CEDREA - Centre des Dynamiques sociales et de la REecherche-Action
Accueil > Actualités > Soutenance de thèse de Tahar BOUHOUIA

Soutenance de thèse de Tahar BOUHOUIA

Assignation collective et socialisation d’attente : le cas des harkis et des jeunes de cité

10 octobre 2011 par Marc RIEDEL

Tahar Bouhouia soutiendra sa thèse de doctorat le 16 février 2012 à 14:00 à l’Université Paris-Dauphine, Place du Maréchal De Lattre de Tassigny, Métro ligne 2 : Porte Dauphine.

Le numéro de salle sera communiquée ultérieurement.

Avant propos

« Quand tu es jeune et arabe dans cette ville, dit Saïd, ça veut dire que tu es
chômeur. Alors tu as deux solutions : ou tu t’enterres vivant chez toi, à regarder
la télé toute la journée, et tu attends. Ou alors, tu vas dans un bar. Là aussi tu
attends, mais avec les autres. C’est pas pareil ».
 [1]

C’est en lisant, en novembre 1996, ce commentaire recueilli par Michel Roux en
1985, que le thème de ma recherche s’est précisé. Car le
propos de Saïd, agissant comme une réminiscence, entrait en résonance avec
les formes de sociabilité que j’avais moi-même adoptées dans les années 80.
Mon histoire personnelle participe de ce passé, qui amorce et
détermine l’orientation d’une histoire sociale que je partage, ou que j’ai
partagée, avec beaucoup de jeunes issus de l’immigration, avant de me
professionnaliser comme éducateur de rue et formateur.

Ce qui explique le statut un peu particulier de cette thèse, nourrie de mon
expérience personnelle et de ma pratique professionnelle au sein d’une
institution dédiée à l’émancipation de ces mêmes jeunes. Pratique réfléchie et
éclairée par des lectures théoriques au fil de ces années de « recherche-action »
passées d’abord au Collège Coopératif de Paris, fondé par Henri Desroches, puis
en DEA en sociologie des organisations à Paris Dauphine avec Michel Liu.
C’est à eux, à leurs successeurs et collaborateurs, que je dois la possibilité
d’avoir été en mesure d’élaborer une compréhension raisonnée de mon histoire
sociale mais aussi de poursuivre ma recherche dans une perspective de
transformation sociale. La construction de l’objet de ma recherche, tel qu’il
apparaît dans mes premiers cahiers d’observations, montre le chemin parcouru
ainsi que l’efficacité pédagogique de ces passeurs, promoteurs et concepteurs
d’outils au service d’une formation « conviviale », au sens d’Ivan Ilitch.
A l’école d’Henri Desroches, la production monographique m’a permis de
découvrir mes possibilités et mes lacunes. A partir d’une pédagogie du projet et
d’une dynamique coopérative, je suis entré en recherche avec moi-même et
avec les autres [2].
En projetant une description organisée à partir d’une observation raisonnée, il
s’est profilé dans mon esprit une nouvelle manière d’envisager mon terrain et
mes pratiques quotidiennes d’éducateur. J’ai acquis chemin faisant le besoin de
transmettre, d’apprendre à observer, et j’ai, pour ce faire, travaillé mon
expression écrite, orthographe en premier lieu.

Lorsque Henri Desroches, s’inspirant du chef d’oeuvre des Compagnons,
proposait de réformer la formation supérieure en Sciences Sociales par la
pédagogie du projet, au travers de l’élaboration d’un mémoire restituant la
recherche, il permit d’imaginer et de construire un contexte conduisant
l’apprenti chercheur à se former sur le modèle de l’apprenti-compagnon, qui
était chaque jour corrigé par les aléas de la production courante et les remarques
de ses aînés ainsi que des autres « s’éduquant ».
L’oeuvre d’Henri Desroches a rendu possible la concrétisation du projet qui m’a
permis de produire, à partir de mon autobiographie raisonnée, une monographie
nourrie par un parcours d’expérience qui aboutit au mémoire soutenu dans le
cadre du présent travail de thèse.

Tahar Bouhouia

Résumé

Cette recherche-action, nourrie à la fois par mon histoire sociale et ma pratique d’éducateur de rue et de chercheur, accrédite l’hypothèse d’une production de situation de non force sociale instituée à partir d’une norme administrative, conduisant à la dépolitisation des populations socialement disqualifiées. Dans cette optique, la situation des « harkis » et la population dite « jeunes de cités », résultent d’un processus qui organise et institue un rapport social fondé sur un principe de « non relation », qui assigne chacune de ces populations dans un système juridique et administratif constitué a priori.

Or, notre thèse soutient que pour permettre aux institutions de construire du lien social là où elles ont tendance, parfois malgré elles, à construire du contrôle et de l’assignation collective, l’action à visée transformatrice doit se situer au niveau des organisations. Car, comme l’indique l’analyseur « prévention spécialisée », leurs dynamiques sont au service d’un principe qui configure des situations d’assignation collective et organisent un « refus de relation », constitutif d’une forme d’exclusion sociale.

Dans cette configuration, le « marginal sécant » correspond à l’ « acteur générant », dans son rôle d’accompagnement des formes d’émancipation sociale. Fondée sur un processus visant à favoriser une dynamique de « développement endogène », la culture induite par le marginal sécant permettrait alors aux acteurs concernés par le changement, de saisir les contradictions instituées dans l’organisation.

Mots-clefs : assignation collective, émancipation, production de force et de non force sociale, autonomie, hétéronomie, exogène, endogène, dispositif convivial, dispositif mutilant

Jury

Directeurs de thèse :
Norbert Alter, Professeur à l’Université Paris -Dauphine
et Michel Liu, Professeur émérite à l’université Paris -Dauphine

Rapporteurs :
Mokhtar Kaddouri, Professeur à l’Université Lille I
Alain Vulbeau, Professeur à l’Université Paris Ouest-Nanterre La Défense

Suffragant :
Philippe Chanial, Maitre de conférence à l’Université Paris-Dauphine

Notes

[1Extrait d’un entretien réalisé par Michel Roux en 1984 dans une ville du sud de la France. J’ai participé à la réalisation de cet entretien à la fois en tant que facilitateur et interviewé. On verra que les thèmes retranscrits en 1985, sont congruents avec la problématique qui fait l’objet de la
recherche en 2011. Notamment p 2. 38.

[2DESROCHES Henri. Entreprendre d’apprendre. D’une autobiographie raisonnée aux projets d’une rechercheaction.
Ed. ouvrières.1991.

Suivez-nous !

Copyright CEDREA - Powered by SPIP, Feat.B_HRO