnement. Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, Mead (2006) a montr&#233; que la construction de l'identit&#233; individuelle r&#233;sultait partiellement des interactions sociales. Le psychologue Piaget (2005) d&#233;veloppe une approche constructiviste plus ou moins similaire. En d'autre termes, ces auteurs affirment que les concepts, les id&#233;es, les th&#233;ories sont issus de l'exp&#233;rience individuelle et sociale, des interactions des individus entre eux et des interactions avec leur environnement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-44' id='nb1-44' class='spip_note' title='Notes 1-44' rev='footnote'&gt;44&lt;/a&gt;] Sur cette distinction entre politique et &#233;pist&#233;mique, voir Feyerabend (1996).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-45' id='nb1-45' class='spip_note' title='Notes 1-45' rev='footnote'&gt;45&lt;/a&gt;] Traditionnellement, l'action administrative s'oppose &#224; l'activit&#233; priv&#233;e. L'administration poursuit un but d'int&#233;r&#234;t public, ce qui l'am&#232;ne &#224; se mettre dans une situation in&#233;galitaire face aux particuliers car elle dispose de pr&#233;rogatives d&#233;rogatoires au droit commun.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1-46' id='nb1-46' class='spip_note' title='Notes 1-46' rev='footnote'&gt;46&lt;/a&gt;] Sur le &lt;i&gt;monopole radical&lt;/i&gt;, voir Illich (2004, p. 409-413). On pourrait le d&#233;finir comme le &#171; monopole d'une &#171; modalit&#233; d'action &#187;, d'un CO ou d'une industrie, sur une activit&#233; &#187;. Par exemple, le transport routier monopolise l'activit&#233; de circulation au d&#233;triment de la marche &#224; pied.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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