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La subvention financière est-elle une forme de pouvoir ?

Le cas du Laos

3 avril 2006 par Soudachan TORNERO

Résumé : La subvention financière est une Force de Transformation mais aussi une Forme d’Intervention parfois involontaire. Elle a ses règles, son tempo, et ses finalités ne sont pas forcément acceptables dans tous les cas, selon le point de vue d’où l’on se place. Ses modalités ne sont ni apparentes, ni explicites depuis le début, car les acteurs multiples ont des visions et des modes opératoires divers ou divergents. Nous vous présentons un des cas modestes, mais probant, dans la Province de Khammouane, au Centre du Laos, et la Région Rhône Alpe en France pour développer cette affirmation. Abstract : To illustrate the above, we are using the case study of the Province of Khammouane in the centre part of Laos and the Region of Rhône Alpe in France. A financial subsidy is a force of transformation but it is also a form of intervention in some cases involuntarily. It has its rules and “tempo”. Moreover, its aims are not acceptable in all cases, depending on which side of the fence one stands. Its application is not clear right at the beginning, neither is it explicit to the multiple actors. Because each partner has his own vision and various operational modes of function, at times very different from one another.

Une subvention financière pour les pays pauvres ou en voie de développement est souvent considérée comme une « bombe d’oxygène » économiquement parlant à premier abord. Mais quand on analyse d’un point de vue stratégique de transformation, cette subvention n’est-elle pas un moyen d’acquérir une sorte de pouvoir dans un pays tel que le Laos ? Quel serait le danger pour le pays receveur ? Que recherche le pays donneur ?

Etudes de cas

La France a décentralisé sa Coopération Economique Bilatérale depuis peu de temps. De ce fait la Région Rhône Alpe est choisie pour mener cette opération dans les pays de l’Asie. Depuis 3 ans déjà, la région Rhône-Alpe (R-A) est présente au Laos dans le domaine médical, au centre du Laos, dans la région de Khammouane, où le Barrage de Namtheune 2 va être construit. Elle souhaite cependant élargir son domaine d’intervention dans le Développement Durable et donc serait intéressée à aider Lao Farmers (LF) à produire des produits locaux dans les villages de Khammouane. Elle a donc décidé d’octroyer une aide de 400 000 euros par an pendant 3 ans, renouvelable une fois, donc, en tout, les paysans Lao vont recevoir cette aide pendant 6 ans ! Ce n’est pas négligeable. Seulement, le responsable/correspondant du côté Lao ne voit pas du même oeil. Que cache cette subvention ?

Déroulement de l’opération

M. B. Vice-Président de la Région R-A, un homme politique, a pris contact avec M. Pierrot, qui m’a demandé de l’aider à mettre en contact avec la personne responsable au Laos, et donc faciliter la mise en place du projet. Je suis donc partante pour mener le projet. J’ai téléphoné à SD, un membre actif de LF, basé en France et lui ai présenté le projet. Il ne m’a pas l’air emballé, mais ne m’a pas donné la raison. Je me suis un peu fâchée et lui ai dit que s’il ne veut pas s’en occuper, il faudrait qu’il laisse les autres faire. Je lui ai donc envoyé le fax adressé à Dr. SL - Président de la CCSP (Coopérative de Crédit de la Société Paysanne du Laos, en mission en France en février 2005, avec l’invitation du Directeur et Responsable Technique d’Asie de R-A. Le premier, n’ayant pas été prévenu depuis le Laos, avant son départ pour la mission, il n’a pas pu intégrer la visite dans la région R-A dans son planning. De ce fait SD, un collaborateur proche et membre actif de LF, il a contacté Sandy - responsable technique et les deux se sont rencontrés au bureau de la SIDI (Société Investissements et de Développement International à vocation d’aide pour les pays du tiers monde, en micro-crédit où SD travaille en missions ponctuelles).

Soucieuse de connaître le résultat de la rencontre, j’ai donc téléphoné à Sandy pour savoir la réponse, et elle m’a simplement dit : « Je suis contente de lui faire sa connaissance. M. SD m’a donné un point de vue intéressant sur le projet. J’ai appris beaucoup de lui...

Révision de la Stratégie d’Aide de la Région de Khammouane

R-A doit revoir sa stratégie d’aide au développement avec la Région de Khammouane, où elle a déjà financé l’installation de l’équipement hospitalier, formé le personnel pour soigner les futurs malades et accidentés de la zone construction du Barrage Namtheune 2, un méga-projet de la région du sud-est asiatique. En fin de mars 2005, la Banque Mondiale vient de donner son aval pour un prêt de 1 milliard 230 millions pour la construction du Barrage le plus contreversé dont l’étude de faisabilité a duré au moins 10 ans.

Tous les grands défenseurs de l’Environnement du Monde se sont opposés à cette construction en mettant en avant tous les points négatifs sur le social, culturel de la population concernée. Le Gouvernement Lao n’a pas reculé devant toutes les attaques venant de tout bord, et a décidé de se retourner vers la Chine qui ne fait que guetter le moment opportun pour venir en aide. Car, elle a grand besoin de l’énergie pour alimenter toutes ses usines et manufactures. Pour la première fois, le Laos a montré d’abord en Thaïlande, son premier client potentiel de l’électricité, et ensuite au monde entier, qu’il n’est plus à la merci de la Grande Banque Mondiale. Et il a réussi à lui faire pression d’une façon tout à fait inattendue ! Quels pays occidentaux dont cette grande banque représente va laisser la Chine la diriger ? Non, jamais ! Car, cette dernière ne respecte pas, ni les règles du jeu, ni l’environnement !

Résultat : le Laos a obtenu l’accord, mais avec beaucoup de retard. En fait, sur les 184 pays membres, seuls le Canada et la Suède faisaient barrage à ce projet. De toutes façons tôt ou tard, le projet serait accordé. Mais, avec l’intérêt pressant de la Chine, l’accord est venu comme une surprise à tous les opposants du projet et à tous les opposants de la Diaspora Lao. Ce barrage est devenu une affaire politique, mais, pas autant une histoire d’environnement, ou bien d’un déplacement de population comme tout le monde en a fait croire !

Revenons à la nouvelle stratégie de R-A ! La Région souhaite aider le pôle du Développement Durable, donc, Commerce Equitable et la Biodiversité. Elle s’adresse en premier au Commerce Equitable donc, LF, car celui-ci a fait déjà ses preuves en exportant quelques produits agro-alimentaires Lao en passant par Solidar’Monde et Artisans du Monde depuis au moins 5 ans. Les produits comme la confiture des fruits sauvages (tamarins, pamplemousses, et fruits de la passion) sont présents dans au moins 130 boutiques d’Artisans du Monde, dont les vendeurs sont principalement des bénévoles. Ce qui réduit énormément les frais fixes ! Malgré que les produits soient un peu plus chers que les produits courants dans les magasins ordinaires comme les Hyper-Marchés et les boutiques traditionnelles, les acheteurs sont contents de participer au développement durable par leur acte d’achat solidaire.

La preuve est que LF nourrit au moins 6000 familles à travers le Laos (c’est-à-dire approximativement 6000 X 6 personnes par famille = 36 000 personnes), ce qui n’est pas négligeable ! Même si le chiffre d’affaires n’est que 400 000 US$ jusqu’à présent, c’est le résultat d’un très long travail de l’équipe de SD-SL, qui ont su former les villageois, qui au départ n’avaient, ni la notion du commerce, ni la notion de l’agro-alimentaire. Les Lao ne connaissent que le troc, qui d’ailleurs est toujours présent dans la campagne profonde du Laos !

La dernière réunion du Lao Commerce Equitable à Lognes en 2005 - Région parisienne

Nous étions une dizaine à participer à cette réunion le 26 mars. SD et moi-même sommes bien sûr membres actifs du Lao Commerce Equitable (LCE). Pendant que nous parlions de la stratégie de notre Association LCE, SD a mentionné que LF est limité en personnel compétent pour répondre à son futur développement, et qu’il souhaite savoir qui parmi nous pourrait être responsable d’un domaine précis, soit de la promotion des produits, soit de la vente dans les kermesses ou bien chercher des nouveaux débouchés en France ou même ailleurs.

La politique du Prix des produits LF

LF garantit le prix aux villageois, formés par eux-mêmes, aussi bien dans la production que la comptabilité, donc, toute la gestion complète. Les prix au départ du Laos couvrent les frais fixes et une part de bénéfice, qui doit être de l’ordre de 20%, sur le prix coûtant. Quand les produits quittent le Laos, les villageois ont déjà la garantie qu’ils peuvent vivre avec leur vente. Ce système de prix est contre les pratiques habituelles des acheteurs comme la Grande Distribution car ces derniers imposent leur prix d’achat au départ. Certains sont aussi puissants jusqu’au point de faire créer une société et quand les affaires vont mal, ils sont capables de « tuer » leurs fournisseurs, c’est-à-dire, les mettre hors du circuit commercial et donc déclarer faillite ! LF est protégé de toute cette menace car Solidar’Monde est une société qui soutient le Développement Durable, d’où Commerce Equitable. C’est un système de réseaux des personnes solidaires, qui achètent en connaissance de cause, et qui acceptent volontairement de payer le prix fort (35% plus élevé), pour aider les pays en voie de développement. Leur acte d’achat est un acte de solidarité. Ils savent pourquoi ils le font ! Pour information, un dollar US fait vivre une famille entière au Laos. C’est important de préciser !

L’opinion et l’explication de SD sur la Subvention de R-A

SD est une personne discrète par l’habitude de travailler depuis fort bien longtemps dans un pays communiste et socialiste Lao. C’est nécessaire de savoir qu’il a été emprisonné une fois dans les années 80 quand le Laos vivait encore dans une atmosphère de crainte et de soupçon des « traites de la Diapora Lao ». SD, étant marié à une française, il n’était donc pas une personne de confiance, car il avait le contact avec le monde capitaliste, contraire à la doctrine communiste de son pays natal. Même avec son papier de nationalité Lao, rien ne prouvait qu’il était avec le régime du pays à l’époque et qu’il était de bonne foi.

Le fait de vouloir changer le système coopératif et passer au système de l’économie du marché, il a été mis en prison pendant un an, car on l’a accusé d’introduire le système capitaliste ! (en fait, il a été trahi par quelqu’un de très proche de lui à qui, il a eu beaucoup trop confiance) A mon grand étonnement, SD nous a parlé de la proposition de subvention de la Région R-A. D’après lui, la subvention de 400 000 euros par an pour la première durée de 3 ans aux producteurs locaux, pour planter des ananas en vue de les vendre dans la région de Khammouane (accord de région à région - cette subvention n’est pas applicable partout au Laos), dans les marchés locaux, il se demande si cette aide ne fausse-t-elle pas les règles du marché existant ?

- Premièrement, les producteurs qui ont reçu de la subvention, ils peuvent vendre le prix aussi bas qu’ils le voudront,
- Deuxièmement, ils pourront « détrôner » les producteurs locaux traditionnels, qui travaillent avec les moyens du bord, c’est-à-dire avec très peu d’argent,
- Troisièmement, la concurrence ne sera pas « équitable »,
- Quatrièmement, il y aura des conflits entre les deux types de producteurs,
- Cinquièmement, ce jeu là va durer pendant 3 ans, ou bien 6 ans, si la subvention est renouvelée, et puis, que vont devenir ces paysans Lao ? Ils ne vont pas comprendre le mécanisme de R-A du tout ! Une technique capitaliste.
- Que va devenir ces villageois quand l’aide sera supprimée ? SD a expliqué pour la première fois que la politique de LF :
- c’est d’aider les villageois à avoir des revenus d’appoint mais en aucun cas, à les rendre tributaire du Commerce Equitable ou de l’aide étrangère. C’est pour cette raison, il se pose la question : « Que cherche la Région R-A en voulant aider LF, ou même n’importe quel groupe étranger au Laos ? » Cette aide est comme un « cadeau enveloppé de poison », car, elle va fausser toutes les règles de développement de LF !

Son explication - les villageois ne fournissent seulement que 20% supplémentaires pour la vente des produits, comme le riz, les bananes séchées, etc... Les activités habituelles des habitants locaux sont de pratiquer la culture de subsistance. Le commerce est une notion nouvelle. C’est le troc traditionnel qui existe toujours dans les villages. Ils ne sont donc pas tributaires du commerce ou de l’aide de quiconque. Pour SD, c’est très important d’être indépendant ! J’ai aussi posé la question à Manith comment peuvent-ils produire suffisamment pour satisfaire les besoins du commerce de LF ? Il m’a répondu que les villageois s’organisent eux-mêmes pour faire travailler plus de membres au lieu de concentrer les activités commerciales sur un petit nombre. C’est toujours dans une atmosphère de vie communautaire et de solidarité que les membres de LF fonctionnent.

Le respect des traditions est de rigueur pour ne pas perturber l’harmonie du village.

LF est une des rares sociétés commerciales au Laos qui fait du social. Il garantit un salaire même en cas de maladie et il prépare la retraite de ses membres. Par exemple quand un membre a un congé de maladie, le salaire est pris de la caisse de solidarité prévue. Cette avancée sociale est très innovante pour le secteur privé au Laos. C’est un grand pas en avant pour un pays aussi fermé. Manith est très satisfait quand il me répète que ces ouvriers sont fiers d’en arriver là, c’est-à-dire à produire suffisamment pour exporter à l’étranger. Leurs importateurs sont français, belges, allemands, suisses et italiens. LF est le premier exportateur d’agro-alimentaire au Laos. Il y a de quoi à être fier non ? Dit Manith ! (Ce sont des personnes qui n’avaient aucune formation de base, pas d’études minimales, aucune notion du commerce. Et au bout de 7 ans de formation sur le tas, Manith arrive aujourd’hui à former : un chef de production, un chef de ventes, un chef du personnel etc... Une vraie société de 25 personnes à temps plein comme à l’étranger !

Revenons à SD : il y a une chose nouvelle qu’il a prononcée : « Nous faisons du social, mais, aujourd’hui, même en pratiquant le social, il faut penser à le rentabiliser, donc, faire du profit ! » - voilà une pensée innovante de sa part. Etant en contact avec Manith, l’investisseur financier Lao basant en France et avec qui je m’entends bien, j’ai souvent entendu celui-ci me répéter : « SD et SL, vous êtes deux personnes qui ne font que du social, c’est-à-dire, vous ne savez que dépenser de l’argent venant des aides et des dons, vous ne savez pas le gérer, c’est-à-dire, faire fructifier l’argent. Voyez-vous que nous sommes très différents, vous deux et moi ? Pour ma part, quand je mets 100 euros à investir, je dois savoir quand je vais les récupérer, et quand je vais les rentabiliser ! Je ne peux pas mettre de l’argent à dépenser sans savoir quand celui-ci reviendra enrichir mon compte en banque ! »

Il faut admettre que ma présence dans leur groupe depuis 1998 a perturbé l’harmonie, jusqu’au point où les deux premiers se posaient la question si Manith savait ce qu’il faisait en m’introduisant dans leur circuit « secret ». Manith, qui possède deux épiceries asiatiques à Paris, est né commerçant, car étant chinois d’origine, mais, Lao d’adoption et français de nationalité ! Aujourd’hui, j’ai l’impression que les choses sont devenues plus claires entre nous tous ! J’ai introduit la notion du social à partir d’une société qui fait du profit pour financer les divers projets humanitaires et non être tributaires des aides étrangères d’une façon éternelle. Premièrement elle donne des mauvaises habitudes aux Lao qui sont déjà très pacifistes et non entrepreurs de nature. Ils vont prendre ce qui est facile dans la vie et non, se battre pour réussir. C’est la famille et la communauté qui comptent pour eux et le reste ! Ils disent : on verra !

Mon analyse sur cette subvention

SD connaît trop bien l’aide publique au développement, comme son nom l’indique. Elle est considérée comme une source de croissance et, plus largement, de développement. Pourtant, force est de reconnaître que, malgré l’afflux massif des capitaux d’aide au développement, le Laos ne cesse d’enregistrer des performances économiques médiocres, qui font peser une suspicion d’inefficacité sur cette aide. Face à un certain nombre d’échecs, surtout après que la subvention sera terminée, la question du bien-fondé et de l’efficacité de l’aide au développement posée depuis trois décennies (c’est aussi le cas de beaucoup de pays pauvres en Afrique), est réapparue récemment dans les débats économiques, notamment avec la publication des nouvelles études sur la relation entre flux d’aide et croissance économique. (Source « Valeurs Culturelles et Echec de l’Aide au Développement » - Jean Placide KEZA - l’Harmattan - 2005). Je dirais « chapeau à SD » de dire NON tout de suite, car il n’a pas envie de « tromper ces villageois qui ont trop confiance en lui » - Il a mis trop de temps pour construire cette confiance - au moins 15 ans - c’est-à-dire depuis 1990, au moins ! Pourtant 400 000 euros de R-A représentent le Chiffre d’Affaires annuel de LF !!! Ils ont réellement besoin de cette somme, mais, la raison emporte sur l’envie ! Un autre point à signaler c’est que la notion de temporalité des deux partenaires est différente. R-A pense que 3 ans est suffisant pour dégager un résultat positif, et LF a besoin de 7 ans pour former les villageois. Deux raisonnements incompatibles au départ. Pour ma part, je pense qu’aujourd’hui, les villageois peuvent donner un résultat satisfaisant en moins de temps car, ils ont déjà la technque et un noyau dûr de formateur existe déjà. Il n’y pas de risques majeurs visibles. SD est un peu prudent, et dans un sens il n’a pas tort.

Conclusion

L’explication de SD récemment a montré qu’il est sincèrement Lao et qu’il pense en premier à protéger les villageois qui sont encore très naïfs de la négoce internationale. Il veut l’indépendance. Pour ma part, si j’étais responsable de LF, j’accepterais cette subvention pour démarrer un projet de Développement Durable et Equitable dans la région de Khammouane en me basant sur toutes les expériences réussies des sites de la CCSP et d’en faire un modèle dans d’autres régions du Laos. Il suffit d’informer les villageois sur les pours et les contres du projet pour qu’ils comprennent qu’ils doivent pouvoir tenir sur leurs propres moyens dans une durée de 3 ans ou bien 6 ans ! Je ne refuserais pas cette offre d’une façon catégorique ! En fait, nous pensons tous deux à protéger nos villageois. Je cherche à les nourrir, et parallèlement, je les apprends à être indépendants. Espérons que Sèngdao va revoir sa stratégie de Développement Social et du Commerce Equitable !

P.-S.

Abréviations : R-A : La Région Rhône-Alpe CCSP : Coopérative de Crédit de la Société Paysanne du Laos LF : Lao Farmers SIDI : Société d’Investissements et de Développement International SD et SL : noms de deux personnes clé de la CCSP et de Lao Farmers’ Products

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